Violence cachée dans les sentences d'Anselme de Laon

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  CÉDRIC GIRAUD Discours magistral, parole d’autoritéet violence cachée dans les sentences d’Anselme de Laon († 1117) Afin de mieux comprendre une forme de violence propre aux intellec-tuels, une interrogation sur la langue paraît l’un des points de départ légi-times. De fait, la langue latine pour dire la violence dispose du mot vis auquel se rattachent violentus et des dérivés comme violentia 1 . Le terme de vis signifie à la fois la violence physique – vim afferre alicui que l’on peut littéra-lement traduire par «faire violence à quelqu’un» – et la violence immaté-rielle, par exemple intellectuelle: ainsi la vis verborum désigne-t-elle ce que veulent  dire les mots, pas seulement leur sens, mais aussi leur valeur, voireleur puissance. La langue latine et les langues romanes à sa suite porteraientdonc inscrites en elles l’ambivalence de la violence: il peut bien exister uneviolence sans parole, mais à en croire le latin les mots portent une force, uneintention signifiante et persuasive qui pose d’emblée problème. Comme l’asouligné Paul Ricœur, une rhétorique «sauvage» existe avant mêmequ’une discipline portant ce nom et  a fortiori la philosophie s’en occupent ettentent de la borner 2 . Dès lors, la question pour le philosophe ne consisteplus à savoir s’il existe ou non une forme de violence propre au  Logos , maisplutôt à essayer de la circonscrire et de lui porter remède. La tâche de l’historien est un peu différente: il décrit les situations pas-sées et les explique. Il lui est donc difficile de faire le partage entre leregistre persuasif rationnel et la violence intellectuelle: d’un côté, l’exté-riorité de sa position lui fait courir le risque de juger d’une rationalité pas-sée à l’aune d’une autre rationalité, la nôtre, censément moins violente; del’autre, une lecture immanente des sources tend à diluer l’exercice dans uneparaphrase, tournant dans le cas de l’histoire religieuse à l’apologétique. Face à ce dilemme, étudier un discours de controverse offre une situa-tion privilégiée: les auteurs retenus choisissent ouvertement la polémique 263 1.Alfred E RNOUT et Antoine M EILLET ,  Dictionnaire étymologique de la langue latine , Paris, Klincksieck, 2001,p. 740. 2.Paul R ICŒUR , «Entre rhétorique et poétique: Aristote»,  La Métaphore vive , Paris, Seuil, 1975, pp. 13-61, ici pp. 13-18.  première raison, positive, tient à la gloire contemporaine de ce maître qui,avec quelques autres, est à l’srcine de la «révolution scolaire» du XII e siècle 1 . Anselme de Laon est le premier maître d’une école cathédrale surlequel nous possédions autant de témoignages attestant ses succès 2 . Ilmène un cursus honorum brillant au sein du chapitre cathédral de Laon où ilobtient, des dernières décennies du XI e siècle à sa mort en 1117, les digni-tés de chancelier, doyen et archidiacre. En outre, sa charge d’écolâtre luiassure une renommée à l’échelle du monde latin. Anselme de Laon fait desa ville le centre par excellence des études théologiques en Occident et yattire une population nombreuse dont la vingtaine de noms retrouvésdonne une bonne mesure 3 . Avec Anselme, nous touchons à l’srcine mêmedu maître en  sacra pagina : le maître participe directement à la vie de lacité dans la mesure même où il jouit du prestige social que lui vaut unenseignement reconnu. Le poids de sa parole n’est donc pas négligeable etc’est elle qu’il importe de suivre à l’orée de la Renaissance du XII e siècle. Laparole de maître Anselme constitue ainsi une parole srcinale, dans lamesure même où elle a fait école jusque dans les années 1170. La seconde raison qui explique le choix de la figure anselmienne estnégative: une seule voix discordante a suffi pour couvrir dans la suite destemps le concert de louanges que l’on vient d’évoquer. Lorsque vers 1113Pierre Abélard décide d’apprendre ce qu’il va bientôt nommer théologie, ilse rend à Laon auprès d’Anselme 4 . La description qu’il a donnée de son bref séjour dans l’ Historiacalamitatum est un document à charge pour un maîtrequ’il éreinte sans ménagement. Lorsque Anselme cherche à allumer le feude la connaissance, il enfume; quand on s’approche de lui, l’arbre quiparaissait admirable de loin, de près se révèle stérile 5 . Abélard réduit laréputation du maître à une imposture consacrée par l’usage, voire par CÉDRIC GIRAUD 265 1.Sur cette formule, cf. Jacques V ERGER ,  La Renaissance du XII e  siècle , Paris, Cerf, 1996, pp. 98 et 108, et surce mouvement scolaire, voir ses diverses contributions: I D ., «Une étape dans le renouveau scolaire du XII e siècle?», dans  Le XII e  siècle. Mutations et renouveau en France dans la première moitié du XII e  siècle , Françoise G ASPARRI éd., Paris, Léopard d’Or, 1994, pp. 123-145, I D ., «Des écoles du XII e siècle aux premières universités: réussiteset échecs», dans  Renovación intelectual del Occidente Europeo (siglo XII). Actas de la XXIV Semana de EstudiosMedievales de Estella. 14 al 18 de julio de 1997 , Pampelune, Gobierno de Navarra, 1998, pp. 249-273, et en der-nier lieu, I D ., «De l’école d’Abélard aux premières universités», dans  Pierre Abélard. Colloque international de Nantes , Jean J OLIVET et Henri H ABRIAS éd., Nantes, Presses universitaires de Rennes, 2003, pp. 17-28.2.Cf. ma thèse de doctorat à paraître,  Per verba magistri ,  Anselme de Laon ( † 1117), son école et le mouvement théologique du XII e  siècle , Paris, thèse Paris IV-Sorbonne, soutenue en décembre 2006. Cet article s’appuie notam-ment sur des analyses présentées plus en détail au chapitre 5 de la thèse, pp. 272-300. 3. Ibid  ., pp. 68-112. 4.Pour une remise en contexte de l’épisode, voir Michaël Clanchy,  Abélard  , Paris, Flammarion, 2000,pp.100-104, et pour une appréciation des enjeux intellectuels, voir Emernegildo Bertola, «Le critiche di Abelardoad Anselmo di Laon ed a Guglielmo di Champeaux»,  Rivisita di filosofia neo-scolastica , 52 (1960), pp.495-522. 5.«Cum ignem accenderet, domum suam fumo implebat, non luce illustrabat. Arbor ejus tota in foliisaspicientibus a longe conspicua videbatur, sed propinquantibus et diligentius intuentibus infructuosa reperie-batur. Ad hanc itaque cum accessissem ut fructum inde colligerem, deprehendi illam esse ficulneam cui male-dixit Dominus, seu illam veterem quercum cui Pompeium Lucanus comparat dicens:  Stat, magni nominisumbra,/ Qualis frugifero quercus sublimis in agro (  Phars . 1, 135-136)» (Pierre A BÉLARD , Historia calamitatum , éd. Jacques M ONFRIN , Paris, Vrin, 1978, p. 68, l. 170-179). comme mode d’affirmation littéraire et sociale, à charge pour l’historiend’en comprendre les mécanismes, ce qui devrait laisser peu de place aujugement de valeur et à ses dérives idéologiques. En revanche, le cas de lalittérature didactique est plus complexe: dès lors qu’elle n’a pas structu-rellement vocation polémique, sa fin est la transmission d’un savoir, nonson inculcation violente; son moyen est la persuasion rationnelle, non leviol des consciences. Il convient alors de dévoiler une violence implicite,sous-jacente, en postulant que le discours didactique n’est pas innocent etqu’il est porteur de contrainte. Poussée à son paroxysme, une positionhyper-critique sombrerait dans la surinterprétation et finirait par entachertout discours du soupçon de manipulation. Si l’on s’intéresse à un discoursproduit en milieu chrétien, la mesure semble comble: dans la religion du  Logos incarné, où placer la frontière qui sépare la persuasion de la menace?Comment traiter d’actes de foi tenus par le christianisme dans sa versionscolastique pour des faits non irrationnels? Il semble possible d’éviter les écueils opposés du criticisme et de l’apolo-gétique en adaptant à un corpus donné la notion d’«univers de croyance»élaborée par les linguistes 1 . Est univers de croyance ce qui est affirmécomme vrai par un locuteur donné ou qu’il cherche à faire tenir pour tel 2 .L’univers de croyance circonscrit le champ des possibles admis et borne lediscours: il définit une première violence  a silentio , c’est-à-dire tout ce quiest hors champ, soit que ces réalités soient non pensables pour l’époque, –l’historien se gardera donc d’en juger –, soit que le contexte laisse supposerqu’elles ont été implicitement rejetées. Au sein de l’univers de croyanceainsi découpé, on peut approfondir en s’intéressant à la gradation des straté-gies discursives employées pour dire le vrai. Autrement dit, cerner lamanière dont un auteur passe de la conviction au tour de force. À partir ducas d’école d’Anselme de Laon, maître en théologie ayant enseigné dans lepremier quart du XII e siècle, on espère montrer comment la parole du maîtredevient un discours tirant sa force contraignante de l’autorité du vrai.  L’univers de croyance d’Anselme de Laon ANSELME DE LAON ET LA RENAISSANCE DU XII e SIÈCLE Il convient de justifier brièvement le choix de la figure magistrale étu-diée. Deux raisons motivent le fait d’avoir retenu Anselme de Laon. La  RHÉTEURS, THÉOLOGIENS, INTELLECTUELS 264 1.Sur la pertinence de l’outil linguistique en histoire, voir la mise au point équilibrée de Hervé M ARTIN , Mentalités médiévales XI e - XV  e  siècles , Paris, PUF, 1998 2 , pp. 51-76. 2.Cf. Robert M ARTIN ,  Langage et croyance. Les «univers de croyance» dans la théorie sémantique , Bruxelles,Mardaga, 1987, p. 10 et I D .,  Pour une logique du sens , Paris, PUF, 1992 2 , p. 38.  question du Cur Deus homo présente sans conteste l’un des problèmes théo-logiques requérant le plus l’utilisation des propositions hypothétiques:comme nombre de ses contemporains, Anselme de Laon n’a pas manqué des’y mesurer 1 . En traitant cette question 2 , le maître cherche à écarter toutesles solutions que Dieu avait à sa portée pour sauver l’homme et ne retientque le modus operandi fondé en justice 3 . Anselme passe ainsi en revue quatrepossibilités qui, selon lui, ne peuvent convenir: Dieu seul pouvait assuré-ment sauver l’homme, mais il aurait agi par force; un homme seul eûtmanqué de force; un ange seul ne pouvait raisonnablement sauver égale-ment l’homme; un ange incarné eût été trop faible 4 . Au final, seul unDieu prenant forme humaine apparaît comme capable de racheter le péchésrcinel. De tels énoncés hypothétiques justifient l’économie du salut ententant d’en dévoiler la convenance 5 . Bien qu’ils ne fassent pas l’objetd’une théorisation, ils fonctionnent comme de véritables arguments quiexplicitent des points mystérieux de la foi chrétienne et entendent enrendre compte 6 . Dans certaines sentences, le maître prévient plus nettement une objec-tion en utilisant une proposition hypothétique. Ainsi la chute des anges etde l’homme est-elle justifiée de manière simple et efficace: aucun hommeou aucun ange n’eût été bon, si aucun d’entre eux n’avait été mauvais 7 . Laforce de cet énoncé revient à anticiper et à lever l’objection classique enthéodicée: pourquoi un Dieu bon permet-il le mal? La possibilité d’une CÉDRIC GIRAUD 267 1.Parmi une bibliographie abondante, voir surtout E. D E C LERCK , «Questions de sotériologie médié-vale»,  Recherches de théologie ancienne et médiévale , 13 (1946), pp. 150-184, ici pp. 172-183 ainsi que les présenta-tions plus générales de Jean R IVIÈRE ,  Le Dogme de la rédemption. Essai d’étude historique , Paris, Lecoffre, 1905; I D .,  LeDogme de la rédemption au début du Moyen Âge , Paris, Vrin, 1934, I D ., «Rédemption», dans  Dictionnaire dethéologie catholique , 13-2, 1937, col. 1912-2004, Joaquín Gimeno C ASALDUERO , El Misterio de la Redención y lacultura medieval  , Murcia, Academia Alfonso X el Sabio, 1988, pp. 39-85, C. William M ARX , The Devil’s Rights and the Redemption in the Literature of Medieval England  , Cambridge, Brewer, 1995, pp. 7-27 («the Twelfth-Century Controversy and its Origins»), Caroline Walker B YNUM , «The Power in the Blood. Sacrifice,Satisfaction and Substitution in Late Medieval Soteriology», dans The Redemption. An Interdisciplinary Symposiumon Christ as Redeemer  , Stephen T. D AVIS , Daniel K ENDALL et Gerald O’C OLLINS dir., Oxford, Oxford UniversityPress, 2004, pp. 177-204. 2.Cf. les sentences L 47, 48 et 54, éd. Odon L OTTIN , op. cit  ., pp. 44-47 et 50-51. Nous privilégions L 54 enraison de sa clarté et de son exhaustivité. 3.«Oportuit ergo ut auctorem salutis haberet per quem justa ratione ad Deum rediret. Videamus ergoquis auctor ille esse potuerit» (L 54, l. 36-37, éd. Odon L OTTIN , op . cit  ., p. 51). 4.«Si Deus simpliciter esset, poterat quidem diabolum vincere, hominem eripere, sed hoc sola jam essetpotentia, non ratio justitie […]. Si homo simplex esset, quomodo in natura corrupta diabolo resisteret qui inmeliori statu positus, tam facile succubuit? […] Rursus si hanc pugnam angelus assumeret, quare diaboluspropterea victus etiam hominem amitteret, ratio non esset. Sed nec angelus in homine hoc poterat, quia si insua simplici et forti natura infirmus inventus est, multo magis infirme huic humane nature scilicet admixtusdebilis inveniretur. Oportet ergo ut auctor ille salutis Deus in homine sit» (L 54, l. 38-39, 43-44, 46-51, éd.Odon L OTTIN , op. cit  ., p. 51).5.Ce qui explique que des procédés identiques soient appliqués à l’exégèse biblique, cf. L 39, éd. OdonL OTTIN , op. cit  ., p. 37. 6.Cf. à ce sujet la thèse de Gilbert N ARCISSE ,  Les Raisons de Dieu. Argument de convenance et esthétique théolo- gique selon saint Thomas d’Aquin et Hans Urs von Balthasar  , Fribourg, Academic Press Fribourg, 1997. 7.«Nullus vel homo vel angelus bonus esset, si nullus ejusdem generis malus esset; bona enim creaturade bono suo superbiret, nisi per casum nature sue humiliari disceret, quod in casu hominis et angeli stantibusutilissimum apparet» (L 40, éd. Odon L OTTIN , op. cit  ., p. 37). l’usure. La raison principale de cette charge polémique tient à cequ’Anselme de Laon possède l’usage des mots, mais sans en maîtriser lasignification profonde 1 . Le maître est présenté comme un simple sophiste,un vieux mandarin protégé par une garde rapprochée d’élèves qui s’apprê-tent à prendre sa succession. Ce rapide survol pose d’emblée le problème dans une lumière crue:quelle est la nature de l’autorité intellectuelle d’Anselme de Laon?Relève-t-elle ou non d’une manipulation intellectuelle, d’une forme deviolence comme l’affirme Pierre Abélard? Anselme, en exerçant unmagistère qui, selon Abélard, tient à l’usage et non au talent, ne pratique-t-il pas une forme de violence latente? ÉNONCÉS HYPOTHÉTIQUES ET QUAESTIONES Pour répondre à ces questions, on a choisi de privilégier le corpus dessentences théologiques d’Anselme. Il s’agit d’une soixantaine de textescourts allant de quelques lignes à deux feuillets de manuscrit, ce qui repré-sente un corpus d’une cinquantaine de pages dans l’édition de référence 2 .D’un point de vue doctrinal, ces sentences constituent la mise par écritd’un enseignement délivré par le maître sur des points théologiques dis-putés. Notre but n’est pas de fournir une étude littéraire ou doctrinale dece corpus qui a été par ailleurs déjà exploité par les historiens de la scolas-tique 3 . Il s’agit plutôt d’appliquer une analyse linguistique à ces textesafin d’en expliciter le fonctionnement discursif et de montrer l’intérêtd’une démarche peu pratiquée par les historiens médiévistes et les médio-latinistes. La meilleure manière de définir l’univers de croyance anselmien consisteà en circonscrire les limites extérieures. De la sorte, on sera en mesured’apprécier l’existence d’une violence latente dont dépendent les énoncésplaçant une part du possible dans le domaine de l’erroné ou de l’«indéci-dable» selon la terminologie linguistique. Notre intérêt doit donc se por-ter sur ce qui est mis en doute par le maître ou ce à quoi il refuse d’attri-buer une valeur de vérité. L’utilisation de l’irréel du passé au modesubjonctif offre un moyen privilégié pour décrire un monde contrefactuel,c’est-à-dire le monde de ce qui est faux, mais qui aurait pu être vrai 4 . La  RHÉTEURS, THÉOLOGIENS, INTELLECTUELS 266 1.Sur ce point, voir les analyses fines de Jean C HÂTILLON , «Abélard et les écoles», dans  Abélard en sontemps , Paris, Les Belles Lettres, 1981, pp. 133-160, ici pp. 148-155. 2.Odon L OTTIN ,  Psychologie et morale aux XII e et XIII e  siècles , t. 5,  Problèmes d’histoire littéraire. L’école d’Anselmede Laon et de Guillaume de Champeaux , Gembloux, Duculot, 1959, pp. 32-81. Désormais, les sentences serontdésignées selon leur numéro d’ordre dans l’édition de dom Lottin (L). 3.Cf. la bibliographie citée par Artur Michael L ANDGRAF , Introduction à l’histoire de la littérature théologiquede la scolastique naissante , Paris/Montréal, Vrin, 1973, pp. 67-74 et les références indiquées par Cédric G IRAUD , op. cit  ., pp. 346-434. 4.Robert M ARTIN , op . cit  ., pp. 16-19.   Les stratégies discursives LES INCIPIT  :SENTENCES NARRATIVES ET DÉFINITIONNELLES Si l’on se tourne vers les stratégies discursives employées par Anselme, onremarque que la fonction normative du discours est tout aussi importante.On s’est notamment intéressé aux incipit  des sentences. En effet, que ce soitpour l’auditeur médiéval ou le lecteur postérieur, la position du problèmeproposé par Anselme en ouverture de la sentence noue à la fois un problèmedoctrinal et un argumentaire 1 . De façon majoritaire avec cinquante quatreoccurrences, Anselme préfère recourir à des formes déclaratives pour trans-mettre son enseignement. La sentence, en tant qu’énoncé assertif, appartientdonc à la langue pédagogique puisqu’elle ne se contente pas d’informer undestinataire, mais entend aussi faire comprendre un énoncé 2 . Parmi ces sentences, dix sont simplement narratives 3 . Rapportant unfait d’histoire biblique, elles gomment l’identité du narrateur au profit del’Écriture dont les propres paroles sont souvent employées 4 . Un peu plusfréquente est la sentence à incipit impératif avec onze exemples 5 . Cettesentence suppose plus fortement que les autres un auditeur qu’elle prend àparti et sur lequel elle souhaite exercer une action. En ce sens, elle parti-cipe de l’ ethos anselmien puisqu’elle montre dans le maître, sans le nom-mer, celui qui définit de manière autorisée la norme doctrinale. La fai-blesse illocutoire des impératifs employés du type nota quod  ne constitueelle-même qu’un paradoxe apparent: la sentence valorise alors le contenuuniversellement vrai de la sentence, plus que son srcine. CÉDRIC GIRAUD 269 1.Georges V IGNAUX , «Énoncer, argumenter: opérations du discours, logiques du discours»,  Langue fran- çaise , 50 (1981), pp. 91-116, ici p. 91: «Argumenter cela revient à énoncer certaines propositions qu’on choisitde composer entre elles. Réciproquement, énoncer revient à argumenter, du simple fait qu’on choisit de dire etd’avancer certains sens plutôt que d’autres».2.Cf. Pierre A TTAL , «L’acte d’assertion»,  Semantikos , 1-3 (1976), pp. 1-12, ici pp. 9-11.3.L’épisode biblique qui fait le plus appel à la sentence narrative concerne Adam: «Inspiravit ei spiracu-lum vite» (L 37, op. cit  ., p. 36, l. 1) et «Primus homo locatus fuit» (L 38, op. cit  ., p. 36, l. 1), «Corpus Adeante peccatum erat animale» (L 41, op. cit  ., p. 37, l. 1), «Deus fecit hominem justum» (L 47, op. cit  ., p. 44,l.1) et «Primus homo factus est…» (L 55, op. cit  ., p. 52, l. 1). L’événement rapporté concerne aussi les grandsmoments de l’histoire du salut comme la descente de l’Esprit Saint: «Spiritus sanctus in Domino erat» (L 35, op. cit  ., p. 35, l. 1), Jean-Baptiste: «Baptismus Johannis non erat» (L 52, op. cit  ., p. 49, l. 1), le Christ: «DeusDei Filius… conceptus et natus» (L 48, op. cit  ., p. 46, l. 1), ou l’institution des sacrements: «Cum lex… quan-tum ad sacramenta destructa et» (L 51, op. cit  ., p. 48, l. 1) et «Deus… nullius indiguit… auxilio sacramenti»(L 57, op. cit  ., p. 53, l. 1-2). 4.Cf. L 37: «Inspiravit ei spiraculum vite» (Gen. 2, 7) et L 55: «Primus homo factus est…» (I Cor. 15,45).5.La sentence à incipit impératif signale un fait notable soit de manière impersonnelle: «quomodo…attendendum est» (L 31, op. cit  ., p. 32, l. 1-2), «notandum quod» (L 42, op. cit  ., p. 38, l. 1 et L 86, op. cit  .,p.75, l. 1), «notandum est» (L 90, op. cit  ., p. 78, l. 1), soit de façon plus directe: «nota quod» (L 34, op. cit  .,p. 35, l. ), «nota» (L 67, op. cit  ., p. 58, l. 1), «nota quia» (L 79, op. cit  ., p. 67, l. 1) et «nota in quibus rebus»(L 81, op. cit  ., p. 69, l. 1). Elle intervient aussi pour récuser une solution: «non est credendum illis qui» (L 49, op. cit  ., p. 48, l. 1), «non est credendum quod» (L 93, op. cit  ., p. 79, l. 1) ou formuler une prescription: «cre-dendum est» (L 62, op. cit  ., p. 55, l. 1). création intégralement bonne n’est évoquée que pour être aussitôt rejetéeau nom de l’humilité. Il s’agit donc de sauvegarder le plan divin contre desaccusations qui ne sont jamais explicitement formulées, mais pour ainsidire neutralisées par avance. Sur un mode mineur mais similaire, Anselmeexplique dans une sentence sur la tentation que Dieu laisse en l’homme unmouvement charnel inévitable pour une raison simple: si nous étionsassurés de notre bien, nous pourrions en tirer de l’orgueil et devenir encorepires 1 . L’homme ne saurait donc se plaindre de l’infirmité de sa chair, dèslors que le maître lui assigne une place dans le plan divin 2 . De plus, d’autres énoncés paraissent dans une situation ambiguë ou sus-pensive par rapport à la vérité: les propositions interrogatives. Cetteforme est d’autant plus intéressante à relever qu’une des caractéristiquesde la méthode scolastique est l’utilisation de la question ( quaestio ) commemode de recherche du vrai. La question est employée quatorze fois enouverture des sentences 3 . Or, dans tous les cas, elle est exprimée à la voixpassive ( queritur  ), avec une modalité indiquant la possibilité (  potest  ) et, plussouvent, la fréquence (  solet  ). La question n’est donc jamais posée par unsujet énonciateur identifié, mais apparaît toujours comme un énoncé uni-versel et objectif. Sans infirmer une position doctrinale comme la proposi-tion hypothétique, la forme de type quaestio sert plutôt à introduire un casd’école qui appelle résolution. Le point commun des deux types d’énoncésréside dans leur généralité qui ne laisse pas de place à l’évaluation person-nelle. Il est ainsi notable que les propositions écartées ou mises en questionpar Anselme de Laon ne le soient jamais au nom d’une autorité person-nelle. Au contraire, elles sont toujours formulées de façon objective etsemblent implicitement évaluées de manière communautaire. Dans l’uni-vers de croyance anselmien, le faux et le douteux ressortissent à une régu-lation qui échappe à l’individu, mais touche à l’universel.  RHÉTEURS, THÉOLOGIENS, INTELLECTUELS 268 1.«Inevitabilis vero delectatio est motus quidem animi inviti legi carnis subjectus. […] Si enim securiessemus de bono nostro, fortasse superbiremus et ita deteriores efficeremur» (L 85, éd. Odon L OTTIN , op. cit  .,p.74, l. 35-36 et 42-43), voir aussi dans le même sens, L 87, op. cit  ., p. 76, l. 9-10. 2.Cf. également la sentence sur la damnation des enfants morts sans baptême: «Si animas descendere extraduce credere auderemus, cur animae parvulorum non baptizatorum damnarentur, leviter inveniremus»(L43, éd. Odon L OTTIN , op. cit  ., p. 38, l. 1-2). 3.Conjonctions, adverbes ou pronoms sont utilisés pour introduire les questions indirectes «queriturutrum» (L 36 et 59, éd. Odon L OTTIN , op. cit  ., p. 35, l. 1 et p. 54, l. 1), «queritur quare» (L 44, op. cit  ., p. 40,l. 1), «questio… qua» (L 46, op. cit  ., p. 42, l. 1), «queritur quid» (L 60, op. cit  ., p. 54, l. 1); «queritur quo-modo» (L 74, op. cit  ., p. 65, l. 1), «queritur… an» (L 78, op. cit  ., p. 67, l. 1-2), «queritur… quo» (L 83, op.cit  ., p. 72, l. 1). Les formes plus complexes témoignent de la même diversité dans la subordination: «dubitarisolet… an» (L 77, op. cit  ., pp. 66-67, l. 1-2), «queri potest unde» (L 84, op. cit  ., p. 73, l. 1), «queri solet…an» (L 88, op. cit  ., p. 76, l. 1), «queri solet qui» (L 94, op. cit  ., p. 79, l. 1) et «solet autem dubitari quare»(L95, op. cit  ., p. 80, l. 1). On y ajouté la tournure: «De judicio si sit faciendum materiali voce neque affirma-tur, neque negatur» (L 92, op. cit  ., p. 79, l. 1-2).  DES RÉPONSES PRESCRIPTIVES Les réponses apportées par Anselme ne sont pas moins intéressantes quela manière de commencer les sentences. De manière générale, les solutionssont assertées selon des degrés divers d’autoritativité mais qui ont tous encommun leur impersonnalité et leur caractère prescriptif  1 . La réponse àune question n’est pas le fait d’un sujet présenté comme auteur et respon-sable de sa pensée, mais le constat d’un «dit» qui reçoit sa vérité d’un«dire» anonyme et universel. C’est pourquoi, de la quaestio , mode péda-gogiquement efficace pour présenter le vrai, à la sentence impersonnelle etimpérative, il n’y a qu’un pas, fréquemment franchi par Anselme. Le mode impératif, avec ses nuances subtiles allant de l’exhortation àl’ordre, s’accorde parfaitement avec la pédagogie anselmienne dont l’objetn’est pas le «bien dire», mais le «dire orthodoxe». Pour ce faire, lemaître aime à employer la forme des nota pour attirer l’attention sur unpoint précis du raisonnement 2 . De même, les nombreuses tournuresinjonctives présentent leur énoncé comme une évidence partagée: elless’abstiennent donc de mentionner un énonciateur ou un destinatairepuisque leur généralité garantit une validité universelle 3 . Ces tournuresdisent avec netteté ce qu’il faut croire, savoir et comprendre: la véritén’est pas affaire de jugement personnel, mais dépend d’une assertion quimêle inextricablement la prescription du vrai à la pratique du bien.Implicitement le rôle de l’élève est en effet de faire siens ces énoncés uni- CÉDRIC GIRAUD 271 1.Le processus de véridiction passe de la simple constatation: «Queri solet qui fuerint […]. Fuerunt[…]» (L 94, op. cit  ., p. 79, l. 1-2), plus ou moins motivée: «Queritur […] quo spiritu hoc faciant. Videturenim quod […]. Sed sciendum est quod […]» (L 83, op. cit  ., p. 72, l. 1-2), «Queritur quare […]. Ad quoddicitur quod […]» (L 44, op. cit  ., p. 40, l. 1-3), «Queri potest unde […]. Sed ut dicit Gregorius diaboli habent[…]» (L 84, op. cit  ., p. 73, l. 1-4), «Solet autem dubitari quare […]. Quorum hec est ratio […]» (L 95, op. cit  .,p. 80, l. 1-4), jusqu’à l’énoncé impératif sans appel: «Sed solet queri quale corpus […]. Sed pro certo debetcredi quod» (L 62, op. cit  ., p. 55, l. 10-11), «De his queri solet utrum […]. Sciendum est igitur […]» (L 68, op. cit  ., p. 59, l. 2-3), «Dubitari vero solet utrum dilectio […]. Sed sciendum quod dilectio […]» (L 71, op. cit  .,p. 62, l. 32-37), «Queritur quomodo intelligendum […]. Responsio sicut in te […] nec ita intelligendumquod» (L 74, op. cit  ., p. 65, l. 1-11), «Queritur igitur quando vel quomodo […]. Videtur enim […]. Ad quoddicendum est quod […]» (L 85, op. cit  ., pp. 73-74, l. 18-24), De judicio […] neque affirmatur neque negatur.Sed hoc certum est quod […]» (L 92, op. cit  ., p. 79, l. 1-2). La forme suivante peut être assimilée à une ques-tion: «Videtur tamen quia […]. Sed sciendum quod […]» (L 82, op. cit  ., p. 71, l. 41-45). 2.«Nota Deum […]» (L 35, op. cit  ., p. 35, l. 14), «Nota etiam quia Adam […]. Nota etiam quia diabo-lus […]» (L 47, op. cit  ., p. 44, l. 5 et 16), «Nota quod invicibilis infirmitas […]» (L 75, op. cit  ., p. 66, l. 19),«Et nota non esse appellandum votum […]» (L 76, op. cit  ., p. 66, l. 4), «Et nota quod non magis licet […]»(L77, op. cit  ., p. 67, l. 10). 3.«Sed dicendum circumcisionem […]» (L 49, op. cit  ., p. 48, l. 4), «Sciendum est autem quod […]» (L52, op. cit  ., p. 49, l. 8), «Credendum est tamen […]» (L 59, op. cit  ., p. 54, l. 8), «Credendum est itaque quod[…]» (L 62, op. cit  ., p. 55, l. 7), «Sed intelligendum est illum loqui […]» (L 65, op. cit  ., p. 57, l. 3), «Similimodo est determinandum quod […]» (L 66, op. cit  ., p. 57, l. 17), «quod ita determinandum est» (L 67, op.cit  ., p. 58, l. 4), «iterum videndum est qua intentione […]» (L 79, op. cit  ., p. 67-68, l. 4-5), «Nec est vitan-dum scandalum […]» (L 81, op. cit  ., p. 69, l. 5-6), «Nec credendum est quod […]» (L 86, op. cit  ., p. 75, l. 7),«Sed sciendum est quod non […]» (L 88, op. cit  ., p. 77, l. 37-38), «Et sciendum est quod non […]» (L 92, op.cit  ., p. 79, l. 5). Participe également de la force du discours anselmien la présence mas-sive en ouverture de sentences définitionnelles. On désigne ainsi les vingt-huit sentences déclaratives qui fondent leur développement sur un pointde départ constaté comme vérité générale et exprimé immanquablementpar le présent de l’indicatif. Parmi ces sentences, certaines se réfèrent plusdirectement à un fait présenté comme indubitable 1 . D’autres utilisent enouverture des  auctoritates bibliques et patristiques selon le même modeénonciatif objectivant 2 . Ces énoncés supposent un rapport autoritatif hié-rarchique: c’est parce qu’un Père ou une autre autorité tient telle positionque le maître la reprend à son compte. Dans ce type d’énoncés, le maîtreapparaît ainsi comme une sorte de ventriloque qui s’efface pour mieuxlaisser parler l’  auctoritas mise à contribution. Enfin parmi les sentences déclaratives, seize présentent la forme de défi-nitions canoniques 3 . L’usage de la forme logique élémentaire «sujet-pré-dicat» (du type «la charité est un mouvement») permet de donner àl’énoncé le statut d’une vérité générale et déjoue par avance toute objec-tion. Usage constatif du présent, formule affirmative à valeur universelle,tour présentatif créent chacun un effet de crédibilité qui tend à cacherl’existence d’une technique rhétorique 4 . La vérité proposée relève ainsiplus du déploiement assertif, de l’évidence partagée que de la démonstra-tion logique. L’acte définitionnel en position initiale caractérise ainsi avecnetteté la pédagogie anselmienne 5 .  RHÉTEURS, THÉOLOGIENS, INTELLECTUELS 270 1.Il peut s’agir d’un usage: «In festo innnocentium… non cantat Ecclesia» (L 96, op. cit  ., p. 81, l. 1),«In majori misterio coluntur octave» (L 97, op. cit  ., p. 81, l. 1) ou d’un fait: «Inveniuntur quedam in scriptu-ris» (L 64, op. cit  ., p. 56, l. 1). En un seul cas, une certaine latitude est ouverte par l’utilisation du verbe  posse :«Corpora… poni possunt» (L 63, op. cit  ., p. 56, l. 1-2), mais le plus souvent l’avis est présenté comme un étatde fait indubitable: «Naturaliter fatui… salvantur» (L 58, op. cit  ., p. 54, l. 1), «Sicut in baptismo daturSpiritus… ita dominicum corpus necessario recipitur» (L 61, op. cit  ., p. 55, l. 1-3), «Tribus modis temptaturhomo» (L 85, op. cit  ., p. 73, l. 1) ou «…manent quidam nexus» (L 91, op. cit  ., p. 78, l. 1). 2.«Beda dicit» (L 65, op. cit  ., p. 57, l. 1), «Leo papa dicit» (L 66, op. cit  ., p. 57, l. 1), «Quod ille solus…Apostolus ad Corinthios» (L 89, op. cit  ., p. 77, l. 1-2).3.La définition se fait sur le mode de la distinction: «Inter spem et presumptionem hoc distat quod»(L70, op. cit  ., p. 61, l. 1), «Comestio alia fit» (L 80, op. cit  ., p. 68, l. 1), «Prophetia interpretatur» (L 82, op.cit  ., p. 70, l. 1), ou grâce à une structure simple avec le verbe esse : «Quod obicitur… nihil est» (L 45, op. cit  .,p.41, l. 1-3), «Hic sanguis est confirmator» (L 62, op. cit  ., p. 56, l. 19), «Virtus est habitus» (L 68, op. cit  .,p.59, l. 1), «Caritas est motus» (L 71, op. cit  ., p. 61, l. 1), «Servi, mercenarii, filii in Ecclesia sunt» (L 75, op.cit  ., p. 75, l. 1), «Quedam sunt que» (L 76, op. cit  ., p. 66, l. 1) et «Contempnere Deum est… agere» (L 87, op.cit  ., p. 76, l. 1), cf. aussi L 33 qui s’ouvre par une phrase nominale où est  est sous-entendu: «Justitia Dei alia,alia exigens» (L 33, op. cit  ., p. 34, l. 1). Quant à dicitur  , il indique un fait tenu pour vrai: «Dicitur nullus posseresistere voluntati Dei» (L 32, op. cit  ., p. 34, l. 1) et «De antiquis patribus… dicitur quod» (L 50, op. cit  ., p.48, l. 1-2) ou a valeur d’appellation: «Testamentum dicitur in quo» (L 53, op. cit  ., p. 50, l. 1), «Ille diciturhabere» (L 69, op. cit  ., p. 59, l. 1) et «Ille mentiri dicitur qui» (L 88, op. cit  ., p. 76, l. 16). 4.«Une des techniques essentielles de l’argumentation quasi logique est l’identification de divers élé-ments qui sont l’objet du discours», dans Chaïm P ERELMAN et Lucie O LBRECHTS -T YTECA , Traité de l’argumenta-tion. La nouvelle rhétorique , Bruxelles, Éditions de l’Université de Bruxelles, 1988 5 , p. 282 et tout le paragraphe50 «Identité et définition dans l’argumentation», pp. 282-288. 5.Les sentences d’Anselme présentent ainsi les caractères du discours didactique repérés par Jean Dubois:«Le sujet d’énonciation s’efface alors afin de permettre au lecteur de s’identifier avec lui. […] On n’incite plusà l’action, mais on part au contraire de cette identification comme une donnée de base. […] Le discours didac-tique suppose un vide énonciatif chez le lecteur qui doit l’intégrer à son propre discours, se l’approprier», cf. Jean D UBOIS , «Lexicologie et analyse d’énoncé», Cahiers de lexicologie , 15 (1969), pp. 115-126, ici p. 120.
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