Chapitre III. Ciel et terre chez saint Paul. Lecture de Col 1, PDF

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Jean-Marie Martin. Le Ciel et la Terre. 43 Chapitre III Ciel et terre chez saint Paul Lecture de Col 1, Voici venu le moment de prendre contact avec le texte des Colossiens 42. Nous allons le prendre

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Jean-Marie Martin. Le Ciel et la Terre. 43 Chapitre III Ciel et terre chez saint Paul Lecture de Col 1, Voici venu le moment de prendre contact avec le texte des Colossiens 42. Nous allons le prendre avec un peu de rigueur. Je lis le texte attentivement, et je commence un peu avant, au verset 12. «Avec joie, 12 eucharistiant au Père qui vous a rendus capables pour une part de l'héritage des consacrés dans la lumière, 13 qui nous a arrachés à la puissance de la ténèbre et nous a transférés dans le Royaume de son Fils bien-aimé, 14 (Fils) en qui nous avons la rédemption, l'abandon de nos péchés, 15 lui qui est image du Dieu invisible, premier-né de toute création, 16 puisque en lui la totalité a été créée dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, à savoir les Trônes, les Seigneuries, les Arkhaï et les Puissances, la totalité par lui et pour lui a été créée, 17 et il est avant tous, et la totalité consiste en lui, 18 et lui est la tête du corps qui est l'église, lui qui est Arkhê, premier-né d'entre les morts en sorte qu'il soit prééminent en toute chose, 19 puisque en lui il a plu qu'habite tout le plérôme (la plénitude) 20 et par lui il a réconcilié la totalité à lui, faisant la paix par le sang de sa croix, soit avec les choses de la terre, soit avec celles du ciel.» L'ordre des versets qui caractérisent le Christ par toutes ces dénominations est à première vue assez difficile à déterminer. Nous allons les prendre les unes après les autres pour ellesmêmes, en indiquant leurs liens subtils entre elles, et puis nous essaierons peut-être à la fin de voir si un ordre des titres est ici susceptible d'être déterminé. 1) Image de Dieu, principe de la totalité, visible de l'invisible (v. 15a) La première mention qui est faite, c'est qu'il est «eikôn, image du Dieu invisible.» Une autre détermination sera qu'il est arkhê. C'est le même qui est ceci et cela. En effet, le Christ est visé ici en ce qu il a trait à la fois à ce qui précède et à ce qui vient après lui : ce qui précède, c est le Père le Père est l'invisible : «Dieu, personne ne l'a jamais vu» (Jn 1, 18), donc il est image ; et il est arkhê (principe) de la totalité qui vient après lui, à partir de lui et vers lui. Nous avons ici la position du Christ qui est repérable de façon constante dans l'évangile de Jean. Le Christ n'est jamais considéré dans son isolement mais toujours simultanément en rapport au Père nous avons alors le terme de Fils qui va venir dans le texte et simultanément en rapport aux hommes, à la totalité des hommes. Tout se passe comme s'il y avait la superposition implicite de deux versets de la Genèse : verset 27 «Faisons l'homme comme notre image et semblance. Mâle et femelle il le fit.», et verset 1 42 J-M Martin a fait une première intervention pour préparer la lecture du texte des Colossiens. Elle n'a pas été transcrite, mais des extraits figurent dans les notes suivantes. 44 Jean-Marie Martin. Le Ciel et la Terre «En arkhê il fit la totalité, c'est-à-dire le ciel et la terre», si bien qu'en superposant ces deux textes, le Christ a le titre d'arkhê et le titre d'image. Je pense qu'image vient en premier dans notre texte parce qu il s agit du Christ par rapport au Père, alors qu'il est arkhê par rapport à la totalité du reste, de ce qui est appelé ici la création . Et de même qu'à la condition d'image correspond l'unité d'une dyade, de deux : masculin et féminin, de même au titre d'arkhê correspond une dualité : ciel et terre. Autrement dit, le rapport, tant ciel-terre que masculin-féminin, est quelque chose qui sera constant dans toute la symbolique néotestamentaire. Il est le visible de l'invisible, ce qui mérite réflexion parce que ce sont deux termes visible et invisible qui, habituellement, s'opposent mais qui ici ne sont pas en opposition, comme si tout visible recélait un invisible et tout invisible comme tel était porteur d'un visible. Nous avons déjà rencontré, ne serait-ce que dans ce que je viens de dire, beaucoup de dyades c'est-à-dire de dualités, de deux : arkhê et eikôn sont deux dénominations ; visible et invisible ; ciel et terre, des dualités qui se répondent ; masculin et féminin : deux encore. Nous avons là une méditation sur les toutes premières choses. 2) Premier-né de toute la création (v. 15b). Le deuxième titre que nous rencontrons, c'est qu'il est «premier-né de toute la création». Il y a dans cette expression à la fois : l'idée de premier, de ce qui précède ; l'idée de naissance, donc de fils ; et le mot de création qui ne signifie pas ce que la théologie, dès le IIe et IIIe siècle, appellera la création. La notion de création s'élabore au IIe siècle, au sens théologique du terme, mais très progressivement, et elle n'est véritablement aboutie qu'à la fin du IIe siècle : c'est l'idée de ce qui est fait, fabriqué si vous voulez, à partir de rien, qui correspond à l'image de l'artisan qui fabrique, et qui se traduira en langage philosophique comme un rapport de cause et d'effet, de cause efficiente et d'effet. Ceci pourrait nous faire difficulté parce que nous sommes habitués à une distinction qui, en son lieu, est très pertinente, mais qui n'a pas lieu ici. C'est cette distinction, marquée de façon explicite dès le concile de Nicée au début du IVe siècle, que vous récitez allègrement le dimanche si vous allez allègrement à la messe : «engendré et non pas créé». Engendrer et créer sont deux opérations différentes dans la théologie classique aboutie, dogmatique, enfin aboutie comme telle. Je dois dire d'ailleurs que la première mention de cette distinction dans une perspective assez différente néanmoins de celle de la grande Église, se trouve chez les gnostiques valentiniens. Le terme qui lie à la fois l'idée de génération et l'idée de création sans les distinguer est marqué ici par le prôtotokos, premier-né, et de toute création (ktisis) . Cela signifie que, la distinction n'étant pas faite entre les deux termes, pour entrer dans le texte, il nous faut passer par le verbe pro-duire , mais pas au sens des produits fabriqués, produire au sens étymologique du terme : amener devant, pro-duire (ducere). Demander s'il s'agit de création Jean-Marie Martin. Le Ciel et la Terre. 45 ou de génération n'est pas pertinent pour notre texte. Les deux termes d'engendrer et de créer disent la même chose, et ce sera vrai tout au long du IIe siècle. Un bon exemple de cela se trouve dans les rapports entre la logologie, enfin entre le logos johannique on le trouve aussi chez Paul, et la Sophia biblique, la Sophie du livre de la Sagesse et du livre des Proverbes d'abord. La Sagesse parle : «Le Seigneur m'a créée, arkhê de ses chemins vers ses œuvres c'est-à-dire principe de son activité opérative vers les œuvres» (Pv 8, 22). La Sagesse est assimilée à Jésus logos et parfois, au cours du second siècle, il y aura deux tendances : certains assimileront la Sagesse au Logos, d'autres au Pneuma (à l'esprit Saint), mais, dans tous les cas, à ce que nous appelons du divin. Et que la Sagesse, c'est-à-dire le Fils ou l'esprit, soit créée, ça ne gêne personne au second siècle parce que le mot créer ne signifie pas fabriquer à partir de rien . Nous allons voir positivement ce qu'il signifie, mais négativement nous avons déjà appris cela. Par ailleurs prôtotokos, premier-né, se dira ailleurs prôtoktistês, c'est-à-dire grandes premières choses créées . Et on énumère sept prôtoktistês 43 : le ciel, la terre, le Fils etc. chez certains auteurs. D'autre part il ne faut pas confondre le titre de Prôtotokos et le titre de Monogenês 44 : le Monogenês est le Fils un, et le Prôtotokos est le Fils premier, ce qui n'est pas du tout la même chose. S'il est un , il est seul fils et il est monogène premièrement ; s'il est premier c'est qu'il y en a d'autres, c'est-à-dire qu'on entre dans un ordinal : premier, deuxième, troisième Comme le dira un joli petit texte que nous allons peut-être lire la prochaine fois : «Il est deux parce qu'il est le premier» 45. Par ailleurs, nous savons que Monogenês n'exclut pas qu'il y ait d'autres multiples, des fils dans le Fils, mais cela fait du Christ l'unité unifiante de la totalité et non pas un des unifiés dans une série. 3) En Christ, production de la totalité (v. 16). «16 Puisque en lui a été créée la totalité, dans les cieux et sur la terre La totalité : ta panta, est un pluriel neutre, mais qui signifie un singulier abstrait. C'est courant à tel point que, dans ces cas-là, le verbe du pluriel neutre est au singulier, donc ça a un sens singulier. Nous avons donc ici : «en lui ont été créés ciel et terre», ce qui correspond à «Dans l'arkhê il créa ciel et terre» (Gn 1). Nous avons un décalque du premier verset de la Genèse si bien que lui , ici, vaut pour arkhê implicitement : dans l'arkhê en lui 43 «Sept choses furent créées avant le monde : la Torah, la Géhenne, le jardin d'éden, le trône de gloire, le Temple, le Repentir et le nom du Messie.» (Genèse Rabba 1, 4). 44 Le titre de Monogênes est étudié dans Jésus, Christ, Monogène (Fils un, Fils unique), Seigneur : d'où viennent ces quatre titres qui sont dans le Credo?. 45 Ce texte s'appelle Apophasis Megalè (la grande Révélation). Nous n'en avons qu'une dizaine de fragments cités au livre VI d'un ouvrage du IIIe siècle qu'on appelle couramment Elenchos (Réfutation contre toutes les hérésies) mais aussi Philosophumena. Au fragment X il est question du Père «qui n'était pas premier (prôtos), bien que préexistant mais, en se tirant lui-même de lui-même, il devint deuxième (deutéros).» Ce texte ne sera pas lu à la séance suivante au Forum 104. Des extraits du texte commentés par J-M Martin vont bientôt figurer sur le blog (tag gnose textes). 46 Jean-Marie Martin. Le Ciel et la Terre Vous me direz : c'est un peu audacieux. Pas du tout. Ce titre, arkhê, on va le trouver dans la suite, attribué au Christ, donc il est appelé ici implicitement par le décalque du premier verset de la Genèse. Il nous faudra estimer ce que veut dire «ciel et terre». C'est d'ailleurs une façon de dire la totalité sur mode polarisé. Ça ne fait pas signe immédiatement vers ce qu'on appelle couramment le ciel et la terre au sens banal du terme, cela nomme deux pôles essentiels 46. Ici bien sûr, nous lisons le premier verset de la Genèse sur le mode sur lequel nos auteurs néotestamentaires le lisent, c'est ce qui nous intéresse. Il est possible qu'une phrase comme celle-là ait signifié, comme un historien pourrait le conjecturer, que ciel et terre ne sont pas des dieux, cela contre l'idolâtrie. Aujourd'hui, quand on pose la question de savoir si c'est Dieu qui a créé le ciel et la terre, ça veut dire : est-ce qu'il y a quelqu'un qui est avant le bigbang? Évidemment ce sont deux réponses très différentes, parce que ce sont sans doute deux questions assez différentes, d'où l'importance toujours de n'entendre une réponse qu'en référence à sa question propre. Toute formulation est vraie, ou a son lieu de vérité, par rapport à sa question, et cette réponse n'est pas indûment transférable à d'autres problèmes. Nous avons ici l expression de la production de la totalité, c'est-à-dire la production de ciel et terre, deux principes fondamentaux, une dyade, et nous verrons que, dans l'usage qui en est fait, cette phrase peut être prise à différents niveaux, différents étages de la construction systématique, ou à différentes étapes du récit. Ces grandes dyades peuvent être appliquées à différents objets, à différents moments, ou à différents étages de la pensée. Reprenons le verset : «en lui ont été créée toutes choses (la totalité), dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles ciel et terre sont commentés comme visibles et invisibles, c'est-à-dire que le ciel dit les invisibles et la terre les visibles. Comment faut-il entendre ce double statut de visible ou d'invisible 47? C'est le texte qui nous le dit en déployant ce que signifient les invisibles à savoir les Trônes, les Seigneuries, les Arkhaï (pluriel de arkhê) et les Exousiaï (les Puissances)» autant de noms qui sont traditionnellement des noms de l'ordre angélique, ce sont des noms d'anges 48. Il n'est pas précisé qui sont les visibles, mais ce sont les hommes. Donc nous avons les habitants du ciel : les anges ; et les habitants de la terre : les hommes. Dans ce contexte, la 46 «L'exemple type de bipolarité est «la terre et les cieux». Si je dis que Yhwh a créé ce binôme, je ne dois pas comprendre qu'il a façonné seulement le ciel et seulement la terre, mais bel et bien la totalité cosmique, désigné par ces deux pôles extrêmes en bas et en haut. Le syntagme englobe donc tout ce qui existe, depuis le palier des eaux dites supérieures, en passant par les mers, jusqu'au palier des eaux souterraines et du séjour des morts (le shéol).» (D'après Marc Girard, Les psaumes redécouverts, vol 1, p. 43) 47 «Nous avons chez nous, occidentaux, le schéma préétabli de l'intelligible, qui n'est pas visible aux yeux, et du sensible, qui est visible aux yeux. C'est un schéma quasi indéracinable de notre culture, qui est postplatonicien ; ce n'est pas évangélique. Cela ne s entend pas en ce sens-là chez Paul. Malheureusement de très bonne heure, le discours évangélique est entendu au sens platonicien. Par exemple, il perd cette nuance qui existe entre Paul et Jean à propos de l'invisible et du visible : l'invisible, chez Paul, c'est ce que Jean appelle le suprêmement visible, parce qu'on ne voit au sens authentique que dans la foi, que dans la parole qui donne d'avoir en vue quelque chose. Les expériences usuelles que nous appelons voir ont d'autres noms : théorein, blépein Mais les verbes qui disent voir dans sa simplicité, horân, éidein, sont gardés par Jean pour dire le visible par la foi, donc autre chose. Saint Paul n'a pas cette même distinction.» (J-M Martin) 48 Deux messages traitent des anges : LES ANGES. Première partie : les anges dans la Bible et aux premiers siècles ; LES ANGES. Deuxième Partie : Textes du N T et de chrétiens des 1ers siècles. Jean-Marie Martin. Le Ciel et la Terre. 47 création n'est pas la fabrication des éléments, de ce qu'on appelle couramment le ciel atmosphérique ou stellaire, ou les plantes non, ici : les anges et les hommes. Par rapport à ce que nous avons dit auparavant, le terme de création se précise comme la production des anges et des hommes, dans le contexte qui nous occupe ici. Le monde au sens plus banal du terme est touché à la mesure où l'homme est essentiellement un être-au-monde, alors que les anges sont des êtres-aux-cieux. Le mot création ne signifie pas fabrication à partir de rien, création désigne la production, et peut éventuellement être pensé sur le mode d'un engendrement, d'un enfantement ; et, quand le mot est prononcé chez saint Paul, il signifie, pour ce qui est de la terre : l'humanité. Le mot création est la production de l'humanité chez saint Paul, donc deux choses en opposition à notre usage. Selon notre usage, ça signifie création et pas engendrement, aussi bien pour les choses matérielles que pour les choses pensantes ou spirituelles, pour parler comme Descartes. Ici, création désigne la production de l'humanité pour autant qu'elle est un engendrement parce que nous avons d'autres étages de l'humanité, ce qui se manifeste dans le texte de la Genèse en ce qu'il dit, en Gn 1 «Faisons l'homme à notre image : c'est la délibération de Dieu : «Faisons le Christ ressuscité, donc image» Mâle et femelle il le fit : c'est-à-dire Christos et Ekklêsia, humanité convoquée (ekklêsia vient de klêsis, appel, convocation)» 49. Au chapitre 8 des Romains par exemple, la ktisis (création) est distinguée des fils de Dieu qui sont les hommes déjà re-suscités intérieurement, et leur gémissement est prière ou leur chant peut-être, mais il y a prière déjà dans le gémissement. Et justement, le gémissement de la colombe qui est un thème biblique de l'ancien Testament, très important, désigne la prière d'israël. Mais ultimement toute la création gémit, c'est-à-dire toute l'humanité. Le mot création ici se distingue de ceux-là qui sont les prémices de la Résurrection totale et qui sont déjà, le sachant, enfants de Dieu. Mais ultimement toute l'humanité est appelée à cela. Il y a les appelés et les élus : on pourrait dire que les élus sont ceux qui confessent leur filiation en disant «Notre Père», et les appelés (donc les convoqués) sont ceux qui gémissent de façon inarticulée, c'est-à-dire sans parole, dans un gémissement qui précède la parole, vers cela, donc qui sont eux-mêmes en disposition par rapport à cela. Les appelés et les élus ne sont pas différents, ce sont deux étapes de la même chose. Toute l'humanité est appelée, et les membres de cette même humanité sont élus à la mesure où leur étincelle de christité s'éveille, car il y a étincelle de christité dans toute l'humanité. 4) Création et démiurgie. Tout ceci est ardu mais ne l'est pas en soit, ça l'est pour nous parce que nous sommes habitués à un autre langage, voilà la différence, mais ce n'est pas plus compliqué. Seulement les mêmes mots ont quelque peu changé de sens au cours de l'histoire de la pensée parce que trop de problèmes survenaient et on n'avait que les mêmes mots pour les résoudre ; donc ils ont changé de sens en fonction de la question, et on a forcément ici 49 Cf par exemple ce qui est dit du Fiat lux dans Résurrection et Incarnation et Différents sens du mot Église (Ekklêsia) chez st Paul et au Concile Vatican II. Qu'est-ce que la sainte Église catholique ?. 48 Jean-Marie Martin. Le Ciel et la Terre quelque chose qui nous paraît compliqué. Il est très important, au point de vue du vocabulaire, quand chez saint Paul on lit la création 50, de ne pas penser à la fabrication du monde, et cela à deux titres : ça peut être un engendrement et ça concerne très précisément l'humanité comme humanité, ce n'est pas la fabrication des éléments. La question de la démiurgie 51 va se poser rapidement, c'est-à-dire de la création au sens banal du terme, la fabrication du monde. Ce sera une question importée dans l'évangile par l'occident, non pas que le monde grec ait pensé l'idée de création au sens strict du terme, mais il a posé la question de la démiurgie. Quelle différence? Chez les anciens Grecs, la parution des choses du monde est bien l'œuvre d'un artisanat, pas d'un engendrement, quoique la notion d'engendrement ne soit pas complètement absente, par exemple dans un certain stoïcisme. Ce qui domine, cependant, c'est l'idée de fabrication, mais de fabrication à partir d'une matière préexistante et non pas à partir de rien. C'est le cas du Timée, un célèbre dialogue de Platon qui fait fureur au second siècle dans le monde méditerranéen, dans le monde hellénistique. Et comme, pour la mission, les chrétiens ont tendance à rechercher, pour se faire entendre, ce qui, du côté des philosophes, peut ressembler à l'écriture, la notion de création va être empruntée à la notion de démiurgie, mais avec cette précision progressivement qu'il n'y a pas deux grands principes un principe bon qui fait le démiurge, et une matière en elle-même mauvaise 52 qui est agencée par le démiurge, principes qui seraient co-éternels. C'est une problématique du second siècle, et le lieu majeur pour détecter cela est un opuscule de Tertullien qui s'intitule Contre Hermogène. Hermogène est un homme que nous ne connaissons pas par ailleurs nous ne le connaissons que par la réfutation qu'en 50 Saint Paul nous dit ce qu'est la genèse en 2 Cor 4, 6 : «Car celui qui dit : D'entre les ténèbres lumière luise , c'est celui qui fait luire dans nos cœurs la Genèse récite une expérience spirituelle fondamentale pour la luminance de la connaissance qu'est la gloire de Dieu sur le visage du Christ.» 51 «Dans son sens le plus général et conforme à l'étymologie, le mot grec de démiurge pouvait signifier tout espèce de travailleur public (ergon-démos), mais il désignait, le plus souvent, ceux qui exerçaient une profession manuelle, spécialement les artis
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