Durand A. 2007 Statuts pour l'olivier au Moyen Âge : Le regard des agronomes Durand A., (dir.) Plantes exploitées, plantes cultivées : cultures, techniques et discours Etudes offertes à G. Comet , Cahier d’histoire des techniques n

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Durand A. 2007 Statuts pour l'olivier au Moyen Âge : Le regard des agronomes Durand A., (dir.) Plantes exploitées, plantes cultivées : cultures, techniques et discours Etudes offertes à G. Comet , Cahier d’histoire des techniques n°6,

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  Plantes exploitées, plantes cultivées : cultures, terchniques et discours  Etudes offertes à G. Comet éditées par A. Durand, Cahier d’histoire des techniques, Publications de l’université de Provence, 2007  p. 47-62.   STATUTS POUR L’OLIVIER AU MOYEN ÂGE : LE REGARD DES AGRONOMES Aline DURAND Dans leur nouvelle édition du  Livre de l’Olivier  , M.-C. Amouretti et G. Comet soulignent combien l’olivier a suscité et suscite encore un regard très  particulier depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours 1 . Symbole de la paix, cet arbre est emblématique d’une région, d’un climat, d’une façon de vivre, d’une société,  bref d’une civilisation : celle de la Méditerranée. Hier en pleine déconfiture, la culture de l’olive est aujourd’hui en plein renouveau, portée par l’engouement  pour l’huile d’olive parée de toutes les vertus pour notre santé par le corps médical. Au même titre que les châteaux-forts, l’olivier est devenu un monument patrimonial dont on met en valeur les sujets les plus âgés, fréquemment déracinés de leurs terres andalouses natales, dans nos jardins citadins. Le duo d’auteurs de ce livre s’interroge sur cette image sans cesse changeante de l’arbre au cours du temps, sur les mutations culturelles et sociales de ses statuts, de ses usages. Je prolongerai ici ces réflexions en tentant d’approcher au mieux le statut de l’arbre durant la période médiévale. Quel regard la société médiévale méditerranéenne portait-elle sur l’olivier ? Quel statut lui accorde-elle dans sa représentation du paysage et de l’environnement ? Le discours normé des actes de la pratique dont j’ai l’habitude ne fait qu’offrir quelques mentions éparses ça et là dans le paysage, qui laissent à peine entrevoir un type d’économie oléicole, sans que l’on puisse toujours en saisir l’importance et les modalités d’exploitation. Il faut interroger d’autres types de sources écrites  pour obtenir un début de réponse à ce questionnement. Je me suis donc tournée vers les traités d’agronomie, seuls susceptibles, parce qu’ils tiennent un discours sur les plantes et les pratiques qui président à leur culture, de dévoiler le regard des praticiens de la fructiculture médiévale sur l’arbre, regard que G. Comet a étudié au travers d’Olivier de Serres 2   1 AMOURETTI & COMET, 1985, p. 9 . Ce n’est pas le lieu ici de faire un tour d’horizon exhaustif. Aussi me contenterai-je d’un panorama rapide, certainement incomplet aux yeux du spécialiste, mais qui dévoile, à mon sens, une image, non pas inédite, mais à laquelle n’est pas associé systématiquement l’olivier au Moyen Âge. 2 COMET, 2002.  Cahiers d’Histoire des Techniques n°6. Plantes cultivées, plantes exploitées : cultures, techniques, discours. Etudes offertes à G. Comet  , Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2007, p. 47-62. 43 Dans cette perspective, un rappel rapide de l’histoire de l’arbre d’un point de vue botanique s’avère nécessaire. Appartenant à la famille des Oléacées, comme le troène, la filaire ou le frêne, le genre Olea  compte une trentaine d’espèces dont une seule, Olea europaea  L., est cultivée. Depuis la fin du XVIII e  siècle et l’émergence en disciplines autonomes et structurées des sciences naturelles, les srcines de la culture de l’olivier ont fait couler beaucoup d’encre. Les connaissances ont évolué très récemment avec la biologie moléculaire qui permet d’identifier de manière fiable les différentes variétés et fournit ainsi une clef de lecture nouvelle de l’histoire de l’arbre et de sa dispersion dans le bassin méditerranéen3. En effet, autour de la mer intérieure, l’olivier constitue aujourd’hui un complexe de formes sauvages, de variétés cultivées et de formes ensauvagées, qui se distinguent chacune par des caractéristiques physionomiques, morphologiques, anatomiques, comme, la plus évidente et la plus connue, l’augmentation de la taille des fruits4. La culture favorise l’apparition de certains de ces caractères. Mais elle ne modifie pas la  biologie de l’arbre. En effet, la forme sauvage de l’olivier peut très bien se cultiver et la forme cultivée se réensauvager. Au contraire, la domestication modifie la biologie de reproduction de l’arbre. Les oliviers sauvages sont allo-fécondés et se multiplient par voies de graine, alors que la domestication de l’olivier a pour conséquence le maintien de certains caractères sélectionnés par autofécondation artificielle5. Généralement la reproduction de l’olivier cultivé se fait par voie végétative (bouturage, marcottage, greffage), ce qui finit par conduire à une différenciation certaine du matériel génétique. La domestication favorise également l’adaptation de l’arbre à des conditions autres que celle de l’étage thermo-méditerranéen au sens biogéographique strict du terme. Les  botanistes reconnaissent donc deux variétés : Olea europaea  var. sativa  qui rassemble tous les cultivars et Olea europaea  var. sylvestris  Mill., communément appelé l’oléastre, qui regroupe les formes sauvages et ensauvagées. Culture et domestication ne se superposent pas : cette distinction est essentielle pour mon propos. La culture de l’olivier remonte au moins au  Néolithique cardial en Espagne, en revanche la domestication de l’arbre n’est effective que depuis l’Âge du Bronze : les recherchent menées sur l’éco-anatomie quantitative des charbons de bois et la morphométrie des noyaux d’olives le prouvent6   3 BESNARD & BERVILLÉ, 2000 ; BERVILLÉ et al. , 2001. . Ces nouvelles données anthracologiques auxquelles s’ajoutent la relecture des diagrammes palynologiques en fonction de ces résultats ont eu raison d’un mythe : celui de l’introduction de la culture de 4 ZOHARY & SPIEGEL-ROY, 1975. 5   Ibid  . ; TERRAL, 1999. 6 TERRAL, 1999, op. cit.  ; TERRAL et al ., 2004.  Cahiers d’Histoire des Techniques n°6. Plantes cultivées, plantes exploitées : cultures, techniques, discours. Etudes offertes à G. Comet  , Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2007, p. 47-62. 44 l’olivier par les Phéniciens et les Grecs ; mais les peuples antiques ne sont pas venus les mains vides, ils ont modernisé une technique d’exploitation ancienne7Depuis presque un siècle, l’historiographie est fixée autour de ces questions : elle a suscité nombre d’âpres discussions. Aujourd’hui, grâce à de nouveaux outils de recherche, le débat est clos. L’olivier apparaît comme le symbole même de l’acculturation : sociétés méditerranéennes et olivier ont destins liés. L’essence est immédiatement connotée à l’agriculture méditerranéenne : celle-ci ne repose-t-elle pas sur la trilogie agraire du pain, du vin et de l’huile ? L’image est si éculée qu’elle tient lieu de truisme. Mais l’olivier est-il toujours celui qu’on croit ? Cette essence a-t-elle été au Moyen Âge celle que se plaisent tant à décrire nos conceptions et nos constructions contemporaines ? . Interrogeons les traités d’agriculture pour le savoir en commençant par remonter aux sources antiques. La tradition agronomique antique Les Anciens accordent bien évidemment dans leurs écrits une part importante à la culture de l’olivier. Mais moins qu’on aurait pu le supposer a  priori : en regard de la vigne ou des céréales, l’olivier est un parent pauvre de la littérature agronomique. Il est certes beaucoup mieux loti que le pommier ou le cerisier, mais occupe une place non en rapport avec son image actuelle. Ainsi dans le  Livre des Arbres  considéré aujourd’hui comme le treizième livre du  De re rustica  de Columelle, le vignoble à lui seul occupe les dix-huit premiers chapitres et l’oliveraie simplement le dix-neuvième8   7   Ibid  . . L’arbre fait aussi l’objet d’un développement propre dans le chapitre sur la greffe en compagnie du figuier. Chez Caton, la place globale de l’olivier proprement dite est bien meilleure sur l’ensemble du livre, dans la mesure où l’ouvrage s’étend sur la récolte des olives, leur technique de conservation et la fabrication de l’huile et des outils qui concourent à cette transformation comme les broyeurs. Si l’on restreint cependant à la seule culture de l’arbre, l’olivier ne fait l’objet que de six chapitres, ce qui est déjà énorme (chap. XII, XXXI, LII, LIII, CII). Le chapitre sur la greffe et le marcottage, respectivement chap. XLIX-LX accordent de longs développements à l’essence. La vigne, elle, n’occupe pas moins de huit chapitres dont deux seulement où elle n’est pas le sujet principal (XIII, XXIX, XXXV, XXXVI, XLIII, XLVIII, LI, LVII). Chez Caton, l’olivier fait jeu égal avec la vigne. Mais c’est un exemple extrême. Chez Palladius ou Pline, le déséquilibre entre l’image symbolique de l’olivier et sa place effective dans les écrits d’agronomie est aussi la règle. Pourquoi un tel fossé entre la 8 Columelle,  De re rustica ,   X  , De cultu hortorum .  Cahiers d’Histoire des Techniques n°6. Plantes cultivées, plantes exploitées : cultures, techniques, discours. Etudes offertes à G. Comet  , Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2007, p. 47-62. 45 représentation emblématique d’une culture au sein de l’historiographie et sa  présence réelle dans la littérature savante antique ? Ne pourrait-on pas penser que l’olivier n’est pas encore considéré par la société romaine comme un arbre complètement cultivé à part entière et que son statut au premier siècle avant Jésus-Christ n’est peut-être pas celui que nous lui accordons aujourd’hui ? Ou en tout cas qu’il n’est peut-être pas aussi ferme et défini que ce que nous sous-entendons de manière courante aujourd’hui. Continuons à interroger en ce sens les écrits agronomiques. À commencer par ceux de Palladius, l’un des Anciens les plus loquaces à ce propos. Un magnifique poème sur la greffe, dédié à son ami Pasiphilus, clôt l’ Opus   agriculturae . Il mériterait à lui seul une étude exhaustive en raison du foisonnement et de la luxuriance des greffes mises en scène : imaginaire et réalité s’y mêlent. Palladius y recommande de greffer l’oléastre sur l’olivier cultivé en ces termes, très emphatiques : « Robora Palladii decorant silvestria rami  Nobilitat partus bacca superba feros. Fecundat sterilis pingues oleaster olivas,  Et quae non novit munera ferre docet » 9 Les rameaux de l’arbre de Pallas embellissent les chênes des forêts, et la superbe olive ennoblit des fruits sauvageons. L’olivier sauvage, tout stérile qu’il est, féconde, celui dont nous recueillons les olives grasses, et lui apprend à porter des fruits qu’il ne sait produire (trad. synthèse trad. M. Nisard, M. Cabaret-Dupaty et A. Durand). Ce geste n’est pas une chimère. Au livre V, chapitre II, notre auteur donne tous les détails pour l’exécuter correctement durant le mois d’avril. Je vais longuement lui laisser la parole car ces lignes de l’ Opus agriculturae  me semblent particulièrement éloquentes et détaillées, beaucoup plus que les trois  phrases lapidaires du  De re rustica  de Columelle10 : 9 PALLADIUS,  De l’économie rurale , p. 428-429 ; PALLADIUS,  De l’agriculture. Traité d’agronomie antique , p. 122. 10 COLUMELLE,  De l’économie rurale , II, p. 76-77 et On agriculture  Book I-IV « Solent etiam quamvis laetae arbores fructum non afferre. Eas terebrari Gallica terebra convenit, atque ita in foramen viridem taleam oleastri demitti ; sic velut inita arbor fecundo semine  fertilior exstat. Sed et sine ablaqueatione adjuvanda est armurca insulsa cum suilla vel nostra urina vetere, cujus utrius modus servatur ». Ce passage évoque la greffe de l’oléastre sur le cultivar par la pratique de la greffe à la tarière gauloise, ce qui n’est pas sans poser des  problèmes d’interprétation, l’intérêt d’une greffe sauvage sur cultivé n’étant pas de prime abord évidente.  Cahiers d’Histoire des Techniques n°6. Plantes cultivées, plantes exploitées : cultures, techniques, discours. Etudes offertes à G. Comet  , Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2007, p. 47-62. 46 « Nunc locis temperatis oliva inseratur, quae inseritur inter corticem more pomorum, sicut supra dictum est. Sed ut oleastro inseras, contra illud, quod ex oliveto insito et casu incenso renascitur oleaster infelix, sic providendum est. Positis prius oleastri brachiis in scrobe, in qua disponemus inserere, scrobes ita replehimus, ut mediae vacuae sint. Quum comprehenderit oleaster, inseremus in infimo, vel insitum ponemus, et insitionem prope infra terram nutriemus ; deinde sicut adolescit, terram subinde colligimus.  Ita commissura in produndo latente, quisquis urit aut caedit, olivae locum non aufert pullulandi ; quae et apertam redeundi felicitatem de olea, et occultam valendi feracitatem de oleastri connexione retinebit. Aliqui oleas in radicibus inserunt, et, ubi comprehenderint, cum aliqua parte radicis avellunt, et tranferunt more plantarum » 11  .  C’est à présent que l’on greffe l’olivier dans les climats tempérés. On le greffe entre l’écorce et le bois comme les arbres à fruit, ainsi que je l’ai dit ci-dessus. Mais si l’on veut empêcher qu’il ne revienne (sic) des oliviers sauvages infructueux dans un plan d’oliviers francs qui aura été brûlé par accident, voici la manière dont on s’y prendra pour les greffer. On commencera par mettre des branches d’olivier sauvage dans la fosse où l’on se proposera de les greffer, et on remplira ces fosses de terre jusqu’à la moitié. Lorsque l’olivier sauvage aura pris, on le greffera au bas, à moins qu’on ne l’ait mis en terre tout greffé, et l’on entretiendra la greffe un peu au-dessous de la superficie du sol ; après quoi, on tassera la terre à mesure qu’il croîtra. Moyennant cela la commissure de la greffe se trouvant ainsi enterrée, s’il arrive qu’on vienne par la suite à brûler ou couper cet olivier, on ne l’empêchera  pas de se reproduire fructueusement, parce qu’il joint à l’heureuse faculté de repousser, qu’il empruntera à l’olivier franc qui sera hors de terre, la fertilité de l’olivier sauvage caché en terre auquel il sera uni. Quelques-uns greffent les oliviers dans leurs racines mêmes, et les déterrent ensuite, quand ils ont pris, avec une partie de ces racines, et les transplantent comme des pieds d’arbres (trad. synthèse trad. M.  Nisard, M. Cabaret-Dupaty et A. Durand). Ce très long passage éclaire bien évidemment les techniques de la greffe sur l’arbre et les gestes pratiqués pour reproduire l’olivier, ici par la voie végétative du bouturage. Mais ce n’est pas sur ce point, déjà bien commenté et exposé par 11 PALLADIUS,  De l’agriculture. Traité d’agronomie antique , p. 75 ; PALLADIUS,  De l’économie rurale , p. 252-253.
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