Aurélie Névot, Comme le sel, je suis le cours de l’eau. Le chamanisme à écriture des Yi du Yunnan, Nanterre, Société d’ethnologie, 2008, in Études chinoises, 28 (2009) : 334-337.

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Aurélie Névot, Comme le sel, je suis le cours de l’eau. Le chamanisme à écriture des Yi du Yunnan, Nanterre, Société d’ethnologie, 2008, in Études chinoises, 28 (2009) : 334-337.

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  Études chinoises, vol. XXVIII (2009) Comptes rendus   1  En effet, ces projections ont été initialement réalisées par un autre groupe de scientifiques cybernétiques et informaticiens, sous la direction du Bureau de  planning familial. Leurs projections de la croissance de la population semblent  plus adapter à la réalité chinoise. Song Jian rejoint ce groupe plus tard. Shi Lu Université Jean Moulin-Lyon 3 Aurélie Névot , Comme le sel ,  je suis le cours de l’eau. Le chamanisme à écriture des Yi du Yunnan ( Chine ), Nanterre : Société d’ethnologie, 2008. 316 pages Les Luoluo 玀玀 , également connus sous l’appellation de « nationalité yi »  yizu   彝族 , sont des peuples de langue tibéto-birmane présents dans les pro-vinces du Sud-Ouest chinois (Yunnan, Sichuan, Guizhou et Guangxi). C’est dans la sous-préfecture de la Forêt de pierre (Shilin   石林 ), à proximi-té de Kunming, que l’auteur a réalisé son terrain consacré à l’étude du chamanisme à écriture des Nipa, une des branches du groupe yi. L’ouvrage, composé de cinq parties et seize chapitres, s’articule autour de deux thèmes majeurs : l’organisation sociale des Nipa et le rôle que jouent les instances dirigeantes dans la représentation des cultes locaux, la ques-tion de l’ethnicité à travers l’analyse du culte territorial villageois midje . Dans la première partie « Liens aux lieux, aux ancêtres et aux es- prits », Aurélie Névot propose un riche tableau de la société nipa, invitant le lecteur à un parcours historique dans lequel les thèmes du mythe, de la  parenté, de la religion locale et de l’écriture rituelle sont successivement abordés et analysés avec finesse. Riziculteurs et éleveurs, les Nipa composent une société de type pa-trilinéaire dont l’organisation sociale et spatiale est structurée « en moi-tiés », à l’image de la configuration de leur territoire mythique. Ainsi, le village est agencé de façon bipartite entre la « tête » au nord et la « queue » au sud, tandis que la communauté villageoise est ordonnée selon la paire fondamentale que forment le chef territorial, représentant des ancêtres, et le chamane, intermédiaire entre le monde des hommes et celui des esprits. Lorsque celui-ci – également nommé bimo  (maître de la psalmodie) – est sollicité par sa communauté pour accomplir une guérison, sceller une al-liance, ou encore obtenir de la chance, c’est à l’aide de manuscrits qu’il opère. Si l’usage de l’écrit semble incompatible avec le chamanisme, tradi-tionnellement défini comme un système de pensée opposé à toute forme de 334  Études chinoises, vol. XXVIII (2009) Comptes rendus  dogmatisme et associé aux peuples de chasseurs autochtones de Sibérie (le terme chamane provient d’une langue toungouse), les textes rituels nipa semblent, selon l’auteur, faire exception à la règle. C’est du moins ce qu’elle entend démontrer dans le troisième chapitre. L’écriture nipa, de fonction uniquement rituelle, est le support du bimo , qui lui « donne vie » à l’aide de gestuelles et de sacrifices particuliers. Le titre de l’ouvrage, un des vers de cette écriture sacrée, fait référence au trajet que parcourt le chamane dans le monde des esprits. L’écriture joue un rôle fondamental,  puisque les pouvoirs chamaniques se transmettent également par écrit : à la mort de son maître, le disciple s’engage dans un travail de réécriture des manuscrits, ceux du maître défunt étant brûlés. La deuxième partie « La société à moitiés des Nipa et l’état commu-niste chinois » analyse les stratégies du gouvernement qui visent à rassem- bler les différentes branches yi en un groupe homogène et unifié. Le champ d’action des autorités locales est large : réorganisation territoriale, unifica-tion de l’écriture, institutionnalisation des rituels chamaniques. À l’srcine divisé en moitiés, le territoire des Nipa est désormais partagé en quatre communes par les autorités chinoises qui, dès lors, imposent aux autochto-nes une représentation de leur espace en quatre parties. De même, l’unification de l’écriture des branches yi du Yunnan à partir de l’écriture rituelle des bimo  – chaque village possédant son propre système scriptu-raire – engendre nécessairement la perte de la dimension religieuse réser-vée à ces écritures secrètes. La célébration officielle du culte territorial vil-lageois midje , transformé en fête annuelle mizhi 密枝  depuis 1999, illustre le mieux les intentions du gouvernement chinois : fédérer le groupe mino-ritaire yi et développer l’économie de marché. En effet, la sous-préfecture de Shilin , prototype du patrimoine naturel du Yunnan et du tourisme de masse, apparaît comme un lieu idéal. Pour-tant, si la première fête mizhi  fut un échec commercial dû au manque de touristes, ce fut en revanche une victoire politique. Au fil des pages, le lec-teur découvre comment les autorités uniformisent langues, rituels et cos-tumes à l’aide de pratiques officielles non conformes à la vision tradition-nelle des Nipa. Contrairement à la conception nipa qui associe le culte  midje  à un territoire et à des ancêtres particuliers, le culte officiel est organisé dans un espace qui n’obéit pas aux conventions autochtones. À cette occasion, un bimo  est désigné par les autorités, tandis que les autres chamanes nipa sont invités à porter le costume de la branche Nosu du Sichuan, censé représen-ter l’habit traditionnel de tous les Yi. À l’opposé des usages nipa, les ma-   335  Études chinoises, vol. XXVIII (2009) Comptes rendus  nuscrits chamaniques, issus de quatre localités de la Forêt de pierre, sont réécrits, photocopiés et distribués aux bimo , relégués dans un rôle de sim- ple lecteur, alors qu’ils devraient officier eux-mêmes. Envisager les fêtes et rituels ethniques comme des manipulations à des fins gouvernementales n’est pas nouveau, mais Névot, en fondant son travail sur la manière dont les intéressés perçoivent ce remaniement, re-nouvelle l’analyse. Comme le précise l’auteur, les bimo  éprouvent une cer-taine fierté à parader car cette mise en scène du folklore chamanique re- produit habilement ce qui fait sens pour eux. Face à ces évolutions imposées, les Nipa s’adaptent, notamment en continuant de fêter séparé-ment leur propre culte : une institution nipa coexiste ainsi avec le culte of-ficiel. Les troisième et quatrième parties sont consacrées à l’analyse du culte territorial des Nipa. Chaque année, durant sept jours, ce processus rituel célèbre les ancêtres primordiaux  pu  et nè , ainsi que toutes les entités  peuplant l’univers afin de gagner en retour un monde d’abondance pour la communauté villageoise. En outre, chacun retrouve sa place au sein du groupe à l’image de   la paire midjeoma / midjebimo  : le premier étant le chef de l’année agricole, le second le chamane. L’auteur décrit l’action quotidienne des hommes durant ce culte terri-torial : célébration de la parenté symbolique, exorcisme collectif, sacrifices sanglants et combats entre « moitiés » villageoises permettent de préparer la renaissance des forces vitales de la nouvelle année agricole et de perpé-tuer le clan nipa. Les festivités s’achèvent avec le partage de l’alcool et des victuailles, démarche visant à régler les conflits et à renforcer la cohésion de la communauté. La dernière partie présente une étude de texte rituel, révélant le passé mythique de la communauté. Autrefois, les offrandes d’alcool symboli-saient le départ des villageois pour la chasse. Aujourd’hui, la chasse est uniquement rituelle et l’esprit de la chasse reste nourri afin d’assurer la pé-rennité du clan. Ainsi, comme le souligne l’auteur, le culte midje  en tant que support d’ethnicité révèle la façon dont les Nipa gardent trace de leur ancienne organisation sociale. À travers l’analyse du culte territorial orga-nisé par les autochtones, Névot rend bien compte des multiples facettes de l’ethnicité chez les Nipa de la Forêt de pierre : la façon dont ceux-ci se dé-finissent par rapport aux autorités locales mais aussi par rapport aux autres Yi. En apportant de nouveaux éclairages à l’ethnographie des structures sociales, politiques et religieuses des Nipa, cet excellent ouvrage rend éga-   336  Études chinoises, vol. XXVIII (2009) Comptes rendus  lement compte de l’évolution contemporaine des constructions identitaires de cet ensemble multiethnique qu’est la Chine. Outre la richesse des informations et la finesse des analyses, on ap- précie particulièrement que chacun des arguments soit toujours replacé dans son contexte historique. Par ailleurs, au-delà du phénomène d’acculturation ou de sinisation dont seraient victimes les groupes minori-taires de Chine, Névot renverse judicieusement le problème en introduisant le processus de « nisation » : la population han, qui au fil des décennies, se met à participer au culte territorial midje  et à parler la langue ni. Toutefois, l’absence d’un lexique des termes chinois et ni, qui aurait grandement facilité la lecture de l’ouvrage, est fort regrettable. Le rôle des épouses de bimo , censées insuffler la force vitale à leurs époux, de même que celui des médiums féminins mériterait d’être mieux explicité. En outre, rien n’est dit sur l’économie domestique des Nipa, riziculteurs et agri-culteurs ; or, nous savons que les sociétés chamaniques fondent une grande  partie de leurs croyances et rituels sur leur économie domestique. Ces quelques absences n’altèrent en rien la qualité de cette monographie très complète sur les Nipa et d’un réel intérêt pour comprendre la situation poli-tique et religieuse des minorités ethniques en Chine. Aurore Dumont EPHE Philippe Porret ,  La Chine de la psychanalyse , Paris : Campagne Pre-mière, 2008. 319 pages Le psychanalyste Philippe Porret ne serait pas lacanien s’il n’y avait dans le titre de son ouvrage un double-entendre : la Chine de la psychana-lyse dont il nous parle est un état des lieux, à la fois de la situation de la  psychanalyse dans la Chine d’aujourd’hui (d’hier aussi, comme on verra), et de ce qui constitue la Chine, et les idées qu’on s’en fait, vu de la planète  psychanalytique (et l’on se doute que ce n’est pas toujours la même). La démarche tient donc à une exigence d’entremêler, et de démêler, deux en- jeux, correspondant aux deux casquettes que prend l’auteur : celle de l’enquêteur et de l’historien, qui étudie cet objet passionnant qu’est l’histoire de la psychanalyse en Chine et son développement ; et celle de   337
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