Le pouvoir du temps

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Violaine Janeau a toujours ado- ré écrire, c'est d'ailleurs ce qu'elle aimait tout particulièrement dans ses cours de français au collège, et…

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Violaine Janeau a toujours ado- ré écrire, c'est d'ailleurs ce qu'elle aimait tout particulièrement dans ses cours de français au collège, et c'est ce qui l'a incitée à devenir pro- fesseure dans cette matière. Elle met cet amour du récit en pratique égale- ment sur des forums RPG de Harry Potter. Et puisque l'écriture va de pair avec la lecture, elle raffole égale- ment de cette activité, lisant tous les genres. Longtemps amatrice de théâtre, Violaine a elle-même foulé les planches, finissant par se lancer dans le théâtre d'improvisation, qui stimule énormément son imagination débordante. Imagination de laquelle est né son premier ro- man Le pouvoir du temps. @violaine.janeau Le pouvoir du temps TO M E 1 Le pouvoir du temps - Tome 1, coll. FantasyLips, novembre 2018 Le pouvoir du temps - Tome 2, coll. FantasyLips, décembre 2018 Ces livres sont également disponibles au format numérique. Retrouvez notre catalogue sur notre site www.lipsandcoboutique.com Violaine Janeau Le pouvoir du temps TO M E 1 Ce livre est une fiction. Toute référence à des événements historiques, des comportements de personnes ou des lieux réels serait utilisée de façon fictive. Les autres noms, personnages, lieux et événements sont issus de l’imagination de l’auteur, et toute ressemblance avec des personnages vivants ou ayant existé serait totalement fortuite. Le Code français de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Tous droits réservés. Toute reproduction, même partielle, de cet ouvrage est interdite sans l’autorisation écrite de l’éditeur. Une copie ou une reproduction par quelque procédé que ce soit constitue une contrefaçon passible des peines prévues par la loi sur la protection du droit d’auteur. © 2018, Lips & Co. Éditions Collection FantasyLips Première édition : novembre 2018 ISBN : 978-2-37764-320-2 Sous la direction de Shirley Veret Correction et mise en page : Sophie Druelle Conception graphique de la couverture : Caroline Copy-Denhez Illustrations de couverture : © lassedesignen © kevin renes© d1sk © saibarakova IIona © g. roman © zapolzun© janniwet À mes fils Elwann et Tristan, À ma fille Eulalie, née depuis, À Antony, le premier lecteur de mon cœur. 1 O La fin Je file sur l’autoroute éclairée par le soleil d’automne. Des vitres entrouvertes, le vent pénètre dans la voiture en ébouriffant mes cheveux déjà emmêlés. Les mains crispées sur le volant, je fixe la route sans la reconnaître. Cela fait bien une heure que je roule. Ma voiture va vite, trop vite, mais cela m’est bien égal. Je ne vois pas les panneaux, juste l’horizon. La musique de l’autoradio est beaucoup trop forte pour que je com- prenne les paroles de cette chanson à la mode. Et puis, rien n’a d’importance maintenant : ni la musique, ni les feuilles des arbres qui tombent sur la route, ni mon sourire éteint, ni mes mains d’où un sang noir et gluant glisse pour se dépo- ser sur le volant de la voiture que j’ai volée. Je ne sais pas où je vais, et c’est avec surprise et sérénité que je reconnais, au bout de quelques minutes, l’endroit où ma voiture s’est arrêtée. 11 Violaine Janeau Le moteur tourne toujours bien que je doive être arrivée depuis un bon quart d’heure. Je coupe finalement le contact et jette un œil par la fenêtre. Rien ne semble avoir chan- gé. Je veux enlever une mèche de cheveux sur mon visage, mais l’odeur du sang m’arrête. Je grimace, attrape mon sac sur le siège passager et sors de la voiture, laissant les clés à l’intérieur. Quelle importance ? Sans attendre, j’entre dans le cimetière. Mes talons ré- sonnent sur le bitume alors que j’avance à grandes enjam- bées. Mon manteau noir virevolte autour de moi comme si j’étais un fantôme. Je ne suis qu’une âme perdue qui va enfin retrouver son cœur. Je ne regarde pas les rangées de tombes autour de moi, je connais le chemin, même si je n’y suis venue qu’une seule fois. Je m’arrête enfin, et, lasse, tombe à genoux devant sa tombe. C’est là que je craque et me mets à pleurer. Je ne sais s’il s’agit de larmes de tristesse ou de soulagement. Je sais par contre qu’il est temps de le rejoindre. Mes mains accrochent le marbre brut et je m’allonge sur sa tombe comme si c’était son corps. Mes larmes coulent sur la dalle froide et humide, et mes doigts grattent la mousse à la recherche de son nom. Peu de temps s’est écoulé pourtant, mais le lichen a poussé comme pour faire disparaître la triste réalité de sa mort. Tout s’est déroulé à Rennes. Un an plus tôt, j’étais venue m’y installer pour mes études. Et je l’avais rencontré dans des conditions pour le moins incroyables mais qui me pa- raissent si ordinaires à présent. Le « a » de son prénom apparaît sous mon ongle, et, poursuivant mon labeur, je me remémore une dernière fois notre histoire. 2 O L’objet des regards Je me suis installée à Rennes après le décès de mes parents dans un accident de voiture. Fille unique, j’ai hé- rité d’eux une mince fortune qui me permet de continuer mes études sans être obligée de trouver un emploi pour les payer. J’ai choisi Rennes sans vraiment réfléchir. C’est une ville de ma terre natale, la Bretagne, mais elle est assez éloignée de la maison de mes parents pour que je n’aie pas à rendre visite à leurs anciens voisins curieux et bavards. J’ai trouvé assez facilement au premier étage d’une rési- dence récente un petit studio proche du centre-ville, où j’ai installé un clic-clac, mon bureau et une armoire. Le strict minimum. J’ai quelques souvenirs aussi, mais je ne suis pas très sentimentale, alors la décoration de mon nouveau « chez-moi » est très impersonnelle. 13 Violaine Janeau Arrivée fin juillet, j’ai eu le temps de visiter la ville, et, fin août, j’ai vu débarquer les étudiants. J’appréhende la rentrée. Je ne connais personne et je ne sais pas vraiment si j’ai envie de me faire des amis. J’ai toujours été solitaire, enfermée dans mon monde. Mais, mi-septembre, je dois prendre mon courage à deux mains et me rendre à la réunion de prérentrée. La fac est grande, plus grande que ce que j’avais ima- giné, mais moins grande que ce que j’ai vu dans les films américains. C’est une fac de Lettres. Pourquoi Lettres ? Je sais pertinemment que mes parents n’auraient pas été d’ac- cord : selon eux, aucun débouché ! Mais rien d’autre ne m’intéresse, et j’aime lire. L’amphithéâtre se situe dans le bâtiment principal de l’université : un vieux bloc de béton sale gris et bleu. Des étudiants aux looks hétéroclites font la queue devant la ca- fétéria. Je suis un groupe d’entre eux qui parle de l’amphi « Descartes » dans lequel je dois me rendre. Il est rempli par... des filles. Quelques garçons sont disséminés dans la salle, certaines étudiantes s’amusent à les compter : — Dix ! s’exclame l’une d’entre elles. Je m’installe à côté d’une brune à qui j’adresse un petit sourire puis me concentre sur les professeurs qui nous ex- pliquent le fonctionnement de l’université et les cours aux- quels nous assisterons. Ma voisine m’adresse la parole à la fin de la matinée : — Moi, c’est Manue, tu manges au RU ? Elle me tend la main en riant. Je la lui serre en acquiesçant. — Eulalie ! 14 L’objet des regards Pour ma première au restaurant universitaire, je sens que je vais avoir besoin d’aide, je suis complètement paumée ! Elle m’explique donc le fonctionnement, la prise des tickets à l’entrée, les différents menus... Elle est en même année que moi mais a déjà fait un an de droit et est donc plus expérimentée. Alors qu’elle me guide dans la grande salle du réfectoire, je l’observe. Menue et souriante, elle a le contact facile. Elle adresse des signes de tête à plusieurs personnes en faisant tournoyer sa chevelure. En fait, elle semble mon opposée. J’ai toujours été timide et réservée, préférant la solitude au contact des foules. Physiquement aussi je ne lui ressemble pas : blonde aux cheveux bouclés souvent emmêlés, je ne prends pas vraiment soin de ma tenue vestimentaire, pré- férant enfiler le premier jean venu qu’assortir deux ou trois vêtements de marque. Sur le bord de mon plateau, je remarque mon vernis abî- mé. Encore une riche idée que j’ai eue que de le poser il y a trois jours. Je n’ai bien que ma petite taille en commun avec elle. Celle-ci nous installe près d’une grande baie vitrée et nous parlons, ou plutôt, elle parle. Elle me raconte qu’elle vient de Nantes, qu’elle aime le shopping et la lecture, qu’elle veut devenir professeure, – évidemment ! – et je lui explique réciproquement ce qu’est ma vie, à présent. Elle se propose de me faire visiter la « B.U. », bibliothèque univer- sitaire, puisque nous avons ce goût commun pour la lecture, ce que j’accepte volontiers, bien contente d’avoir trouvé une camarade avec qui m’entendre. La « B.U. » est très grande et elle aussi d’époque. Les salles de travail s’étalent en deux rangées sur une cinquan- taine de mètres, délimitées par des rayons de livres et de 15 Violaine Janeau grandes tables. J’en suis heureuse : au moins, si je n’obtiens pas ma Licence, je n’aurai pas perdu mon temps puisque j’aurai eu de quoi lire ! Nous arrivons rapidement à l’étage. Manue s’engage dans le rayon des romans : ― Tu aimes Flaubert ? me demande-t-elle en chuchotant et en attrapant un livre. ― J’ai aimé L’Éducation sentimentale, mais je n’ai pas réussi à terminer Salammbô. ― Tu m’étonnes ! Et ton auteur préféré ? ― Hum... Je ne sais pas. J’aime beaucoup Zola... Nous nous taisons lorsque nous entendons des claque- ments de talons qui résonnent dans la bibliothèque quasi- ment vide à cette période de l’année. Manue pouffe et se met à parler de Zola. Je regarde par-dessus son épaule le bout de la rangée. La fille aux talons surgit. En réalité, elles sont trois. La première, une grande et belle jeune femme brune aux cheveux bouclés s’arrête net. Elle porte un jean et une veste noire taillée sur mesure. Les deux autres, une blonde et une autre brune plus petite au style gothique l’imitent après un temps d’hésitation. Le bruit de pas s’étant arrêté, Manue se retourne pour examiner, tout comme moi, les trois jeunes femmes. La première fronce les sourcils et tourne doucement la tête dans notre direction. Manue leur fait un petit signe mais la fille ne bronche pas. Elle croise mon regard avec des yeux sombres intrigués. Gênée, je tente de ne pas ciller et lui adresse un petit sourire amical auquel elle ne ré- pond pas. Au contraire, son visage se durcit davantage. La blonde lui murmure quelque chose à l’oreille, alors la jeune femme baisse les yeux et se remet à avancer dans le couloir comme s’il n’était rien arrivé. Les claquements de 16 L’objet des regards talons disparaissent peu à peu, une porte couine et c’est le silence. Manue me regarde : ― Complètement tarée ! J’acquiesce. ― Pas idée de regarder les gens comme ça... Nous nous séparons après nous être donné rendez-vous pour voir un film le lendemain. Les cours ne commencent que dans deux semaines et comme je ne supporte pas trop mal la présence de Manue, autant en profiter pour sortir un peu. k Nous n’avons pas encore décidé du film que nous allons voir. Dans la file d’attente où de nombreux spectateurs at- tendent, nous en parlons. ― Une nouvelle amie, ça te dit ? Il a de bonnes critiques... ― Hum, je ne sais pas, je n’aime pas trop l’acteur... ― Ah..., hésite-t-elle, qu’est-ce que tu penses de Gone Girl ? ― Pourquoi pas... Il n’y a plus beaucoup de places, ré- ponds-je en montrant l’écran où le nombre de sièges dispo- nibles apparaît. Devant nous, trois garçons d’une vingtaine d’années n’arrêtent pas de se retourner en guettant quelqu’un. Leur conversation ne nous échappe pas : 17 Violaine Janeau ― Je te dis qu’elle arrive, râle un géant de deux mètres à la carrure de Rocky. ― Je ne la vois pas, s’inquiète le deuxième, un beau brun aux yeux bleus qui se lève sur la pointe des pieds pour regarder au-dessus de nos têtes. ― Forcément, elle n’est pas « là », elle est presque « là », ricane le troisième, un type avec une veste en cuir. Manue et moi échangeons un regard éloquent. L’homme le plus beau pousse un soupir de soulagement. ― La voilà. ― Je te l’avais dit, se vante le premier. Nous nous écartons pour la laisser passer. Enfin plutôt, « les » laisser passer. Elles sont deux et je les reconnais tout de suite : la brune de la veille, accompagnée de la petite blonde. Comme elle l’avait fait à la B.U., la brune s’arrête un instant pour me scanner, de bas en haut. Non mais pourquoi fait-elle cela à chaque fois ?! Je se- coue la tête pour lui demander si elle veut quelque chose, mais elle se détourne alors que les garçons, certainement intrigués, continuent à me fixer comme si j’étais une attraction. ― Humpft, soupiré-je alors que les regards se détournent de moi. Les jeunes devant nous restent muets jusqu’à ce qu’ils aient pris leur place pour Gone girl. Je décide donc de satis- faire Manue en acceptant le film qu’elle désire voir, histoire de ne plus croiser la belle brune. 3 O Rencontre du « troisième type » Manue et moi sommes devenues ce que nous pouvons appeler des « amies ». Elle se confie beaucoup ; moi, très peu. Je n’ai jamais aimé parler de moi, et j’avoue que je n’en ai pas vraiment l’envie. C’est peut-être une ma- nière pour moi de me protéger. J’ai toujours été solitaire, au grand damne de mes parents qui m’emmenaient, déjà toute petite, dans des soirées mondaines. J’ai aussi encore du mal à évoquer l’accident, leur décès et ma vie d’avant. Après tout, c’est pour cela que j’ai fui ici, où personne ne me connaît. Un mois est passé sans que rien de notable ne soit ar- rivé dans ma vie. Je vais en cours, Manue m’a présenté quelques camarades. J’ai compris qu’elle a besoin de se sentir entourée, pour combler le manque subi dans son en- fance. Son père est parti peu de temps après sa naissance, la laissant seule avec son frère et sa mère. Cette dernière a 19 Violaine Janeau perdu leur garde à cause de problèmes de santé et Manue a erré de foyer en foyer. Elle a renoué avec sa mère l’été der- nier, mais reste très proche de la dernière famille qui s’est occupée d’elle et qui lui a permis de reprendre confiance en elle. J’ai rencontré Romain et Mary. Ils sont en fac de socio- logie tous les deux et connaissent Manue depuis quelques années maintenant. Comme les autres étudiants rennais, nous organisons souvent des soirées pour apprendre à mieux nous connaître, mais personne ne vient chez moi : bien trop petit pour accueillir qui que ce soit ! Une vie d’étudiante, en somme, jusqu’à ce soir de novembre. Mon dernier cours s’est terminé à 20 heures. Je quitte Manue à la faculté pour prendre le bus. Une pluie bretonne est apparue dans la journée. J’ai toujours aimé la pluie, je ne m’abrite donc pas, préférant observer le crachin former de petites perles sur mes cheveux bouclés. Je suis un peu stressée : j’ai une dissertation à rendre pour demain. J’ai trouvé un plan, certes, mais je n’ai pas encore ma problématique. Je suis en retard, je ne me coucherai pas avant une ou deux heures du matin, au mieux. Les yeux dans le vague, je regarde le bus s’arrêter, puis je m’installe dans le fond, près d’un bouton-stop, de ma- nière à ne pas avoir à me lever pour appuyer dessus. Il n’y a pas grand monde, vu l’heure. Je pose ma tête contre la vitre pour contempler les gouttes d’eau s’y déposant. Le bus ne repart pas immédiatement. J’inspecte l’avant, comme les autres passagers, me demandant ce qui empêche le départ. Un garçon entre, remercie le chauffeur et va s’asseoir der- rière moi. Je l’ai déjà vu, mais je n’arrive plus à me souve- nir à quel endroit. Il croise mon regard en me dépassant et 20 Rencontre du « troisième type » je le reconnais. C’est un de ces garçons qui attendaient la fille bizarre, au cinéma. Que fait-il encore là ? Il m’adresse un très mince sourire, je détourne aussitôt les yeux, mais je sens son regard insistant dans mon dos. J’hésite à me re- tourner, mais j’ai un sujet autrement plus important à éclair- cir : la problématique de ma dissertation. Je descends du bus lorsqu’il arrive près de chez moi, toujours avec ce devoir en tête. La pluie a cessé mais a éloigné les promeneurs. Je traverse la rue les mains dans les poches pour les réchauffer. Je n’avance pas très vite, je ne suis pas pressée puisque devant ma copie je n’au- rai toujours pas de problématique. Je prends la première à droite, puis jette un coup d’œil en arrière avant de tra- verser, et je le vois, le garçon du bus. Il est à vingt mètres derrière moi. Silencieux, je ne l’ai ni entendu descendre derrière moi, ni vu me suivre. Que me veut-il ? Je continue en accélérant légèrement. Je deviens para- noïaque ma parole ! Je tente de recouvrer mes esprits : non, ce garçon rentre chez lui, il doit habiter à côté, c’est tout. J’entre finalement dans mon appartement, un peu soulagée d’être en sécurité, et je me mets au travail immédiatement après m’être préparé un sandwich. Je termine de bosser tard, comme prévu. 2 h 07 du matin. Ça m’apprendra à m’avancer dans mes devoirs, me dis- je en m’étirant. J’éteins ma lampe de bureau et admire mon reflet dans le miroir. Forcément, ce n’est pas beau à voir. J’ai les cheveux emmêlés à cause du vent et de la pluie. Mes yeux d’ordi- naire bleu-gris sont rougis par la fatigue et cernés de noir. 21 Violaine Janeau Malheureusement, ma peau marque beaucoup les agres- sions que je lui fais subir. Je bâille et me dirige vers la fenêtre pour fermer les vo- lets. Il pleut encore, et il est là, sous la pluie, le type du bus. Il y a quelqu’un d’autre avec lui. Je ne distingue pas son vi- sage, à contre-jour du réverbère. Que peuvent-ils bien faire là à cette heure sous la pluie ? Je les fixe, perplexe. Le type du bus relève la tête et m’aperçoit en train de les épier. Il fait un signe à son camarade et ils partent dans l’ombre où je ne vois plus rien bouger. Inutile de vous dire que ce soir-là, je m’enferme à double tour et que je dors très mal. Le lendemain, en cours de langue et littérature latines, j’ai forcément la tête ailleurs. Manue me parle, je ne l’écoute pas. ― Tu as vu, il y a le nouvel album de Muse qui sort lundi ? ― Hein ? ― Muse ! ― Ah... euh ? Oui ! ― Ouh, mais ça n’a pas l’air d’aller ma vieille. ― Non, j’ai mal dormi. ― Oui, moi aussi. C’est la lune. J’ai rêvé que je ren- dais ma dissertation et que la prof crachait dedans tellement c’était nul ! Je ris et oublie un peu cette histoire de type qui m’es- pionne. Comme si quelqu’un pouvait bien s’intéresser à moi à ce point ! 22 Rencontre du « troisième type » Nous allons comme tous les midis manger au RU. C’est devenu une petite habitude. Nous rejoignons Mary et Romain à l’entrée du self. Ils sont en train de discuter. Romain, les mains dans les poches de son jean usé, est dos à nous. Ses dreadlocks rousses lui descendent jusqu’au mi- lieu du dos. Mary, une petite Américaine à la peau noire, est vêtue d’une robe aux couleurs sombres et porte un serre- tête jaune fluo. Comme il est tôt, nous trouvons facilement une table près de la fenêtre. La pluie s’est arrêtée dans la matinée, un petit rayon de soleil tape sur le carreau. Il fait bon. ― T’as pas pris de dessert ?! s’exclame Romain en exa- minant le plateau de Manue. ― Non, je fais un régime. ― Pff, ça sert à quoi de traîner avec des filles si je ne peux pas les récupérer ? Je peux prendre le tien, Lalie ? ― Rêve ! C’est ce que je préfère... Je ris et éloigne mon dessert le plus possible du plateau de Romain. Soudain, Mary baisse la tête et se met à rougir. Nous la dévisageons sans comprendre. Romain se redresse, jette un coup d’œil derrière mon épaule et met fin à nos interrogations : ― Ah, je comprends. Monsieur est là. ― Arrête, Romain..., répond Mary en lui tapant genti- ment le bras. ― Qui ? demande Manue. ― Son « Don Juan »..., ricane-t-il. Mary se recroqueville comme pour se cacher derrière son plateau. Romain explique : 23 Violaine Janeau ― Mary est amoureuse du type sur la table au fond. Le brun, aux yeux bleus. Manue et moi nous regardons en souriant, puis, aussi discrètement que possi
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