ARON, Paul - Les Revues Littéraires _ Histoire Et Problématique

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Article de Paul Aron sur les revues littéraires

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  COnTEXTES Revue de sociologie de la littérature 4 | 2008 :L’étude des revues littéraires en Belgique Les revues littéraires : histoire et problématique P  AUL  A  RON  Résumés Français Nederlands English L’article propose un survol des revues francophones publiées en Belgique. Il montre que les revues sont un support indispensable de l’activité littéraire du pays. Il indique égalementquelques traits de leur rôle spécifique dans une institution littéraire faible et relativementpeu institutionnalisée.Het artikel biedt een overzicht van de Franstalige tijdschriften die in België wordengepubliceerd. Er wordt aangetoond dat tijdschriften een noodzakelijke ondersteuning vormen van de literaire activiteit van het land. Daarnaast wordt ingegaan op een aantalspecifieke kenmerken van de rol van tijdschriften in een weinig geïnstitutionaliseerdeliteraire instelling.The article proposes an overview of the French-speaking reviews published in Belgium. Itshows that the reviews are an essential support of the literary activity of the country. It alsoindicates some features of their specific role in a weak and relatively little institutionalizedliterary institution.  Entrées d'index  Mots-clés : Littérature et politique, Presse, Presse littéraire, Réseaux, Revue littéraire Texte intégral  La revue est relativement aisée à définir, parce que la bibliothéconomieinternationale a forgé les termes d’un consensus à peu près stabilisé. La revue (del’anglais review ) est une publication périodique au contenu variable. Sa périodicité ladistingue du livre ou de la brochure. Son sens est à peu près celui du mot journal, quis’est, lui, spécialisé dans l’acception « journal quotidien », que l’on appelaitauparavant la « gazette ». 1 La revue littéraire, par contre, s’insère plus difficilement dans un cadre définitoire.S’agit-il d’une revue qui publie de la littérature ? Si c’est le cas, les journaux quotidienset nombre d’hebdomadaires généralistes devraient faire partie du corpus. S’agit-il depériodiques affichant en titre ou en sous-titre le mot littérature ou un termecomparable ? Dans ce cas, nombre de petites revues artistiques, par exemple prochesdu dadaïsme, devraient en être écartées. Par ailleurs, de nos jours, la notion de 2  L’objet « revue » Vecteur éditorial publication même fait problème puisqu’il existe des revues virtuelles sur Internet. Ainsi surgit un paradoxe initial. Si chacun s’accordera à rattacher  La Jeune Belgique ou  Le Disque vert   à la série historique de périodiques qui, depuis le XVII e  siècle,transmettent de l’information littéraire (  La Gazette   de France ,  Le Mercure galant  ,devenu au XVIII e  siècle  Le Mercure de France , au XIX e  siècle,  La revue des deux mondes ou au XX e siècle,  La Nouvelle Revue française ,  Les Cahiers vaudois  (Lausanne),  Parti- Pris  (Montréal), Tel Quel   ou Change …), on ne sait comment préciser les limites ducorpus des périodiques littéraires belges que l’on voudrait pourtant exhaustif. L’étudedes revues littéraires implique ainsi inévitablement une certaine forme depragmatisme. La plupart des modèles ou des généralisations que nous pourrons faire vaudront pour des secteurs restreints d’un ensemble aux contours flous.Par ailleurs, il faut noter que les revues constituent une part incontournable dusupport éditorial des Lettres en Belgique. L’existence même de la littérature leur estliée, à la fois comme lieu de production et de diffusion des œuvres, mais aussi commesupport des mouvements et des prises de positions des agents de la vie littéraire. Nousavons pu, voici quelques années, recenser environ 1 100 revues littérairesfrancophones parues entre 1830 et 2000, qui concernent au premier chef environ1 500 acteurs, écrivains, membres de comités de rédaction ou personnalités deréférence 1 . 3 Quand on parcourt cet ensemble de manière transversale, quelques réflexionssemblent s’imposer. 4 D’abord, ce qui frappe, c’est la permanence de la revue. Alors que les salonslittéraires, les cafés ou les conversations ont disparu en tant qu’institutions de lalittérature, la revue s’est maintenue depuis près de deux siècles comme unmédia vivant, qui semble être passé sans rupture de la compositiontypographique professionnelle à la photocopie et au stencil d’amateurs, puis à lamise sur Internet. Sans doute cette capacité d’adaptation est-elle liée à la variété de formes que prend une revue littéraire : certaines constituent delourds ensembles comportant des rubriques récurrentes alors que d’autres seréduisent à de simples tracts envoyés par un auteur à quelques personnes.Un second trait est également lié à la nature même du support. Comme cedernier est très souple, il peut s’ajuster aux moyens financiers dont disposentun groupe ou un individu. Il y a donc des revues luxueuses et des revuespauvres tirées à petit nombre sur mauvais papier, des revues régulières et desrevues occasionnelles, des revues comportant des centaines de livraisons etd’autres faisant faillite dès l’échec de leur premier numéro.Mais, et ceci ouvre une troisième considération, les revues forment un supportéditorial relativement autonome. Rares sont celles qui, en Belgique, ont étéfinancées par des éditeurs ou par des institutions littéraires. La plupart relèventde l’initiative individuelle, certaines de petits groupes. Ainsi, au lieu deconduire, presque naturellement, vers la parution en volume, selon le modèlecanonique réalisé par Gaston Gallimard entre  La Nouvelle Revue française  etles éditions qu’il dirigeait, les revues littéraires belges sont souvent le termedernier du processus de diffusion littéraire. Ceci leur donne une importanceparticulière et justifie l’intérêt que nous leur portons. Venons-en à présent à desquestions de méthode et de perspective.Prenons l’exemple des œuvres de Paul Nougé, le principal auteur du surréalisme belge. Lorsque Marcel Mariën publie les textes de son ami, il constitue deux ensemblesde textes auquel il donne une unité thématique. Un volume reprend les œuvres 5  Une réalité spécifiqueUne réalité matérielle complexe théoriques (  Histoire de ne pas rire ), un second les textes que l’on peut qualifier depoétiques (  L’Expérience continue ). L’un et l’autre sont constitués à partir de troissous-ensembles : les textes publiés par Nougé en revues et dans des catalogues ; destextes publiés par Marcel Mariën lui-même dans ses propres revues, et des inéditsenfin. La confection des volumes a pour effet de réduire la dynamique contextuelleque réalisaient les revues. Or, on peut considérer qu’un texte paru dans Correspondance , revue dont Nougé avait la maîtrise, ou un texte paru dans  La Révolution surréaliste  ou dans Combat,  n’ont pas le même statut. Ainsi la publicationen volume a-t-elle pour effet de réduire la revue au rang de simple support, de larendre en quelque sorte transparente, ou d’en nier l’existence. Elle est rabattue sur ceque la philologie appelle la « pré-srcinale » ou « première publication ».Ces effets de contexte se révèlent parfois fondamentaux. Toute une part de lapolémique qui entoure des écrivains qualifiés de collaborateurs pendant la SecondeGuerre mondiale a en effet trait non au contenu des articles qu’ils ont publié, mais aucadre de leur publication. Il en va ainsi de Marie Gevers, qui envoie des nouvelles surle monde paysan dans  La Terre wallonne , revue publiée avec l’aide de l’Occupant etqui va dans le sens d’une valorisation idéologiquement orientée des activités rurales.Il en va de même des dessins d’Hergé, parus dans  Le Soir , avec une apparenteindifférence aux orientations de plus en plus critiquables du principal organe de lacollaboration francophone. 6  Ainsi en va-t-il également, dans un sens plus littéraire, des enjeux liés à lapublication dans l’une ou l’autre revue d’avant-garde, qui a pour effet de classer lesécrivains dans des groupes littéraires, alors que, souvent, leurs œuvres ne portent pasou peu de signes de cette appartenance. Et enfin, il faut mentionner les effets depouvoir liés à la possibilité de critiquer les ouvrages parus dans un périodiqueimportant, ou par contre dans un périodique qui ne compte guère. 7 Dans une autre perspective, nombre de revues mettent en présence des textesrelevant de champs intellectuels hétérogènes : théâtre, arts plastiques, historique,politique, etc. Le fait même qu’elles se spécialisent en littérature est un facteurintéressant pour l’historien, mais l’absence de spécialisation ne l’est pas moins. 8 De manière générale, les revues ne sauraient donc se réduire à de simples recueils detextes destinés à vivre indépendamment d’elles. Elles livrent un contexte pertinent etspécifique. 9 Comme tous les supports de l’activité littéraire, la revue est une réalité à deux faces.Elle est un fait de discours, et comporte à ce titre non seulement des textes critiquesou de fiction, des poèmes ou des illustrations, mais également un métadiscours, surses propres intentions, ou sur les textes qu’elle souhaite réunir. Elle est par ailleurs unfait matériel. Elle mobilise des ressources financières, une ou plusieurs personnes quien assument les tâches de réunion des textes, de fabrication et de diffusion, ainsi qu’unlectorat, plus ou moins étendu. 10 Une revue est donc faite de capitaux, de rôles, d’agents, de relations, et chacun deces éléments mérite d’être analysé en corrélation avec les discours qui y sont tenus. 11 En conséquence, la revue présente des réalités matérielles très diverses. Souventillustrée, elle s’offre dans un format et une typographie qui ne sont pas le fait duhasard ; elle comporte de l’éditorial, de la publicité, des annonces littéraires ou non(ainsi de la publicité « par sympathie »), des couvertures, des tables (souventerronées), des mentions d’éditeur responsable, de comité de rédaction (souventfactices), des adresses, des bulletins d’abonnement ou des feuillets séparés destinés aulectorat. J’insiste sur ce fait, car les relieurs des grandes bibliothèques ont souventrogné ces éléments ou les ont rassemblés en fin de volume, comme s’ils étaient par 12  Historiographie Ego-histoire et histoire litteraire nature secondaires. Il y a de nos jours un enjeu particulier qui est lié à la conservationdu support dans sa totalité. Le passage aux versions électroniques doit-il se faire encouleur ou en noir et blanc (les microfilms ont fait perdre beaucoup à l’analyse desdessins en couleurs des périodiques de la fin du XIX e  siècle, par exemple) ? Le scannagedoit-il concerner le contenu, ou également le support dans son intégralité, y comprisles couvertures ? Enfin, la nécessité de compléter les collections conservées dansplusieurs bibliothèques pose des problèmes qu’il faut prendre en compte dès le débutde la politique de sauvegarde.Depuis longtemps, les revues font l’objet de travaux et de recherches scientifiques.On peut ici proposer un bref examen des principales tendances historiographiques. 13 L’histoire des revues littéraires a d’abord été le fait des revues elles-mêmes. Presqueinexistant au XIX e  siècle, le retour effectué par les animateurs de revues sur leur apportpersonnel devient une pratique courante dès le début du XX e  siècle. Iwan Gilkin estainsi un des premiers à évoquer la revue et le mouvement de  La Jeune Belgique 2 . Sonexemple est suivi de près par Oscar Thiry  3 , puis par Valère Gille 4 . Comme les titresl’indiquent, pas question ici de distance critique : le récit se déroule sur le modehagiographique. Par ailleurs, un des enjeux de ce discours mémoriel est lié à lareconnaissance qui entoure les animateurs du mouvement, dont les survivantsentrent tous à l’Académie royale de langue et de littérature françaises dès sa fondationen 1921. Le discours semi-officiel qui se met alors en place définit une chronologie (unavant et un après 1880) et un code de lecture selon lequel le mouvement de la« Renaissance littéraire belge » caractériserait un dépassement des opinionspolitiques qui marquaient la vie littéraire des périodes antérieures et une communionde tous dans le culte de l’art pour l’art. Ce point de vue, maintes fois répété par lessurvivants, a eu deux conséquences. Pour une part, il alimente les premiers travauxuniversitaires sur le sujet, ceux de Robert Gilsoul 5 , Gustave Vanwelkenhuyzen 6  etmême dans une certaine mesure, Joseph Hanse 7 . D’autre part, il entraîne desanimateurs de revues de l’entre-deux-guerres à calquer leur attitude sur le modèle deleurs prédécesseurs. Comme l’avaient fait les Jeunes dans le  Parnasse de la Jeune Belgique  (1887), ils réalisent des anthologies de leurs propres productions. Paraissentainsi : l’  Album de souvenirs littéraires  rédigés par le groupe de la « Renaissanced’Occident » (1929), l’Anthologie du groupe « L’Avant-poste » (1934), le recueilanthologique du Thyrse  en 1934, le florilège « Terres latines » (1936-1937),« Souvenirs, témoignages, vers et proses, n° du cinquantenaire de la revue  Le Thyrse  »(1949) et « 20 ans au service des lettres belges, l’effort de la  Revue nationale , 1928-1948 » (1948). Ce genre d’autocélébration se poursuit après la guerre, y compris dansle chef de revues avant-gardistes ou non conformistes comme le  Daily-Bul  8 . 14 C’est également dans l’entre-deux-guerres que l’importance du mouvement desrevues littéraires commence à être perçue. Francis Nautet en avait soulignél’importance dès son  Histoire des lettres belges d’expression française  (1892-93).Dans  Les débuts de l’orphéonisme en Belgique  (1937), Léon-Louis Sosset développe lepoint de vue selon lequel l’histoire littéraire locale s’écrit d’abord dans les périodiqueset il établit un premier catalogue de revues littéraires qui précèdent et quiaccompagnent le mouvement de  La Jeune Belgique . Une tradition de bibliographiedescriptive s’installe alors, dont le recueil que j’ai publié avec Pierre-Yves Soucy est ladernière réalisation en date. Mais cette nomenclature appartient sans doute déjà aupassé : il faudra désormais, j’en reparlerai, passer au support électronique, ce quiimplique d’autres types de saisie et un autre mode de consultation. 15 Les études consacrées aux revues sont principalement des monographies, même 16
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