Table des matières. I Anthelme Collet II Monsieur le Comte de Sainte-Hélène L INVENTEUR DU VOYAGE À PIED MÈRE ET FILS?...

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G. Lenotre HISTOIRES ÉTRANGES QUI SONT ARRIVÉES 1917 éédi ittéé parr la l bibliotthèèquee numéérri iquee rromandee eebookss--bnrr..ccom Table des matières MURÉE VIVE... 4 PROPHÈTE PAR AMOUR LA BÊTE

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G. Lenotre HISTOIRES ÉTRANGES QUI SONT ARRIVÉES 1917 éédi ittéé parr la l bibliotthèèquee numéérri iquee rromandee eebookss--bnrr..ccom Table des matières MURÉE VIVE... 4 PROPHÈTE PAR AMOUR LA BÊTE DU GÉVAUDAN LES TROIS PERSANS MONSIEUR BOURET, NOUVEAU RICHE GIBIER DE BAGNE I Anthelme Collet II Monsieur le Comte de Sainte-Hélène L INVENTEUR DU VOYAGE À PIED MÈRE ET FILS? I Stéphanie de Beauharnais II Gaspard Hauser L AVENTURE DE M. DE TROMELIN Ce livre numérique À mes chers petits-fils ANDRÉ ET FRANÇOIS GAUCHET pour quand ils sauront lire. G. L. 3 MURÉE VIVE Comme le vent sifflait sous les portes mal jointes et que l un de nous, ayant soulevé le rideau de la fenêtre, avait constaté que la neige tombait, on se rapprocha du feu et l on poursuivit la causerie. C était dans un de ces grands châteaux sans style du nord de la France qui sont noirs comme des usines et vastes comme des casernes. On avait chassé tout le jour, et depuis qu on avait soupé là, devant l âtre, où brûlait un grand feu, on goûtait, dans la fumée des cigares et des pipes, le repos délicieux qui suit les rudes journées de marche. La maison où nous allions passer la nuit était ancienne de deux siècles, un peu délabrée, comme il convient ; et, du charme des vieilles demeures, la conversation était passée tout naturellement aux souvenirs qu elles abritent. On avait parlé de chambres hantées, de dames blanches, d apparitions, de coups frappés dans les murs, de portes s ouvrant toutes seules, et de lu- 4 mière astrale. Chacun avait dit «la sienne» et, ainsi qu il arrive en pareils sujets, toute nouvelle histoire renchérissait d invraisemblance sur les précédentes. Soit que nous eussions l âme fortement trempée, soit plutôt que, entre chasseurs, on soit sceptique, ces affolants récits n avaient pas causé grand émoi, et l on allait être réduit à faire tourner une table quand l un de nous, secouant sa pipe sur les grands chenets, insinua : J en sais une, moi, mais terrible. Contez-la! Par malheur elle est longue. Bravo! Elle vous fera peur. Tant mieux! Elle vous empêchera de dormir. Ne l espérez pas! Et puis, ce n est pas, à proprement parler, une histoire de revenants C est bien pis. De qui la tenez-vous? C est un de mes plus vieux souvenirs. La bibliothèque du collège où j ai passé huit ans de ma 5 vie ne contenait, parmi des collections complètes des Lettres édifiantes et des Voyages de M. de la Harpe, qu un seul livre «amusant» ; je dis un seul. Celui-là, on se le disputait : au cours de mes huit années d étude, il me revint une douzaine de fois dans les mains, et je le relisais toujours avec une angoisse nouvelle. Je ne l ai plus jamais rencontré depuis ce temps-là, et je ne l ai pas cherché d ailleurs, craignant d émousser une impression qui m est restée très vive. Peut-être l avez-vous tous lu ; peut-être fait-il frissonner encore la jeune génération actuelle. C était un vieux bouquin, de l époque de la Restauration, je pense, et qui avait pour titre : Le Dernier des Rabasteins. L auteur, dont le nom flamboyait dans nos admirations d enfants bien au-dessus de Virgile et de Hugo, était un certain Mazas qui, je l ai su depuis, fut l un des précepteurs du duc de Bordeaux. De quoi traitait ce livre admirable, je l ai oublié ; je ne me souviens que d un épisode qui s y trouve réparti en plusieurs fragments dans le cours du récit. Le fait est-il authentique? Je l ignore également ; mais comme Mazas mêle à son récit le nom de certaines nobles familles encore existantes, je vois là une raison de croire qu elle repose sur un 6 fond de vérité, une tradition locale peut-être. Au surplus, peu importe et voici l histoire : Vers le milieu du XVIII ème siècle, vers 1745 ou 1750, le jeune vicomte de Rabasteins, qui avait alors une vingtaine d années, parcourant en touriste le Dauphiné, visita, un jour d été, avec quelques compagnons de son âge, le vieux château de Montségur, aux environs de Saint-Paul-Trois- Châteaux. C était un antique manoir alors à demi ruiné et qui, depuis près de trente ans, restait déshabité. Il avait été le repaire du baron des Adrets, le huguenot fameux dont la bravoure, la ruse et la cruauté demeuraient légendaires. Pendant bien des années, au temps de Henri IV, le baron des Adrets avait terrorisé la contrée ; en guerre perpétuelle avec tous ses voisins, il possédait le don singulier de disparaître quand ses ennemis le talonnaient de trop près, et les paysans assuraient, en se signant, que le diable, son associé, lui procurait pour ces jours-là une retraite impénétrable que, depuis lors, personne n avait découverte. En revanche, son Montségur passait pour être hanté ; par certains temps d orage, aux grondements du tonnerre répondaient de longues plaintes qui semblaient sortir 7 des souterrains du château, et peu de gens osaient s aventurer dans le dédale de bâtiments, de cours, de galeries, de salles et d escaliers que formait l immense construction. Un gardien, vivant avec sa famille dans un pavillon isolé, montrait aux touristes la propriété et leur en racontait les traditions. Le jour où le vicomte de Rabasteins s y présenta avec ses compagnons d excursion, l atmosphère était lourde et la chaleur écrasante. Le gardien conduisit les jeunes gens à l entrée du château, leur conta quelques traits de la vie du baron des Adrets ; mais cette vieille légende ne les émut pas beaucoup. On fit le tour des remparts qui, bâtis sur le roc, surplombaient de profonds ravins embroussaillés. Parvenu avec les visiteurs à une sorte d esplanade gazonnée et très déclive, le gardien s arrêta devant une croix de pierre, se découvrit et désigna solennellement, d un geste de la main, l inscription gravée sur le socle : Lucie de Pracontal 25 juin Puis il commença la terrifiante histoire. Dans les dernières années du règne de Louis XIV, le château de Montségur était habité par 8 la noble famille de Pracontal ; le marquis, un grand seigneur presque toujours à la cour ou en guerre, la marquise, une pieuse et charitable dame que les pauvres adoraient, leur fille Lucie, douce et charmante enfant dont tout le pays vantait la grâce, l intelligence et la bonté. Au printemps de 1715, Lucie de Pracontal, qui avait alors dix-huit ans, fut demandée en mariage par un jeune gentilhomme dauphinois, le vicomte de Quinsonas : les deux jeunes gens s aimaient, l union projetée satisfaisait leurs familles, et les noces furent annoncées pour le 25 juin. Ce jour-là, ce fut grande fête à Montségur. Après la messe, célébrée à la chapelle du château, on prit place à la table dressée dans une galerie du rez-de-chaussée et que présidait la mariée, rayonnante de bonheur et jolie à miracle sous l auréole de ses cheveux blonds, dans la robe de soie d un bleu très clair, au corsage de laquelle la marquise de Pracontal avait, suivant l usage du temps, sitôt après la bénédiction nuptiale, épinglé ses bijoux de famille : d admirables ferrets de diamants et un double rang de grosses perles, vieilles de cinq siècles. Depuis bien des années, le manoir du baron des Adrets n avait abrité autant de gaîté et de bonheur. Pourtant, un accident singulier assombrit un peu la fin du dîner : 9 Lucie, en s efforçant d ouvrir un noyau d abricot dont elle voulait partager l amande avec son mari, brisa le frêle anneau d or qui, depuis une heure à peine, était à son doigt : Oh! fit-elle, n est-ce pas là un présage de malheur? On s empressa de la rassurer en riant et de lui faire honte de sa superstition, puis, comme le repas s achevait et que les paysans organisaient des rondes sur l esplanade, l incident fut vite oublié. Toute l assistance était pleine d entrain. En attendant que la chaleur fût un peu tombée et qu on pût se mêler aux danses, quelqu un proposa une partie de «cligne-musette» (c est là le vieux nom du jeu de cache-cache). L étendue et la complication des appartements du château se prêtaient admirablement à ce passe-temps et réservaient autant de surprenants enfoncements que d admirables embuscades. Après une heure de courses dans les longs couloirs, de cris de joie, d appels, de rires, de chasses à travers les escaliers et de perquisitions dans les vastes armoires, on battit le rappel et tous les joueurs se rassemblèrent. Lucie seule manquait : connaissant mieux que les autres les dispositions 10 du château, elle s était sans doute si bien cachée qu elle n avait pas entendu le signal terminant la partie. On l appela, rien ne répondit : les joueurs, intrigués, reprirent la chasse, ouvrant toutes les portes Lucie ne fut pas retrouvée. M. de Quinsonas, nerveux, presque inquiet déjà, se mit en quête, appelant sa femme : «Lucie! Lucie!» Lucie ne répondit pas. Tous les invités, tous les serviteurs, instruits de cette inexplicable disparition, s employèrent à chercher la jeune mariée. On scruta les moindres coins des greniers, des écuries ; les grands coffres à avoine, les souterrains ; on explora le château tout entier, les granges, les communs, les remparts ; on visita les toits, les caves ; on sonda les murs Personne! M me de Pracontal, éplorée, réclamait sa fille à tous les assistants ; les danses villageoises étaient interrompues ; des paysans visitaient les fossés entourant le vieux manoir, battaient les broussailles, poussaient leurs investigations jusqu aux vergers voisins. On ne découvrit de Lucie aucune trace. La nuit vint : la fête commencée dans la joie s achevait dans la consternation. Il fallut bien interrompre les recherches pour les reprendre le 11 lendemain, dès l aube ; mais elles n eurent pas meilleur résultat. M me de Pracontal se persuadait que sa fille était sortie du château, et que, entraînée par la déclivité de l esplanade tapissée d un gazon glissant, elle était tombée dans le ravin ; on suivit cette piste, mais on ne trouva rien. Quelque bête fauve avait-elle, durant la nuit, déchiré et emporté le corps? Supposition d autant plus invraisemblable que nulle part on ne rencontrait trace de chute, aucun lambeau de vêtement, aucune herbe foulée ou tachée de sang. On apprit que, le jour des noces, une bande de bohémiens avait campé aux environs du château : ces nomades, disparus au cours de la fête, n avaient-ils point enlevé la jeune femme pour s emparer de ses bijoux? On lança à leur poursuite la maréchaussée de Saint-Paul-Trois-Châteaux : ils furent rejoints, ramenés à Montségur ; mais les plus menaçants interrogatoires, les fouilles les plus minutieuses établirent que ces bohémiens étaient innocents : le hasard de leur pérégrination les avait seul amenés dans la région et ils ignoraient même la disparition de Lucie de Pracontal. Seulement, une cartomancienne, qui faisait partie de leur troupe, émue du désespoir de la marquise, offrit à la noble dame le concours de son art magique. Elle 12 étala ses tarots, se livra à des calculs mystérieux et décréta que «la châtelaine reverrait sa fille.» Pourtant, les jours, les semaines, les mois s écoulèrent et jamais on ne découvrit trace de Lucie. M me de Pracontal, obstinée à son idée d une chute dans quelque gouffre, fit élever, au bord du ravin, la croix de pierre portant le nom de sa fille et la date de la disparition. Ce n était pas une tombe, puisque le monument ne recouvrait aucun corps ; ce n était pas un cénotaphe, puisque le mot «décédée» ne s y lisait pas ; ce laconisme de l inscription signifiait que, en dépit de la douloureuse certitude, la marquise ne se résignait pas et que la prédiction de la cartomancienne restait, comme une petite lueur d espoir, au fond de sa pensée en deuil. À la suite de cette catastrophe, les Pracontal avaient quitté Montségur. Le château, abandonné à la surveillance du gardien, tombait en ruines. Depuis trente ans la marquise n y avait point reparu : elle vivait à Valence, dans la retraite, uniquement occupée d œuvres pieuses et charitables. Tel fut le récit du garde. La joyeuse bande des visiteurs y prit plus d intérêt qu aux souvenirs du baron des Adrets. Mais ils n étaient ni d âge ni de 13 disposition d esprit à s en émouvoir profondément ; ils donnèrent un regard à la croix, s approchèrent du ravin où la malheureuse Lucie avait sans doute disparu ; puis, comme il était l heure du dîner, ils sortirent de leurs portemanteaux les provisions dont ils s étaient munis. La femme et les filles du gardien dressèrent la table à l ombre d un portique délabré et le repas commença gaîment. Seul le vicomte de Rabasteins se montrait moins animé que ses compagnons : encore qu il s efforçât de n en rien laisser paraître, la tragique histoire de Lucie de Pracontal l avait grandement impressionné. L image de cette jolie fille avec ses cheveux d or et sa robe d azur obsédait sa pensée : il venait d entendre prononcer son nom pour la première fois, et pourtant il lui semblait qu un lien mystérieux l unissait à ce fantôme. Il ne se sentait point maître de cette impression d autant plus inexplicable qu il était, par tempérament, peu disposé à la mélancolie. Aussi portait-il cette insolite disposition d esprit au compte de l orage qui grondait au lointain : de gros nuages couleur d étain accouraient de l horizon et montaient à l assaut du ciel, et les arbres de l esplanade agitaient furieusement leurs bras tordus. 14 Le pique-nique se poursuivait, très bruyant ; mais Rabasteins se mêlait distraitement à la joie générale. Il mangeait peu et caressait, d un geste machinal, un gros chat gris, le chat du gardien sans doute. L animal, attiré par l odeur des mets, était venu rôder autour des convives et avait familièrement sauté sur ses genoux ; il s y pelotonnait en ronronnant, et, par moments, levait vers Rabasteins ses yeux mi-clos, couleur d ambre, câlins et attirants comme une énigme. Un peu fatigué de la turbulence de ses camarades, Rabasteins quitta le premier la table. Désireux de se mouvoir, il parcourut les remparts et, instinctivement, se rapprocha de l esplanade où s élevait la croix commémorative ; il relut l inscription : Lucie de Pracontal, 25 juin Pourquoi ce nom le troublait-il à ce point? Il s approcha du bord du ravin, se pencha, se retenant aux branches, cherchant à voir : il lui semblait que la morte était là, que jadis on l avait mal cherchée, et que, malgré les trente ans écoulés, il allait apercevoir, au fond du trou broussailleux, quelque lambeau de sa robe bleue, quelque floche de ses cheveux blonds. 15 La pluie, tombant par rafales, le chassa de ce lieu sinistre ; il rejoignit ses compagnons qui, très animés, regardaient tomber l averse. L orage interrompait leur excursion, mais ils en prenaient allègrement leur parti. Ils demandèrent au vicomte d où il venait, et celui-ci leur conta son pèlerinage à l esplanade : il ne cacha point combien l histoire de Lucie de Pracontal l avait ému. Les autres l avaient déjà oubliée ; pourtant, par complaisance, ils en rappelèrent les péripéties : l anneau brisé, la partie de cligne-musette Et, comme la pluie tombait à torrents, comme on ne pouvait songer à se remettre en route, l un des jeunes gens proposa de jouer à cache-cache. Dans cet immense château, dont toutes les salles étaient désertes, comme ce serait amusant! Tout de suite, on applaudit, le jeu s organise. La bande se divise en deux camps : les uns se cacheront, les autres chercheront. Vite on se disperse. Rabasteins est de ceux qui se cachent. Ayant retrouvé tout son entrain, curieux de partir à la découverte à travers le dédale des étages, il s élance, traverse trois ou quatre salles démeublées et poussiéreuses, longe une galerie, pousse une porte, descend un escalier dérobé, se trouve dans une salle basse ouvrant sur un corridor obscur Mais 16 déjà il entend, derrière lui, résonner sur les parquets sonores le pas d un poursuivant : il se dissimule dans l ombre, se tapit derrière une porte dont il ramène sur lui l un des battants et se tient là immobile, retenant son souffle. Le traqueur approche plus lentement, à tâtons, car le couloir est obscur : encore quelques pas et il va se heurter à Rabasteins. Celui-ci se fait aussi mince que possible, s appuie à la muraille, s y incruste, et, tout à coup, il sent la cloison céder sous son effort. Une porte qu il n avait pas aperçue s ouvre sans bruit derrière lui, donnant accès à une cache admirable : il s y enfonce, la porte retombe silencieusement, et Rabasteins presque aussitôt perçoit le bruit que font, contre cette mince cloison qui le sépare de lui, les mains de son poursuivant frôlant la boiserie. Le chasseur palpe, furète, s éloigne, et ses pas se perdent bientôt dans le lointain. La pièce où se trouvait Rabasteins était absolument obscure. Armoire ou cave? Il n en pouvait juger, car d aucun joint n y filtrait le moindre rayon de lumière. Assuré maintenant d avoir, par une chance inespérée, échappé aux recherches de son camarade, il jugea inutile de séjourner plus 17 longtemps dans cet endroit ténébreux Mais ses mains ne retrouvent pas la serrure ; il les promène du haut en bas de la cloison, en large, en long, sans rencontrer la moindre aspérité. Étendant les bras, avançant avec précaution, il mesure son réduit : c est un cabinet de cinq pas en tous sens, entièrement lambrissé de planches lisses. Il faut sortir de là pourtant, d autant plus que l air y fait défaut au point que la respiration du jeune homme se trouve déjà gênée. Appeler? Frapper à la boiserie? C est inutilement s exposer aux railleries de ses compagnons et perdre la partie si heureusement gagnée. Il est inadmissible que, de ce cabinet où l on entre sans le vouloir, on ne puisse sortir en s y appliquant. Et, de nouveau, Rabasteins palpe les parois de sa prison, méthodiquement cette fois, ne laissant pas un point inexploré, et, sur la muraille opposée à celle par laquelle il a pénétré dans le cabinet, ses doigts fureteurs s arrêtent à une petite cavité, assez semblable, comme dimension, à l intérieur d un dé à coudre. Il y enfonce l index, appuie Tout aussitôt le coup sourd d un contrepoids retombé résonne dans la muraille ; une porte s entrebâille, Rabasteins la pousse : elle ouvre, non dans le corridor où il se trouvait tout à l heure, 18 mais dans une chambre basse à laquelle on descend par quatre marches de pierre. Du haut de ce perron, retenant d une main la porte, le jeune homme, se penchant, examine la salle : un soupirail, garni de forts barreaux et percé à la hauteur du plafond, l éclaire d une pénombre grise ; une armure ternie est suspendue au mur ; comme meubles, une large table et deux fauteuils à grand dossier incliné. Ces choses, veloutées de poussière, semblent être d une teinte uniformément morte ; il s en exhale une odeur nauséabonde. L un des sièges est placé de façon que, du seuil, on n aperçoit que le haut dossier de cuir gris ; mais, en avançant la tête, Rabasteins s aperçoit que quelqu un y est assis. Rassuré, il cesse de maintenir la porte, qui se referme aussitôt. Au bruit de chaînes qu elle fait en retombant, le vicomte tressaille involontairement ; déjà il s efforce de la rouvrir, mais elle est sans loquet, sans poignée, sans serrure : une feuille de métal implacablement plane. Malgré l angoisse qui l oppresse, Rabasteins ne veut pas avoir peur. Que craindrait-il en effet? Puisqu un être humain a trouvé le moyen de pénétrer dans cette chambre, il est facile aussi bien d en 19 sortir. Il descend les marches de pierre, s avance : en effet, une femme est là, immobile, la tête appuyée au dossier, les bras posés sur les accotoirs du fauteuil. Elle dort C est l une des filles du gardien, sans doute, qui, ayant peur de l orage, s est réfugiée ici et s y est assoupie. Rabasteins ne se permet pas de la réveiller. La situation qu elle occupe, dans la partie la plus sombre de la pièce, où elle s est placée pour mieux dormir, ne laisse apercevoir que sa silhouette vaguement estompée ; mais on distingue pourtant qu un sourire écarte ses lèvres, découvrant ses dents blanches. Le vicomte, un peu étonné que le bruit de la porte n ait pas interrompu le sommeil de la dormeuse, se résout à prendre patience ; il s assied dans le fauteuil vide ; un livre est sur la table, un anti
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