«L emploi et l omission du générique dans le nom des cours d eau : une différence de cultures»

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Article «L emploi et l omission du générique dans le nom des cours d eau : une différence de cultures» Jacqueline Bossé-Andrieu TTR : traduction, terminologie, rédaction, vol. 2, n 1, 1989, p

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Article «L emploi et l omission du générique dans le nom des cours d eau : une différence de cultures» Jacqueline Bossé-Andrieu TTR : traduction, terminologie, rédaction, vol. 2, n 1, 1989, p Pour citer cet article, utiliser l'information suivante : URI: DOI: /037039ar Note : les règles d'écriture des références bibliographiques peuvent varier selon les différents domaines du savoir. Ce document est protégé par la loi sur le droit d'auteur. L'utilisation des services d'érudit (y compris la reproduction) est assujettie à sa politique d'utilisation que vous pouvez consulter à l'uri https://apropos.erudit.org/fr/usagers/politique-dutilisation/ Érudit est un consortium interuniversitaire sans but lucratif composé de l'université de Montréal, l'université Laval et l'université du Québec à Montréal. Il a pour mission la promotion et la valorisation de la recherche. Érudit offre des services d'édition numérique de documents scientifiques depuis Pour communiquer avec les responsables d'érudit : Document téléchargé le 12 février :49 L'emploi et Pomission du générique dans le nom des cours d'eau: une différence de cultures Jacqueline Bossé-Andrieu Habitant Ottawa, il m'arrive fréquemment de dire que ma maison est située à deux pas de la «rivière Rideau» et que j'aime les routes qui longent la «rivière des Outaouais» ou la «rivière Gatineau». Or, quand j'habitais Tours, en France, je ne parlais jamais que de la «Loire», de «l'indre», ou de la «Vienne» sans utiliser de générique. De là la question à laquelle cette étude va tenter de répondre: comment expliquer qu'au Canada le locuteur francophone ait tendance à utiliser le générique dans le nom des cours d'eau alors que le francophone européen ne l'emploie pour ainsi dire jamais? Dans un premier temps, nous examinerons les différences observables dans des textes comportant le nom de potamonymes c'est-àdire de cours d'eau l, puis nous apporterons des éléments de réponse à la question posée. Il importe de préciser que cette étude n'a pas d'autre objectif que celui de décrire certains faits de langue et que nous nous plaçons uniquement du point de vue du professeur de stylistique française et de stylistique comparée et non du point de vue du géographe ou de celui du toponymiste. Commençons par comparer les deux énoncés suivants, tirés l'un de FEncyclopédie du Canada et l'autre du Grand Larousse encyclopédique (GDEL). On lit dans Y Encyclopédie du Canada: 1. Nous empruntons à Laurent Fillion (1982, p. 2) les définitions suivantes: «Un toponyme est [...] le nom donné à une entité géographique quelle qu'elle soit. Il existe d'ailleurs autant de genres de toponymes qu'il existe de catégories d'entités géographiques. C'est ainsi qu'on parle d'odonymes pour les noms de rues, de polisonymes pour les noms de villes, de potamonymes pour les cours d'eau, d'hydronymes pour les étendues d'eau, et, pour les montagnes, d'oronymes.» 139 Winnipeg, lac. Sixième cours d'eau douce en importance au Canada [...] son bassin couvre env km 2 grâce aux riv. SASKATCHE WAN, ROUGE, ASSINIBOINE et WINNIPEG [...] il longe la rivière Rouge jusqu'au cours supérieur du Mississippi [...]. Le lac Winnipeg se déverse dans le fl. NELSON, qui se jette à son tour dans la baie d'hudson [...]; l'approvisionnement des nombreuses stations hydroélectriques situées sur la riv. Nelson est également assuré. (1987, p. 2076) Le reste de l'article sur le lac Winnipeg est interrompu par une carte où on lit «Lac Winnipeg» (mais «Lake Manitoba») et, en ce qui concerne les cours d'eau qui se jettent dans cette étendue d'eau, «Poplas R.», «Berens R.», «Gunisao R.», etc. Le même ouvrage avait écrit plus haut que Winnipeg était «situé au confluent de la riv. ROUGE et de la riv. ASSINIBOINE» (p. 2073). Si on prend maintenant le GDEL à l'article «Winnipeg (lac)», on lit: grand lac du Canada (Manitoba), à 216 m d'alt.; km 2 env. Il reçoit la Saskatchewan, la Winnipeg, la Dauphin, la rivière Rouge, et s'écoule par le Nelson, tributaire de la baie d'hudson. La lecture de ces deux ouvrages, le premier canadien, l'autre français, révèle une différence dans l'appellation des cours d'eau: l'un emploie le générique (fleuve, rivière), l'autre en général non, excepté dans le cas de la rivière Rouge. Cette différence se confirme lorsqu'on compulse certains ouvrages rédigés au Canada et leurs pendants rédigés au Québec et en France (voir la liste des ouvrages en annexe). Dans certains des ouvrages canadiens consultés, on lit le plus souvent le fleuve X ou la rivière Y (et d'ailleurs, comme on l'a vu à propos du Nelson, un même cours d'eau est appelé fleuve ou rivière dans le même texte) 2. Ainsi, dans le Glossaire des génériques en usage dans les noms géographiques du Canada, la photo présentée sur la couverture est décrite ainsi: «Donjek River Valley, Kluane National Park Reserve, Yukon Territory / Vallée de la rivière Donjek, réserve de [sic] parc national Kluane, territoire du Yukon», énoncé qui semble surprenant à un Européen qui trouve superflu surtout ici puisque «vallée» accompagne le nom du cours d'eau l'emploi du mot «rivière». 2. Dans le Glossaire des génériques en usage dans les noms géographiques du Canada I Glossary of Generic Terms in Canada's Geographical Names (1987, p. 102), on lit qu'un fleuve est un «cours d'eau important qui se jette dans la mer» et que si, «jusqu'au XVI e siècle, «fleuve» et «rivière» signifiaient tous deux des cours d'eau d'importance variable (le Saint-Laurent s'est appelé dit-on rivière (de) Saint-Laurent jusqu'au XVIII e siècle)», c'est à partir de 1650 que «l'usage réserve «fleuve» aux rivières plus grandes qui transportent leurs eaux jusqu'à la mer.» Par ailleurs, en 1948, le Comité canadien des noms géographiques a décidé d'utiliser «fleuve» pour six cours d'eau du Canada: Saint-Laurent, Mackenzie, Columbia, Fraser, Nelson, Yukon (voir Rayburn, 1972, p. 361). 140 Dans les ouvrages publiés en Europe et au Québec que nous avons compulsés (GDEL, Rochefort [1963], Guide bleu du Canada [1982], le Canada [1973], Giraud [1961], Blanchard [1953; 1954], Hamelin-Grenier [1978], gouvernement du Québec), l'usage privilégie l'omission du générique. Par exemple, dans le Québec touristique, on parle des «courses en canots sur le Saint-Laurent, sur la tumultueuse Saint-Maurice et sur la haute Lièvre» (p. 21) et plus loin des «tributaires de l'outaouais» (p. 24). Sur la carte de la même brochure (p. 34), tous les génériques des potamonymes sont omis et seuls figurent les spécifiques: Chaudière, Saint-François, Gatineau, Des [sic] Outaouais; même caractéristique dans la brochure québécoise sur la région du Saguenay/Lac Saint-Jean qui parle, entre autres, de «la Montmorency», de «la Jacques-Cartier» et de «la Sainte-Anne» 3, bien qu'elle ne fasse pas du générique une règle absolue; en effet, à la même page, on lit que Notre-Dame-des-Laurentides est un village «construit à l'embouchure de la rivière Jaune, principal affluent de la rivière Saint-Charles» et que c'est l'historien Garneau qui a donné le nom de Laurentides à la chaîne de montagnes qui était parallèle «au fleuve Saint-Laurent». Les géographes québécois, pour leur part, sont enclins, eux aussi, à omettre assez fréquemment le générique. Par exemple, Raoul Blanchard écrit: «Çà et là enfin, ces incisions se font plus profondes et plus larges, sur le trajet des puissantes rivières qui descendent vers l'ottawa, la Rouge, la Petite Nation, la Lièvre, la Garneau». 4 (1954, p. 12) En ce qui concerne certains ouvrages bilingues, les textes traduits ou ceux dont l'auteur est difficilement identifiable, l'usage varie. Ainsi, dans les suppléments du Dictionnaire nord-américain de la langue française de Bélisle, on parle tour à tour de la «riv. Outaouais», (pp et 1165), de la «rivière des Outaouais» (pp. 1160, 1161 et 1166) et de «l'outaouais» (p. 1167), alternance qui se retrouve dans d'autres ouvrages dépouillés (Sur la route des pionniers I Heritage Highways, les Mammifères du Canada). Cette hésitation devant l'emploi du générique dans les noms de rivières constitue, à nos yeux, l'une des nombreuses particularités et difficultés que présente la toponymie du Canada. Pour ce qui est du nom des cours d'eau, bien d'autres caractéristiques ont été notées et répertoriées par les spécialistes. Citons, par exemple, l'homonymie il y a au Québec trente-cinq rivière Noire, l'instabilité des appellations de nombreuses entités ayant plusieurs fois changé de nom depuis trois siècles et enfin le manque de précision de la grammaire choronymique. Ce dernier trait touche 3. Saguenay/Lac Saint-Jean Saguenay/Lake Saint-Jean, p De même, on lit dans Hamelin-Grenier, (1978, p. 55): «Par exemple, au XIX e siècle, pour relier le Haut et le Bas-Canada, on a canalisé la Rideau entre Ottawa et Kingston.» 141 de plus près l'objet de la présente étude puisqu'il comprend l'hésitation devant le genre à donner à certains cours d'eau. Ainsi, comme le mentionne Christian Morissonneau (1972, p. 273), doit-on dire le ou la Saint-Maurice? 5 Selon Camille Laverdière (1970, p. 267), la seule solution à cette «pseudo-difficulté» serait l'emploi du seul spécifique, comme c'est l'usage en français standard contemporain. L'accord de l'article devrait par conséquent se faire directement avec le nom propre, et non avec «l'accident géographique, c'est-à-dire la rivière», et on devrait dire le Saint-Maurice et le Lièvre (affluent de l'outaouais que beaucoup appellent «la Lièvre»), les spécifiques «Saint-Maurice» et «Lièvre» dictant le masculin. Bien sûr, cette solution ne résout pas entièrement la question puisque, dans beaucoup de cas (noms indiens et anglais), le genre du spécifique reste à déterminer. On peut se demander quelle est la raison de l'alternance, au Canada, de l'emploi et de l'omission du générique dans le nom des cours d'eau. Le premier réflexe, normal dans un pays bilingue où la guerre contre l'anglicisme se livre depuis plus d'un siècle, est de supposer que l'emploi du générique est dû à une interférence linguistique. En effet, en anglais, à part quelques exceptions relevées dans le nom de quelques grands fleuves connus employés parfois sans générique ex.: the St. Lawrence, the Churchill (cf. Braithwaite, 1961), l'usage courant est d'utiliser le générique (ex.: the St. Charles River, the Ottawa River). L'hypothèse de l'interférence est d'autant plus séduisante que l'emploi du générique semble se retrouver principalement dans les ouvrages traduits ou écrits par des nonspécialistes alors qu'au Québec, dans les brochures touristiques du gouvernement et dans les livres écrits par des géographes, c'est l'absence du générique qui prévaut. D'un autre côté, on peut se demander pour quelle raison, la construction générique + spécifique appartenant bel et bien à la langue française (on dit couramment l'océan Atlantique, le lac Victoria), la construction «le fleuve Rhin» sonne bizarrement à des oreilles francophones? Si l'on considère d'abord la question du point de vue de la grammaire, on peut dire que, dans les exemples qui précèdent, on a affaire à des appositions, constructions grammaticales courantes en français. Grevisse écrit, dans le Bon usage, que l'apposition «est un nom [...] qui se joint à un nom pour indiquer, comme le ferait une 5. De même, doit-on dire «le Delaware» ou «la Delaware» en parlant du fleuve des États-Unis? La question n'est pas résolue. Le Petit Larousse écrit «DELAWARE» (la), fl. des États-Unis», le GDEL parle de «la baie de la Delaware, large estuaire de forme triangulaire, prolongeant le cours du fleuve Delaware jusqu'à l'atlantique.» Par ailleurs, dans un article de VActualité de septembre 1987 consacré à Philadelphie, on lit (p. 76), sous une photographie, «La rive du Delaware» et, plus loin dans le texte, «Sur la rive du fleuve Delaware». 142 épithète, une qualité de l'être ou de l'objet dont il s'agit, ou pour faire connaître dans quelle espèce on range cet être ou cet objet; dans un sens plus large, elle ne sert qu'à renforcer le nom.» (1980, p. 202). Plus loin, l'auteur précise que l'apposition suit ordinairement le mot qu'elle complète (comme dans le roi SOLEIL) et que, parfois, elle le précède (comme dans dame MOUCHE). Peu nous importe ici que les grammairiens ne s'entendent pas et que, pour certains, dans des expressions telles que «la ville de Paris», «le mois de mai», «le capitaine Dreyfus», «le philosophe Platon», l'apposition soit le premier nom et que, pour d'autres, ce soit le deuxième. Comme l'écrivent J. Blois et M. Bar au paragraphe intitulé «apposés juxtaposés», on peut considérer que les termes philosophe et Platon, tout comme fleuve et Rhône (dans le philosophe Platon, le fleuve Rhône) «sont apposés l'un à l'autre» (1975, p. 342). Ce dernier exemple de J. Blois et M. Bar semble donc montrer que l'apposition dans le nom de cours d'eau n'est pas contraire à la grammaire. Cependant, le Grand Larousse de la langue française (1978, p. 212) précise que la construction avec apposition, comme le poète Hugo, le mont Olympe, la note «do», «ne s'applique pas à n'importe quelle notion: on ne dit pas normalement Ha ville Paris, He fleuve Rhône, He mois mai', on construit ces groupes avec de: la ville de Paris, le fleuve du Rhône, le mois de mai, comme des compléments de nom ordinaires: les ponts de Paris, les tourbillons du Rhône, les fêtes de mai.» Ainsi que le fait remarquer Bonnard (1986, p. 276), le choix de la construction avec de ou sans de n'est pas donné: les noms propres de personne se construisent sans de (ex.: le poète Verlaine), les noms propres de ville, de pays, d'île, de fleuve se construisent avec de (ex.: Vile de Malte, le fleuve de la Seine). On peut se demander alors si l'exemple de Blois et Bar ne serait pas un exemple forgé par des grammairiens pour les besoins de la cause. Par ailleurs, il semble qu'une construction telle que «le fleuve de la Seine», «le fleuve du Rhône» ne soit pas très courante en français, même si elle est attestée par Lomholt (1983, p. 276), qui précise qu'on peut, dans ce cas, supprimer l'article féminin, comme dans l'exemple suivant relevé dans le Figaro littéraire: «et elle traverse le fleuve de Loire». Construction possible donc, mais à tout le moins peu fréquente sous la plume des Européens lorsqu'il s'agit de cours d'eau, alors que l'apposition est normale et courante lorsqu'il s'agit d'autres entités géographiques (ex.: le mont Blanc, le lac Tchad), ce qui s'explique par le fait que dans ces cas, affirme Lomholt et en particulier dans celui du nom des lacs, le générique fait généralement partie du toponyme, même s'il est parfois omis (ex.: le Léman). En ce qui concerne la construction des noms de fleuves et de rivières, l'auteur indique que l'apposition s'emploie dans le cas de cours d'eau «peu connus ou lointains»; il cite les exemples suivants tirés de la presse française: «la 143 rivière Clain» (alors que le Petit Larousse donne le Clain), «le fleuve Amour», «le fleuve Niger», etc., et même «la rivière l'aven», cas exceptionnel où le générique et le spécifique sont séparés par un article (p. 271). Il ressort de ce qui précède que, lorsqu'il s'agit de cours d'eau connus, le générique est superflu puisque, comme l'affirme Laurent Fillion (1982, p. 3), il n'ajoute aucun élément d'information, mais que son emploi découle, dans certains cas, d'un besoin de clarté et de précision. Or, au Canada, étant donné l'étendue du pays, le nombre de cours d'eau et la variété des noms qui y sont donnés, n'est-il pas logique de préciser le plus souvent qu'il s'agit de rivières? À propos de la variété des noms donnés aux cours d'eau du Canada, même s'il n'est pas dans notre propos d'étudier ici la richesse et le pittoresque des appellations ni la variété des constructions, il nous paraît utile de mentionner la fréquence des appellations contenant a) un spécifique précédé de la préposition à ou de et d'un article défini (ex.: la rivière aux Outardes, la rivière des Anglais); b) un spécifique constitué par un adjectif descriptif (ex.: la rivière Rouge, la Grande Rivière). La fréquence de ces constructions dans lesquelles le générique joue un rôle important puisqu'il spécifie soit un adjectif (Rouge), soit un nom propre (des Anglais) ou commun (des Outardes) de la langue courante pourrait, elle aussi, expliquer l'emploi habituel du terme qui décrit l'élément géographique en question (ex.: fleuve Saint- Laurent). Notons aussi qu'une même rivière peut recevoir plusieurs appellations qui «jouent» avec les mêmes termes. Un exemple: la rivière qui sépare Hull et Ottawa est tantôt appelée «rivière des Outaouais» (Bélisle, 1979, p. 1161), tantôt «la rivière Outaouais» (p. 1165), tantôt «l'outaouais» (p. 1167) et parfois «l'ottawa» (Blanchard, 1954, pp. 10 et sq.). Quant aux cartes de la région d'ottawa, on y lit, selon le cas: «Ottawa» (p. 11), «R. Ottawa R.» (Blanchard, 1953, p. 183), «Des Outaouais» (Le Québec touristique, p. 34), «Rivière des Outaouais» (Sur la route des pionniers, p. 32; Encyclopédie du Canada, p. 1406). Une telle profusion d'appellations a de quoi rendre perplexe celui qui veut traduire en français «the Ottawa River»! Le cas est plus simple lorsque le nom du cours d'eau est composé d'un générique et d'un «vrai» nom propre (ex.: le fleuve Saint-Laurent, la rivière Qu'appelle, la rivière Assiniboine): on n'a que le choix entre l'emploi et l'omission du générique; de fait, on trouve pour le même cours d'eau les deux constructions; par exemple, Bélisle donne «l'assiniboine» (1979, p. 1166) et «la rivière Assiniboine» (p. 1132). Ce dernier cas nous amène à nous poser la question suivante: le générique fait-il, après tout, partie intégrante du nom du cours d'eau? Bien sûr, il est des situations qui exigent la précision de la 144 réalité dont il s'agit, le même nom pouvant être porté par des entités géographiques différentes (il suffit de songer à ce coin du Québec où se trouve la ville de Trois-Pistoles, située près de la rivière [des] 6 Trois-Pistoles, à l'embouchure de laquelle se trouve le village de «Rivière-Trois-Pistoles»). Mais, on le sait, dans l'usage courant et lorsque le contexte est clair, le générique est souvent omis par les géographes québécois et les francophones européens: fait-il alors partie de l'hydronyme? Cette question a été soulevée à plusieurs reprises par des géographes canadiens. Entre autres, G. F. Delaney, secrétaire du Comité permanent des noms géographiques du Canada, dans un article intitulé «Language Problems in Canadian Toponomy», a posé ainsi le problème: Is the generic term in a geographical name an integral part of the name, or is it a disposable element which can be translated, or, as in the case of much European cartographic usage, discarded at will? [...] Who needs the term river when naming the St. Lawrence, the Mackenzie, the Fraser, the Thames, the Rhine? Why waste the time of the name compiler, the typesetter, the draftsman, and take up precious space on maps with this redundant bit of information? (Delaney, 1972, p. 313) 7 Et l'auteur mentionne que, sur les cartes du Canada, certains génériques sont omis; en particulier, comme nous l'avons remarqué, sur les cartes produites par le gouvernement du Québec, les noms «rivière» et «fleuve» disparaissent souvent dans le cas du Saint-Laurent, du Richelieu et du Saguenay. Comme l'explique Henri Dorion (1978, pp ), la notion de «toponyme» ou «choronyme» ou «nom géographique» n'est pas aussi simple qu'on le pense, et les géographes sont divisés. Certains dont «quelques grands toponymistes de l'école française» (p. 262) considèrent que c'est le spécifique qui constitue le toponyme; d'autres dont l'auteur pensent que «le nom géographique (toponyme ou choronyme) est composé autant de l'élément générique, lorsqu'il existe, que de l'élément spécifique, même si celui-ci est grammaticalement un nom générique.» (p. 263). Et l'auteur affirme: «Un peu à la manière des noms de personnes, composés de prénom, nom et quelquefois de patronyme, les noms géographiques
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