Aristote ŒUVRES COMPLÈTES

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   Dieu, pensée de la pensée ©  Grand Portail Thomas d’Aquin  1 www.thomas-d-aquin.com Lu dans la Revue Thomiste  : « … Certes, la substance comme acte permet à Aristote dans la métaphysique de dépasser la seule considération physicienne, mais l'identification de l'acte le plus parfait à l'intellection borne sa résolution en lui interdisant d'aller jusqu'à l'acte premier fondateur de toute forme et substance : l'acte d'être produit immédiatement par Dieu, l'Ipsum esse per se subsistens ...  »  (REVUE THOMISTE  –  T. CXIII  –  N° IV  –  Octobre-Décembre 2013  –  Recension Philosophie : Métaphysique d’Aristote Commentaire de Thomas d’Aquin. Jean -Marie Vernier). Dieu, pensée de la pensée Il est très fréquent parmi les thomistes contemporains, de minimiser autant que possible l’influence d’Aristote sur la pensée de Thomas d’Aquin, au profit d’un néo-platonisme plus en symbiose, paraît-il, avec la pensée catholique, notamment pour expliquer la Création. C’est bien la position de l’auteur du frontispice à notre article 1 . La question est de savoir si, comme il l’écrit, borner l’acte le plus parfait à l’intellection interdit d’aller jusqu’à l’acte d’être, créateur de toute forme et substance. Ce n’est cependant rien de moins que re parcourir toute l’ascension  de la Métaphysique   d’Aristote, dont le célèbre blason “ Dieu, pensée de la pensée” est le point culminant. Une telle relecture demanderait toute une vie, et sans doute plus ! Nous nous y prendrons donc autrement, en allant directement aux conclusions intermédiaires d’Aristote, sans développer toute son argumentation, mais en prouvant à chaque fois que nous restons fidèle à son propos. Puis, nous nous attarderons sur “pensée de la pensée”.   1°- La démarche des Physiques laisse le philosophe sur sa faim Aristote écrit dans sa Métaphysique : « On pourrait, en effet, se demander si la Philosophie première est universelle, ou si elle traite d'un genre particulier et d'une réalité singulière ... À cela nous répondons que s'il n'y avait pas d'autre substance que celles qui sont constituées par la nature, la Physique serait la Science première. Mais s'il existe une substance immobile, la science de cette substance doit être antérieure et doit être la Philosophie première ... Et ce sera à elle de considérer l'être en tant qu'être, c'est-à-dire à la fois son essence et les attributs qui lui appartiennent en tant qu'être  » 2 .   Lorsque Saint Thomas commente, le moment venu, ce passage, et confirme que la Physique  serait bien la science première s’il n’existait d’autres substances que les substances naturelles, il y a déjà fait allusion par deux fois auparavant . Tout d’abord 1   Théologie et métaphysique de la création chez saint Thomas d’Aquin . J. M. Vernier - Ed. Tequi 1995 2  Aristote, Métaphysique , Livre Ε , ch. 1, 1026a58  –  Trad. Tricot, éd. VRIN 1953 (légèrement modifiée).   Dieu, pensée de la pensée ©  Grand Portail Thomas d’Aquin  2 www.thomas-d-aquin.com au début de l’étude historique de la pensée des devanciers d’Aristote  : « Pour les anciens, qui ne reconnurent d’autres substances que corporelles et mobiles, la  philosophie première devait, en effet, être la science de la nature  » 3 . Ensuite, parmi les questions à se poser au sujet de la substance : « Si par contre, il n’existait pas de substances antérieures aux substances mobiles corporelles, la science de la nature serait la philosophie première  » 4 . Ainsi donc, la nécessité d’une science au -dessus de la Physique   ne s’imposait pas au départ, lors que l’existence de substances supérieures aux êtres présents dans l’Univers n’était pas évidente de soi.  Ceci doit nous éclairer sur les intentions des premiers physiciens grecs évoqués par Aristote . Il s’agissait bien pour eux d’ét udier “l’être en tant qu’être” des êtres naturels en recherchant le ou les principes communs à tout être. Dans l’hypothèse  où, en effet, n’existe pas d’autre substance que celles formées par la nature, s’interroger sur l’être naturel en tant que meuble et sur son ou ses principes , c’est exactement s’interroger sur l’être en tant qu’être  : « Si donc les anciens qui cherchaient les éléments des êtres cherchaient, en  fait, les principes absolument premiers, ces éléments qu'ils cherchaient étaient nécessairement aussi les éléments de l'être en tant qu'être » 5 . C’est pourquoi le Philosophe rejoue toute l’histoire de la pensée des premiers physiciens au début de ses  Leçons sur la Nature 6 . Il se met dans l’état d’esprit de ses prédécesseurs, afin de porter leur démarche à son complet développement. Ce qui nous a conduit à qualifier le Livre I de “Proto -méta- physique”, en un sens, reconnaissons-le, volontairement paradoxal 7 . Dans cet ouvrage, Aristote s’interroge sur ce qu’est la nature  (Livres 1 et 2), sur le mouvement (Livre 3), ses circonstances et ses espèces (Livres 4 et 5), et surtout sa continuité spatio-temporelle (Livre 6). L’ ensemble lui permet de conclure à la présence d’un être aux caractéristiques opposées à celle des corps physiques  : immuable, inengendré et incorruptible, immatériel et imperceptible, sans cause ni quantité ni limite, et pourtant responsable de l’être et du mouvement de tout ce qui existe et bouge dans le monde (Livres 7 et 8). Voilà donc l’acquis essentiel du traité   : on a démontré l’existence d’un “ premier moteur ” cause d’être et de mouvement des réalités naturelles. Deux remarques à ce sujet : 1°- L a cause d’être est indissociable de celle de mouvement, car c’est le mouvement qui conduit à l’être  (génération) , qui maintient dans l’être et qui 3   Commentaire de la Métaphysique d’Aristote   L. I, l. 4, n° 78. 4   Commentaire de la Métaphysique d’Aristote  L. III, l. 6, n° 398. 5  Aristote, Métaphysique , Livre Γ , ch. 1, 1003a20-30  –  Trad. Tricot, éd. VRIN 1953 (légèrement modifiée). 6  Autre titre pour les Physiques. 7   Voir notre “Guide de lecture de la Physique ”, p 11  : http://www.thomas-aquin.net/Pages/EntreeMenuCadre.html.    Dieu, pensée de la pensée ©  Grand Portail Thomas d’Aquin  3 www.thomas-d-aquin.com détruit l’être  (corruption) des êtres naturels. En supprimant le mouvement dans l’Univers, on supprime également toute existence.  2°- La traduction de “Primum movens” en “ premier moteur ” est traditionnelle. Elle peut pourtant induire en erreur. Movens  est un participe présent indiquant une action en train de se dérouler effectivement, tandis que moteur   ne désigne qu’une faculté de mouvoir, qui n’est pas nécessairement à la tâche en permanence. Il faudrait traduire par “Pre mier perpétuellement en train de mouvoir ”. Nous verrons, en étudiant l’acte et la puissance en Dieu, combien cette précision était nécessaire. Mais revenons à notre conclusion : la preuve de l’existence d’un être séparé, moteur immobile, est le résultat d’ une démarche purement naturelle, et aucunement métaphysique (il faut y insister). Certes, nous retrouvons cette démonstration au Livre Λ  de la Métaphysique , d’ailleurs dans une rédaction un peu différente. Mais c’est un rappel qu’Aristote  juge nécessaire, ainsi que plusieurs autres acquis des sciences naturelles considérés comme préparatoires au développement de la Métaphysique . Ayant donc résolu la question “an est  ?  –  existe-t-il un premier moteur ?” , le Philosophe devrait, en bonne logique, aborder la question “quid est  ?  –  quel est-il ?, quelle est son identité ? ” Or, en respectant les principes de sa science, il ne parvient qu’ aux qualificatifs négatifs que nous venons d’énumérer   : “Im - muable”, “in -eng endré”, “in -etc. ” , sans aboutir à la formulation d ’ une essence positive de cet être en lui-même 8 . Même dans l’expression “ premier moteur ” , “ premier ”  est le résultat négatif d’une réduction à l’absurde prouvant l’impossibilité d’une chaîne infinie de moteurs, et “moteur”   ou “mouvant”  a, certes, un sens positif, mais qui ne désigne cependant pas une identité substantielle ; il indique plutôt le rapport à un mobile, donc une relation fondée sur l’action . Un tel résultat, pour important qu’il soit , ne saurait, par conséquent, satisfaire pleinement un esprit avide de connaître la nature des causes ultimes. Bien au contraire, il le provoque à rechercher d’ autres voies permettant d’aller plus loin dans le savoir. Puisqu e nous venons de découvrir qu’ existe, au-delà des êtres naturels présents dans l’Univers, un autre être , non-naturel  –  ce que Les   Physiques  viennent de démontrer en toute certitude  –  quel pourrait être le point de ralliement entre eux, qui permette de s’appuyer sur la connaissance des premiers pour exprimer positivement la nature de ce dernier, autant que possible ? Seule la réponse à cette question permet d’esp érer avancer dans la connaissance des êtres séparés , puisque nous n’avons d’eux aucune perception spirituelle directe 9 . 8   C’est pourquoi saint Thomas écrit en introduction à son commentaire du 8 e  livre des Physiques : in hoc libro intendit inquirere “  qualis ”   sit primus motor   ( il entend rechercher de quelle qualité est ce premier moteur  ) et non pas : inquirere   “ quid ”   sit primus motor   ( rechercher quelle est l’identité  de ce premier moteur  ). Nous ne parvenons qu’à certaines qualifications du premier moteur, mais nullement à un “quid”, c’est -à-dire à une essence. 9   Pour la raison que nous verrons en fin d’article.     Dieu, pensée de la pensée ©  Grand Portail Thomas d’Aquin  4 www.thomas-d-aquin.com Or, tous  –  les êtres naturels comme les êtres séparés  –  partagent le fait d’être des êtres. Le fait d’être un être est donc un critère discriminant premier . Ce qui n’est pas, en effet, est pur néant et ne peut donner lieu à aucune connaissance. C’est donc ce trait commun d’être un être qu’il faut interroger . Nous ne pouvons le faire qu’ à partir des êtres naturels, parce qu’eux seuls  sont accessibles à l’ intelligence humaine. Nous en inférerons les caractères compatibles avec cet être inaccessible en direct en respectant les critères déjà acquis par les Physiques  : immatérialité, simplicité, etc. C’est du moi ns ce que voudra tenter la quête métaphysique de “l’être en qualité d’être”  : « Tel est l’ordre qui convient   : les réalités sensibles en mouvement nous sont davantage accessibles, et c’est par elles que nous nous hisserons à la connaissance de la substance des êtres immobiles 10  » 11 . C’est  la base de tout le raisonnement métaphysique. À partir de chaque détermination de l’être sensible, Aristote établit une analogie de proportionnalité qui infère cette caractéristique à l’être séparé, en l’élagu ant de tous les aspects liés à la matière, au mouvement et à la composition. C’est une des explications de ce curieux livre K ainsi que du début du livre Λ  de la Métaphysique  (les deux semblent former un tout), qui font doublon avec plusieurs passages de la Métaphysique  et des Physiques . Ils récapitulent en fait tous les acquis concernant les êtres naturels pour les préparer à leur exploitation au service de la connaissance des substances séparées. 2°- La Métaphysique, science de l’être en qualité d’être   « Il y a une science qui étudie l'être en tant qu'être, et les attributs qui lui appartiennent essentiellement …  Et puisque nous recherchons les principes  premiers et les causes les plus élevées, il est évident qu'il existe nécessairement quelque réalité à laquelle ces principes et ces causes appartiennen t en vertu de sa nature propre … C'est pourquoi nous devons, nous aussi, appréhender les causes premières de l'être en tant qu'être » 12 . À l’orée de sa démarche métaphysique, Aristote rappelle donc les conclusions que nous venons d’énoncer. Il précise le sujet de cette science   : “l’être en qualité d’être”, annonçant à la fois son sujet matériel et son sujet formel. Le sujet matériel est celui qui circonscrit le domaine d’étude  de notre science première : “l’être”  ; tous les êtres, autrement dit, et n’importe quel  être sont susceptibles d’être sujets de notre étude. Le sujet formel, quant à lui, donne l’angle d’attaque de cette étude : “en qualité d’être”, c’est -à-dire sous le simple aspect où ces êtres “sont”, peu importe ce qu’ils sont  ni comment ils sont. Le fait d’être est raison suffisante de l’appartenance au champ d’investigation de la métaphysique. Le 10   Commentaire de la Métaphysique d’Aristote  L. IX, l. 1, n° 1771. 11   Preuve, s’il en était besoin, de l’inanité d’entamer une démarche métaphysique sans la pleine maîtrise de la physique. 12  Aristote, Métaphysique , Livre Γ , ch. 1, 1003a20-30  –  Trad. Tricot, éd. VRIN 1953 (légèrement modifiée).
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