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   Directeur de la publication : Edwy Plenelwww.mediapart.fr   1 1/3 Au Maroc, le bâillon de la prison PAR RACHIDA EL AZZOUZIARTICLE PUBLIÉ LE VENDREDI 15 FÉVRIER 2019 Au Maroc, les stades et les réseaux sociaux sont deplus en plus utilisés comme tribune de contestationsociale. Pour s’être indigné sur Facebook de la mortd’une étudiante mitraillée par la marine nationale alorsqu’elle fuyait sur une embarcation vers l’Espagne, un jeune Marocain croupit en prison.Le 25 septembre dernier, Hayat Belkacem, 19 ans,mourait en mer au large de Gibraltar. Assassinée àl’arme automatique par la marine royale de son pays :le Maroc. Assassinée avec ses rêves, son Coran, sacrème solaire et quelques pièces en euros alors qu’elletentait de sauver sa peau en ralliant, sans documentde voyage, l’Espagne si proche dans une embarcationblindée de migrants. Sa mort à l’aube de tous les possibles a indignéle Maroc qui s’est brutalement remémoré ses piresannées de plomb. Et Hayat, « la vie » en arabe, enfantde Tétouan, étudiante en droit, père ouvrier, mère sansemploi, a été hissée au rang de martyre. Martyre del’immigration clandestine dans un pays redevenu l’unedes principales portes d’entrée de l’eldorado européenmais avant tout, martyre d’un royaume des inégalitéssociales qui n’a à offrir à sa jeunesse que la misère, lechômage ou l’exil à ses risques et périls. Copie du passeport de Hayat Belkacem. © le desk Dans tout le pays, des manifestations ont éclaté ,rythmées par ces slogans : « Le peuple veut savoir qui a tué à Hayat » ,  « Nous te vengerons Hayat !». Particulièrement au nord, à Tétouan, la ville deHayat, perle du Rif, où « Los Matadores 2005 »,les ultras du MAT (Moghreb Athletic Tétouan) ,le club de football local, se sont faits les premiersporte-voix de la colère et de la douleur, rappelantainsi combien les stades sont aujourd’hui une desdernières tribunes de contestation  dans le Marocrépressif de Mohammed VI.Trois jours après le drame, juste avant le match contrele Kawkab de Marrakech où ils couvriront l’hymnenational de sifflets, ils ont appelé à se vêtir de noiret à défiler « en signe de protestation contre la politique d’oppression du Makhzen [le régime – ndlr] contre son peuple, et dont Hayat est victime »  auson de « le peuple veut renoncer à la nationalité » , « Viva España » . Un affront au pouvoir alors quece dernier avait levé depuis seulement quelques moisles interdictions de stade qui pesaient sur les ultrasmarocains depuis les violences de 2016 et le décès dedeux supporters du Raja Casablanca .Sur les réseaux sociaux, où la colère déferle encoreplus massivement à l’abri de la répression policière,les appels des ultras de Tétouan à manifester « pourHayat » ont été largement relayés tant la jeune femmeincarne cette génération sacrifiée des 15-34 ans,sans avenir , qui représente un tiers de la population.Soufiane Al Nguad est de ceux-là. Il a partagéinstantanément l’événement sur sa page Facebook.Parce qu’il aurait pu être Hayat. Chaque année, descentaines de milliers de Marocains tentent la traverséedu détroit, en embarquant dans un go-fast ou unepatera vers l’Espagne, la nouvelle terre promise.Malgré la probabilité de finir dans le cimetière deGibraltar, engloutis par les eaux…À 32 ans, la vie de Soufiane Al Nguad ressembleà celle de n’importe quel jeune marocain, entregalères et frustrations, rage et désespoir. Sur sa pageFacebook, cette fin septembre, il fustige le « silence   Directeur de la publication : Edwy Plenelwww.mediapart.fr   2  2/3 des partis politiques » , applaudit l’initiative des ultrasde Tétouan qu’il ne fréquente pas et appelle à rejoindrela manifestation « pour Hayat ». Soufiane Al Nguad. Il croupit aujourd’hui en prison pour cela. La justicemarocaine l’a condamné en octobre dernier à deux ansde prison ferme et une amende de 20 000 dirhams(1 850 euros) pour avoir appelé à manifester enmémoire de Hayat, mitraillée à mort, « encourager à prendre part à une manifestation non autorisée ».  Lapeine a été réduite à un an cette semaine en appel.Mais c’est encore « un verdict abusif, inique,inacceptable »  pour les ONG qui, depuis sa premièrecondamnation, font pression pour obtenir sa libération. « Soufiane Al Nguad n’a rien à faire en prison car iln’a rien fait de répréhensible. Il a appelé à se joindreà une manifestation qu’il n’a même pas organiséeen solidarité avec une femme innocente, injustement tuée ! Le dossier est vide. Ils l’ont chargé pour  faire bonne mesure d’insultes au royaume » , dénonceAhmed Benchemsi de Human Rights Watch.Pour cet ancien journaliste, fondateur du magazine TelQuel   et de feu  Nichane , qui a éprouvé le régimemarocain dans toutes ses intimidations et qui vitaujourd’hui aux États-Unis, « Soufiane Al Nguad est un nouvel exemple de la répression en cours. Il a été arrêté préventivement. C’est tombé sur lui mais celaaurait pu être un autre. Ce n’est même pas un leader mais un citoyen lambda ! Un modus operandi est entrain de se dessiner. Ils n’ont pas d’autres réponses àla colère sociale que d’arrêter les gens ».« Au Maroc, désormais, toute velléité de contestationsociale est matée en faisant un exemple » , poursuitAhmed Benchemsi. En témoignent les deux derniersgrands mouvements sociaux réclamant plus de justicesociale et du travail à Al Hoceima dans la région duRif et à Jerada dans l’Oriental, violemment réprimés.Leurs militants et sympathisants ont été arrêtés enmasse, emprisonnés et condamnés à des peines allant jusqu'à vingt ans de prison .Dans un pays où le foot fait l’objet d’une passion detous les excès, le pouvoir de mobilisation d’un grouped’ultras donne des sueurs froides au régime. Quatorzesupporters du club de Tétouan, âgés de 18 à 23 ans,arrêtés en marge de la manifestation pour Hayat, ontd’ailleurs écopé en octobre dernier d’un à dix moisde prison pour « outrage au drapeau national », «manifestation non autorisée » et « destruction de bienspublics et privés ».Pourtant, malgré la peur, la répression, lerétrécissement des espaces de liberté, les voix ne selaissent pas bâillonner. Si descendre dans la rue estdangereux, les stades et les réseaux sociaux sont deplus en plus utilisés comme espaces d’indignation. Ilfaut écouter « Fi bladi Dalmouni »,  le chant viralet bouleversant posté sur Youtube fin septembre parles supporteurs du Raja Casablanca, et vu près dedeux millions de fois, pour mesurer le désespoir de la jeunesse marocaine, « maltraitée » ,  « méprisée » ,  «déjà morte ».« Dans ce pays, chante la foule  , on vit dans un nuagesombre / On ne demande que la paix sociale (...) Ilsnous ont drogués avec le haschich de Ketama / Ilsnous ont laissés comme des orphelins / À attendrela punition du dernier jour (...) Vous avez volé lesrichesses de notre pays / Les avez partagées avec desétrangers / Vous avez détruit toute une génération… » Un verrou a comme sauté dans le royaume, laissantcirculer une colère généralisée. Même la figure du roi,sacrée, est frontalement attaquée au côté du Makhzenhonni sur les réseaux sociaux ou même dans lesmédias. Ce n’est plus une ligne rouge. À l’image decet homme qui, questionné par un journaliste sur cetteobsession de fuir sa terre pour l’Europe, répond : «Puisque le roi vit pratiquement à l'étranger, détient des fonds et des propriétés à l'étranger, se soigne àl'étranger… Pourquoi poser la question aux pauvreslaissés-pour-compte. »   Directeur de la publication : Edwy Plenelwww.mediapart.fr   3  3/3 Directeur de la publication  : Edwy Plenel Directeur éditorial  : François Bonnet Le journal MEDIAPART est édité par la Société Editrice de Mediapart (SAS). Durée de la société : quatre-vingt-dix-neuf ans à compter du 24 octobre 2007.Capital social : 24 864,88€.Immatriculée sous le numéro 500 631 932 RCS PARIS. Numéro de Commission paritaire despublications et agences de presse : 1214Y90071 et 1219Y90071.Conseil d'administration : François Bonnet, Michel Broué, Laurent Mauduit, Edwy Plenel(Président), Sébastien Sassolas, Marie-Hélène Smiéjan, Thierry Wilhelm. Actionnairesdirects et indirects : Godefroy Beauvallet, François Bonnet, Laurent Mauduit, Edwy Plenel,Marie-Hélène Smiéjan ; Laurent Chemla, F. Vitrani ; Société Ecofinance, Société Doxa,Société des Amis de Mediapart.Rédaction et administration : 8 passage Brulon 75012 Paris Courriel  : contact@mediapart.fr Téléphone  : + 33 (0) 1 44 68 99 08 Télécopie  : + 33 (0) 1 44 68 01 90 Propriétaire, éditeur, imprimeur : la Société Editrice de Mediapart, Société par actionssimplifiée au capital de 24 864,88€, immatriculée sous le numéro 500 631 932 RCS PARIS,dont le siège social est situé au 8 passage Brulon, 75012 Paris.Abonnement : pour toute information, question ou conseil, le service abonné de Mediapartpeut être contacté par courriel à l’adresse : serviceabonnement@mediapart.fr. ou par courrierà l'adresse : Service abonnés Mediapart, 4, rue Saint Hilaire 86000 Poitiers. Vous pouvezégalement adresser vos courriers à Société Editrice de Mediapart, 8 passage Brulon, 75012Paris.
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