Hume - EPM, Dialogue

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  DIALOGUE Mon ami Palamède, grand voyageur dans ses principes aussi bien quede sa personne, qui par l'étude et les voyages a couru presque toutes lesparties du monde tântintellectuelque matériel, me surpritbeaucoup I'autrejour par la description qu'il me fit d'une nation où, me dit-il, il avait passé une partie considérable de sa vie et qu'il avait trouvée d'une manièregénérale fort civilisée et fort intelligenûe. Il existe dans le monde, me dit-il, un pays appelé Fourli' qu'importe sa longitude et sa latitude, dont les habitants ont sur de nombreux points, et particulièrernent en morale, une manière de penser qui est diamétralement opposée à la nôtre. Lorsque j'arrivuchezce peuple, je me trouvai dans undouble embarras: d'abord, apprendre le sens des termes de leur langue; ensuite, connaître la valeur de ces termes, la louange ou le blâme qui leur était attaché. Après qu'un mot m'eut été expliqué et qu'on m'ett décrit le caractère qu'il exprimait, je jugeais qu'une telle épithèæ renfermait I'imputation laplus odieuse au monde; mais j'étais extrêmement surpris de voir qu'un homme pouvait I'appliquer en public à une personne avec laquelle il vivait dans I'amitié la plus intime. Vous vous imaginez, dis-je un jour à I'une de mes connaissances, que Changuis est votre ennemi monelij'aime à éteindre les querelles, et ie dois donc vous dire que je I'ai entcndu parler de vous de la manière la plus obligeante. Mais à mon grand éton' nement, lorsque je répétai les mots de Changuis, que j'avais pourtant fort bien retenus et compris, je m'aperçus qu'ils étaient pris comme un affmntmortel et que j'avais très innocemment rendu totalement inéparablo lr brouille entre ces deux penonnes. Comme j'avais eu la bonne fortune d'arriver chez ce peuplc sur un plodtrès avantageux, je fus immédiatement intoduit dans la meilloutc rocllÉ' et Alchéic m'ayant engagê à demeurer avec lui, j'acceptai volondrn lot invitation, car je trouvai qu'il était universellement estimé pour mn tl*l personnel et que tout le monde à Fourli le tenait pour un parfalt crtrctil, Un soir, en manière de divertissement, il m'invitn à l'æeornp3lf I une sérénade qu'il voulait donner à Gulki dont il me dlt qu'll ffi  I74 ENeuÊTE suR LEs pRtNcrpEs DE LA MoRALE passionnément amoureu(; et je découwis rapidement que son gott n'avait rien de singulier, car nous rencontâmes plusieurs de ses rivaux venus dans le même dessein. J'en conclus tout naturellement que sa maîtesse devait ête I'une des plus belles femmes de la ville, et j'éprouvais secrètementl' envie de la voir et de faire sa connaissance. Mais quand la lune commença de se lever,je fus ûès surpris de nous voir en plein cæur de l'université où Gulki étudiait; et je fus assez honteux d'avoir accompagné mon ami dansune ûelledémarche. On me dit par la suite que le choix d'Alchéic était fort approuvé de toute la bonne société de la ville et qu'on attendait qu'en satisfaisant sa passion il rendlt à ce jeune homme les mêmes bons services que ceux qu'il avait lui- même reçu d'Elcouf. Il paralt qu'Alchéic avait étê tès beau dans sa jeu- nesse, qu'il avait été courtisé par nombre d'amants et qu'il avait réservé ses faveurs au sage Elcouf auquel il était supposé devoir, pour une large part, les étonnants progrès qu'il avaitfaitdans laphilosophie etdans lavertu.Je fus nès étonné de voir que l'épouse d'Alchéic (qui, soit dit enpassant, se touvait être aussi sa sæur) n'était nullement choquée de cetûe espèce d'infidélité. À peu près dans le même temps, je découvris une chose qu'on ne pÉændait point cacher ni de moi ni de personne : Alchéic était un meurtrier et un panicide, il avait mis à mort une personne Eès innocente qui lui étaitunie de la manière la plus étroite et que tous les liens de la nature et de l'humanité lui commandaient de protéger et de défendre. Quand je lui demandai, avec toutes les précautions et tous les égards imaginables, ce quil'avait poussé à cette action, il me répondit froidement que son état n'était pas si aisé alors qu'aujourd'hui etqu'il avaitagi surcepointselonleconseil desesamis. Comme j'avais entendu célébrer si haut la vertu d'Alchéic, je voulus joindre ma voix à la louange générale et je demandai seulement, par une curiosité pardonnable à un étranger, laquelle de toutes ses nobles actions était la plus applaudie; etje trouvai bientôt que, dans un concefi gênéral, tous s'accordaient à dire que c'était I'assassinat d'Usbek. Cet Usbek avait été jusqu'au demier moment I'ami intime d'Alchéic, il lui avait rendu maints services d'importance, il lui avait même sauvé la vie en une certaine circonstance et sur son t€stament, qu'on touva après le meurfte, il en avait fait I'héritier d'une part considérable de sa fortune. Il paralt qu'Alchéic avait tamé cette conspiration avec vingt ou trente auûes personnes dont laplupart étaient des amis d'Usbek, et que se jetant tous ensemble sur le malheureux tandis qu'il n'était pas sur ses gardes, ils lc déchirèrent de cent blessures, en récompense de touûes ses faveurs et ecg services passés. Usbelç de I'aveu général, avait beaucoup de grandce ct bclles qualités; ses DrALocuE t75 vices mêmes ne manquaient pas d'éclat de noblesse et de générosité; maiscette action d'Alchéic, disaient tous les juges du mérite, Ie place bien audessus d'Usbeketc'estpeut-êEel'undesplus nobles gestes que le soleil ait jamaiséclairé. Je touvai encore autre chose qui était rès applaudi dans la conduite d'Alchéic; c'était son comporûement envers Calish auquel il s'était joint dans un projet ou une entreprise d'une certaine importance. Calish, qui étaitd'un caractère emporté, lui administraunjourune sévère correction; il prit la chose très patiemment, attendant que Calish revlnt à une meilleure humeur ; il conserva de bonnes relations avec lui et mena ainsi à un heureux succès I'action qui les réunissait. Et il s'acquit un honneur immortel pour son caractère remarquable et sa patiente modération. J'ai reçu récemment une lettre d'un de mes correspondants de Fourli, qui m'apprend que depuis mon départ, Alchéic dont la santé s'était dégradée, s'est bel et bien pendu et qu'il est mOrt regretté de tous et univer- sellement applaudi dans le pays. Une vie si noble et si vertueuse, disent tousles Fourliens, ne pouvait avoir une fin plus glorieuse; et Alchéic a prouvé pax cette dernière action, comme par toutes les autres, quel fut son principe const nt pendant toute sa vie, principe dont il se flattait encore, peu de temps avant d'expirer: qu'un homme sage est à peine inférieur au grand dieu vitzli. c'est lenomdu dieu suprêmequ'on adorechez les Fourliens. læs idées de ce peuple, poursuivit Palamède, sont aussi extaordinaires en fait de bonnes manières et de politesse qu'en morale. Mon ami Alchéic rassembla un j our, pour mon divertissement, tout ce que Fourli comptait debeaux esprits et de philosophes; et chacun de nous apporta son repas au lieu de rendez-vous. J'en vis un qui était moins bien pourvg que les autres et lui offritunepartde monrepas qui setrouvaitêfieunpouletrôti. Etil ne me fut pas difficile d'observerqu'il sourit àma simplicité, ainsi que toutle restc deia compagnie. On me dit qu'Alchéic avait autrefois pris tant d'intérêt dans ce cénacle qu'il en avait engagé les membres à dîner en commun; et voici I'artifice qu'il avait employé à cetùe fin. Il persuada ceux qu'il voyait lcemoins bien potxvus d'offrir leur repas à la compagnie ; après quoi les autcs qui avaient apporté meilleure chaire avaient honte de ne pas faire la mêmc ôfn . C trait fut regardé cornme un événement si extraordinaire qu'il fut ensuite, je I'appris depuis, rapporté dans I'histoire de la vie d'Alchoic quccomposa I'un des plus grands génies de Fourli. De grâce, dis-je à Palamède, lorsque vous étiez à Fourli, aurioz'vour aussi appris I'art de tourner vos amis en ridicule en leur cOnEil dal histoires étranges, pour mieux vous moquer d'eux au cas où llr vour croiraient? Je vous assure, répondit-il, que sij'avais voulu prondro uno Elh le4on, j'eusse été là-bas à la meilleure école. Cet ami dont jo voul rl rl  176 ENeuÊrB suR LEs pRrNcrpls DE LA MoRALE souvent parlé, ne faisait rien du matin au soir que railler, que se moquer et plaisanter, et il était bien difficile de savoir s'il était sérieux ou non. Mais vous pensez que mon histoire est improbable et que j'ai usé et même abusé du privilège des voyageurs? Assurément, dis-je, vous ne faisiez que plai- santer. Des mæurs aussi sauvages et barbares non seulement ne convien- nentpas àunpeupleintelligentetcivilisé, etvous avezditqu'ill'était; maiselles sont à peine compatibles avec la nature humaine. Elles dépassent tout ce que nous avons jamais lu des MwcnÉuexs I et des TuprNAMBA2. Prenez garde, s'écria-t-il, prenez garde Ne voyez-vous pas que vous êtes en train de blasphémer et que vous insultez ceu( que vous aimez plus que tout, les Gnncs, spécialement les ArrSNreNs que j'ai dépeints tout dulong sous les noms bizarres quej'ai employés. Si vous regardez bien, il n'y a pas un tait de ma description qui ne puisse convenir à I'homme du mérite le plus élevé à AïtÈNes, sans diminuer le moins du monde l'éclat de sa réputation. Les amours des GRrcs, leurs mariages*, leur coutume d'ex- poser les enfants ne peuvent pas ne pas vous frapper immédiaûement. La mort d'Usbek est une exacte réplique de celle de CÉs.cR. À une petite différence près l'interrompis-je, vous n'avez pas dit qu'Usbek était un usurpateur. Je ne I'ai pas fait, répondit-il, de peur que vous ne découvriez leparallèle que j'avais en vtte. Mais même avec cette circonstance, nous ne nous ferions pas scrupule, si nous suivons nos sentiments moraux, de traiter Bnurus et Cnsstus d'ingrats, de traîtres et d'assassins; et pourtant vous savez qu'ils sont les héros peut-êEe les plus célébrés de toute l'antiquité et que les AïÉt.rteNs leur érigèrent une statue, placée auprès de celles d'Hnnuoolos et d'ARrsrocrroN3 qui avaient été leurs propres libérateurs. Mais si waiment vous pensez que cette circonstance que vous avezrappelée est assez forte pour absoudre ces patriotes, j'en puis mettre une autre dans la balance, qui n'a pas encore été évoquée et qui alourdira autant leur crime. Quelques jours avant d'exécuter leur fatal dessein, ils jurèrent tous fidélité à César; et protestant de tenir toujours sa personne comme * Iæs lois d'Athènes permettaient à un homme d'épouser sa demi-sæur du côté du père. La loi de Solon interdit aux esclaves la pédérastie, comme un acte trop noble pour despersonnes aussi viles. 1 . Peuple caucaeien dont la férocité était réputée er qui est décrit par PieteBayle ((Euvres dive rs e s,l, p. 648-649), 2. Indiens de langue tupi qui habitaient au XVI siècle la côte du Brésil et qui étaient connus pour leur cannibalismc rituel. 3. Tyrannicides, meurtriers d'Hipparque, I'un des deux fils de Pisistrate. DrArocuE 177sacrée, ils touchèrentl'autel avec ces mains qu'ils avaientdéjà arméespour lefrapper.. Je n'ai pas besoin de vous rappeler la fameuse histoire, tant applaudie, de TnÉuIsroclE et de sa patience envers le Spartiate EURYBIADE, son général, qui échauffé par le débat leva sur lui son bâton dans un conseil de guerre (ce qui était la même chose que de le bastonner) : Frappe, s'écria I' Athénien, m ais é c oute -moi t, Vous êtes ftop savant pour ne pas reconnaltre I'ironique Socntte et sa société athénienne dans ma demière histoire; et vous trouverez que je I'ai copiée mot pour mot de XÉNopHoN, me bomant à changer les noms **. Et je pense avoir assez fait paraîûe qu'un homme de mérite à An$xes ne seraitrien chez nous qu'un incestueux, qu'un parricide, un assassin, un ingrat, un taltre et un parjure, un monstre enfin trop abominable pour ête nommé; sans compter sa grossièreté et ses mauvaises manières. Et après une tellevie, sa mort peut bien être dans la même veine: il tire sa révérence par un acte de désespoir, le suicide, et expire en proférant les blasphèmes les plus absurdes. Et malgré tout cela, il aura des statues, peut-ête même des autels érigés à sa mémoire; on composera des poèmes et des discours en son honneur; d'immenses sectes se glorifieront de porær son nom; et la postérité la plus lointaine lui gardera encore toute son admiration. Mais qu'un tel homme surgisse parmi nous: nous le regarderions justement comme un objet d'horreur et d'exécration.J'aurais pu m'apercevoir de votre artifice, répondis-je. C'est un sujetauquel vous semblez prendre plaisir; et à la vérité vous êtes le seul homme que j'aie jamais connu, qui soit versé dans les Anciens et se refuse à les admirer sans limite. Mais au lieu d'attaquer leur philosophie, leur élo- quence ou leur poésie, qui font la matière habituelle de nos disputes, voussemblez à présent vous en prendre à leur morale, vous les accusez d'igno- rance dans une science qui, selon moi, est la seule où ils n'aient pas étésurpassés par les modemes. La géométrie, la physique,l'astronomie, I'ana- ûomie, la botanique, la géographie, la navigation sont autant de domainesoù nous pouvons justement prétendre leur ête supérieurs. Mais qu'avons- nous à opposer à leurs moralistes ? Vous présentez les choses sous un faux jour. Vous n'avez aucune indulgence pour les mæurs et les coutumce d'autes âges Voudriez-vous juger un Gnsc ou un Rouan d'aprùr ln * Appian, de bell. civ. Lib. III Suetonius, in vita Cæsaris [Appien, trliotoln rcrufu,llv, II, 16, I 1 1-7; Suêtane,Vie des douze Césars, César ,78-841.** Mem. Soc. Lib. Itr, sub fine lXénophon, Mémorable.r, liv. III, 14, I I, l. VoirPlutarquc,Vies parallèles, Thémistocle ,XXI.  L78 ENQUÊTE sUR LEs PRINcTPEs DE LA MoRALE comrnon law angluse? Laissez-les se défendre par leurs propres maximes, et rendez ensuite vote jugement. Il n'y a pas de mæurs si innocenûes ou si raisonnables qui ne puissent être rendues odieuses ou ridicules, quand elles sont rapportées à un modèlequi est inconnu des intéressés, surtout si vous employez quelque peu d'art et d'éloquence pour aggËver certaines circonstances et en atténuer d'autes, selon ce qui convient le mieux au but de votre discours. Tous ces artifices peuvent aisément ête retournés contre vous. Supposez qu'il m'ett été donné d'instruire les An$Nrews de l'existence d'une nation où l'adul- tère, à la fois actif et passif (pour le dire de cett€ façon) est en vogue et engrande estime; où tout homme d'éducation choisit sa maltesse parmi les femmes mariées, peut-ête même l'épouse de son ami ou de son compa-gnon, et se glorifie de ses infâmes conquêtes, comme s'il avait été plusieurs fois vainqueur à la boxe et à la lutte aux jeux olympiques; où chaquehomme se fait honneur de sa facilité et de sa complaisance envers sa propre épouse et s'applaudit de se faire des amis ou de gagner du crédit en la laissant prostituer ses charmes et parfois même, sans aucun motif de cettesorte, lui accorde pleine et entière licence. Je vous demande quels senti- ments les ArrÉNmns éprouveraient à l'égard de ûels gens, eux qui ne nom-maientjarnais le crime d'adultère qu'avec le vol et le poison? Qu'auraient- ils admiré le plus,la scélératesse ou labassesse d'une telle conduite?Dussé-je ajouter que cette même nation est tout aussi fière de sonesclavage et de sa sujétion que les ArrÉHrerus l'étaient de leur liberté, et que chez eux un hornme qui est opprimé, disgracié, dépouillé de ses biens, insulté ou mis dans les fers par le tyran, se fait encore un devoir et un mériæ de I'aimer, de le servir, de lui obéir, et même de mourir pour satisfaire sa gloire et son moindre caprice; ces nobles Grecs m'auraient probablement demandé si je leur parlais d'une société humaine ou de quelque espèce inférieure et servile. C'est alors que j'avertirais mon auditoire athénien que ce peuple ne manque pourtânt pas d'esprit ni de courage. Si un homme, poursuiwais-je, ftçil leur ami intime, s' avise en privé de railler à leurs dépens, par un de ces traits dont vos généraux et vos démagogues se régalent les uns les autrestous les jours en public, alors I'offense est impardonnable; pour se venger, ils le mettent sur le champ en demeure de leur passer l'épée par le corps ou de se laisser lui-même assassiner. Et si un homme qui leur est parfaiûement étanger désire qu'au péril de leur propre vie ils coupent la gorge à un ami tès cher, ils obéissent sur le champ et se senûent hautement honorés etobligés decette commission. Telles sontleun maximes d'honneur, telleest lamoralité favorite de cette nation. DIAIrocuE 179 Mais, si disposés qu'ils soient à tirer leur épée conhe leurs amis et leurs concitoyens, il n'est pas de disgrâce ni d'infamie, de souffrance ni depauvreté qui puissent les engager à en retourner lapointe contre leur propre poitrine. Un homme de qualité rameria aux galères, mendiera son pain, pounira dans un cachoq souffrira mille tortures, mais préservera sa misé-rable exisûence. Au lieu de se soustraire à ses ennemis par un généreuxmépris de la mort, il consentirait plutôt à recevoir de leur main cette même mort, dans la pire ignominie, augmentée de leurs insultes triomphantes et des souffrances les plus raffinées. Il est aussi rès fréquent clrcz ce peuple, dirais-je ensore, d'élever des prisons où I'on étudie et I'on applique avec le plus grand soin l'art et la manière de tourmenter et de torturer de malheureux prisonniers ; et dans ces prisons, il est fréquent qu'un père enferme plusieurs de ses enfants pourqu'un autreenfantqui n'apas plus demérite, il I'avoue volontiers, ou qui ena plutôt moins que les autres, puisse jouir seul de toute sa fortune et se vauûer dans les plaisirs et la volupté. Il n'y a rien de si vertueux, selon eux, que cette partialité barbare. Mais ce qu'il y a de plus singulier chez cette nation fantasque, ChersAntÉNIENs, c'est que la farce que vous jouez durant les Satumales*, où lesesclaves sont servis par les maîûes, se continue sérieusement ici toute I'année et touûe la vie durant, avec quelques circonstances qui augmentent l'absurdité et leridicule de la chose. Votre amusement est d'élever pendant quelquesjours ceux que la fortune ajetés bas et qu'elle peut réellement aussi, par amusement, élever au dessus de vous à jamais. Mais cette nationplace gravement sur un trône des êtres que la nature leur a soumis, dont finfériorité est démontrée et I'infirmité incurable. Iæs femmes les femmes, même sans verûr, sont leurs maltres et leurs souverains; ils les révèrent, ils les louent, ils les magnifient; ils leur témoignent les plus grands signes de déférence et de respect; il n'est pas de lieu ni de temps où ils ne reconnaissent la supériorité du sexe auquel ils se soumettent avec joie, du moins ceux qui parmi eux ont la moindre prétention à l' éducation et à la politesse. Il n'est guère de crime qui ne soit plus universellement honniqu'une infraction àcetûe règle. N'allez pas plus loin, répliqua Palamède, je peux facilement deviner lepeuple à qui vous enavez. Læs taits avec lesquels vous I'avez peint sont assezjustes; vous avouerez pourtant qu'il est difficile de trouver chcz loc Anciens comme chez les Modernes un peuple dont, à tout considârr, locaractère national soit moins sujet à objection. Mais je vous remercic da * Iæs Grecs observaient la fête de Saturne ou de Cronos, aussi bien quc lor Romdnr, Vdr lacien, Epist. Saturn. [Lucien, Opru cules,Saturnales, 10-39].
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