2017 — «Recension de : Eckhard Klenkler, Robert Dreikluft, Mark Milburn & Z. Jiang 2016. Sahara. Material culture of early communities.» Les Cahiers de l’AARS 19: 295-297. [avec Robert Vernet]

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2017 — «Recension de : Eckhard Klenkler, Robert Dreikluft, Mark Milburn & Z. Jiang 2016. Sahara. Material culture of early communities.» Les Cahiers de l’AARS 19: 295-297. [avec Robert Vernet]

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  295 Cahiers de l’AARS — n° 19 (2016-2017), p. 283-298. Eckhard K LENKLER , Robert D REIKLUFT , Mark M ILBURN   & Z. J IANG  2016. Sahara.  Material culture of early communities , publié sans indication de lieu ni d’éditeur, 453 p., dont 345 de photographies. Cet épais et très cher volume (98 € port com-pris) n’est pas un ouvrage d’archéologie préhisto-rique saharienne. C’est un ensemble de textes brefs (moins de cent pages au total) pour la plupart déjà anciens, comme le montre la bibliographie (à l’ex-ception de l’article sur les monuments funéraires de M. Milburn), avec des photographies d’objets déjà présentés dans les deux ouvrages précédents de Klenkler. Cette nouvelle édition inclut quelques objets nouveaux, tous remarquablement photogra-phiés et disposés d’une manière qui est tout sauf scientique. En effet, le choix des pièces illustrées au long des 345 pages de photographies est délibé-rément esthétique, et ce n’est certes pas par hasard que les présentations de têtes de èches disposées « en panoplie » sont exactement celles qu’adop-taient les collectionneurs du XIX e  siècle. Cela seul sufrait à rendre l’ouvrage détestable, mais le parti pris de ne fournir aucune localisation, aucun contexte, aucune échelle, aucune explication un tant soit peu scientique achève de le déconsidérer. Les auteurs insistent sur le fait qu’il ne s’agirait pas de pillage, mais au contraire de mise à l’abri d’ob- jets d’art appartenant au patrimoine de l’Humanité — selon la vieille rengaine des collectionneurs qui souhaitent à la fois rester anonymes dans leurs prélèvements illégaux et pouvoir admirer leurs col-lections derrière un épais mur de discrétion. Cette fois, E. Klenkler a le front d’ajouter à ces balivernes l’afrmation selon laquelle la provenance des objets ne serait pas indiquée, dans le seul but de protéger des zones archéologiques intéressantes ! Ainsi, l’organisateur de ce livre, qui présente le résultat de plusieurs décennies de pillage systématique des sites archéologiques sahariens, souhaiterait se refaire une virginité en présentant cet ouvrage comme un rempart contre les pilleurs de patrimoine ! Comment tenir un tel dis-cours quand, parmi les objets présentés, gurent des gravures rupestres (p. 338-341) qui ont nécessai-rement été prélevées sur des sites ainsi dégurés à  jamais ? On n’insistera pas sur les principaux points :— les fameuses « early communities » du titre ne sont à peu près  jamais dénies, qu’il s’agisse de géographie, de culture, de technologie ou de chronologie. Elles ne sont pas davantage comparées entre elles, et la plupart des objets pré-sentés ne sont attribués à aucune d’elles ;— certains thèmes semblent n’être là que pour la beauté des pièces : c’est le cas des harpons en os. Ils viennent probablement de l’Azawad, au Mali, mais on n’en saura pas plus. Il en est de même pour les nombreuses pièces ténéréennes ; — la ridicule xation sur les chameaux-  jouets, dont on sait l’âge très récent et qui ne sont certainement pas des « prehistoric artifacts » ;— la quantité de perles et autres pièces de parure, dont nombre ne sont pas néolithiques : il suft, pour s’en convaincre, de regarder leurs lumières cylindriques et non bitronconiques ; — l’absence des travaux scientiques récents, bien lisible à travers la bibliographie, qui n’a pas été mise à jour depuis la dernière édition des textes réimprimés ici, parue en 2003 ;— la répartition géographique des pièces, qui témoigne d’un attrait irrésistible pour les ensembles culturels les plus spectaculaires, autant  296  Notes de lecture Cahiers de l’AARS — n° 19 (2016-2017), p. 283-298.qu’on puisse en juger d’après les objets plus ou moins localisables, qui représentent moins d’un tiers du total : la culture de Tichitt (170 objets), le Tilemsi (120) le Ténéréen (105), le reste provenant d’un peu partout. Cette géographie montre surtout les zones les plus accessibles et les plus riches…On n’insistera pas non plus sur le fait que la presque totalité des pièces provient de récoltes illé-gales que rien ne peut excuser, pas même les justi- cations larmoyantes et le rejet de la responsabilité sur les autorités locales, exprimés tout au long de la page 11… Après tout, il est bien écrit page 401 que les têtes de èches de la p. 117 furent « vendues à un collectionneur local d’In Saleh » !De nombreuses pages sont consacrées à des mises en ordre typologiques. Ainsi, tout un cha-pitre de l’ouvrage, signé de Robert Dreikluft, livre « a systematic overview  » sur les têtes de èches néolithiques du Sahara, sans même citer la clas- sication qu’avait déjà établie Henri-Jean Hugot (Hugot 1991), et encore moins les travaux récents sur l’aréologie de divers types (Vernet 2014). Il est afrmé en préambule que « la distribution des pièces néolithiques varie fortement », mais l’on n’en saura pas plus, car la provenance des types identiés n’est jamais indiquée, le tout ne s’accom -pagnant d’aucune carte de répartition. Ce type de classication ne présente donc strictement aucun intérêt… sauf pour les acheteurs de pointes de èches qui se demandent comment ordonner leurs acquisitions dans leurs vitrines. Il en est de même pour la typologie des harpons (p. 403).Un autre chapitre, signé de Mark Milburn, dont on se demande bien ce qu’il est venu faire dans cette entreprise, présente une typologie des monu-ments lithiques sahariens, mais la catégorie dite «  Mounds with scale  », dont l’aire de répartition est présentée sur la carte de la p. 440, n’y gure pas. Il est sidérant de constater que sa bibliographie omet les travaux les plus signicatifs de ces der -nières années, en particulier la publication, extrê-mement importante, des dates obtenues sur un type particulier de constructions propres au Mesāk : les « monuments en corbeille » (di Lernia & Gallinaro 2010)… si bien que ce type est même absent de la liste donnée par l’auteur, tout comme, du reste, les « monuments en L » (Gauthier & Gauthier 2002) ! De plus, les études aréologiques et typologiques publiées par Yves et Christine Gauthier (Gauthier, Gauthier, Nöther, et al. 1997 ; Gauthier & Gauthier 1998 ; 2003a et b ; 2004b ; 2005 ; 2006 ; 2007 ; 2008a, b et c ; 2009a) sont purement et simplement négligées, et n’apparaissent pas dans la bibliogra-phie — « oubli » d’autant moins pardonnable que celle-ci court jusqu’en 2015. Même pour traiter de l’orientation (astrale ou non) des monuments, des publications capitales sur ce sujet, et dont l’auteur ne peut ignorer l’existence, sont tout autant « oubliées » (notamment Gauthier & Gauthier 1999, 2000, 2003a, 2009b). Cela est d’autant plus insup-portable que, p. 441, sont par contre multipliées les références (inutiles ici) à des recherches com-parables effectuées en dehors du Sahara (Jordanie, Syrie, Arabie…). Il est certes tout à fait légitime de ne pas être d’accord avec les conclusions d’autres auteurs, mais ignorer l’ensemble de leurs travaux quand ils sont essentiels est inacceptable. Le résul-tat est que les lecteurs anglophones peu au fait de la bibliographie spécialisée croiront lire, dans ce chapitre, une synthèse des connaissances actuelles alors qu’il s’agit d’une compilation datée et incom-plète, parfaitement vaine. On pourrait citer bien d’autres insufsances, contrevérités, approximations et rapprochements indus accumulés dans ce livre. Ainsi, p. 397, est-il ridicule de présenter la typologie des bifaces de R. Feustel comme si c’était la seule digne d’être recommandée. Parmi les fautes injustiables, rappelons que l’un de nous avait déjà signalé, lors d’une première parution des textes ici ré-édités, que « les Atériens ne sont pas des Néandertaliens, mais des Homo sapiens sapiens » (Vernet 1988), et pourtant les auteurs répètent aujourd’hui que « the men of the Maghrebi "Mousterian" possibly were a  Neandertal type » et que « based on our existing knowledge, we can assume with some certitude that the hunters and the gatherers of the Aterian culture were Neandertal men that arrived in the Sahara around 40,000 years B.C.E  . » (p. 18). De même, les auteurs ont conservé leurs développe-ments sur le Néolithique de tradition capsienne et le prétendu « Sahara-Sudanese Neolithic  », pour-tant déjà obsolètes lors de leur première publication en 1986 ! Du reste les attributions chronologiques ne sont jamais justiées, à l’instar de gravures rupestres dont les auteurs seraient « les Capsiens et leurs successeurs » (p. 427). D’autres objets, comme les sculptures d’oiseaux (?) de la page 334, sont par contre considérés comme « post-néoli-   Notes de lecture 297 Cahiers de l’AARS — n° 19 (2016-2017), p. 283-298.thiques », sur la base de critères qui ne sont pas davantage explicités (p. 427).Pas une ligne n’est consacrée aux importantes avancées des études paléoclimatologiques des dix dernières années. Les périodes récentes sont pré-sentées sous le paradigme colonial des «  fair skin- ned warriors and their conlicts with the autoch -tonous negroid herdsmen of the Sahara  » (p. 25). Quand, de plus, on lit, quelques lignes plus loin, que « the modes of representation as well as the  perspectives of most paintings or chariot engra-vings indicate with a rather large degree of certi-tude that their creators were negroid   », on ne peut qu’être atterré.Mais le plus grand scandale de cet ouvrage est à coup sûr la série d’œufs d’autruche gravés des pages 226 à 239, la plus spectaculaire jamais présentée pour le Sahara préhistorique. Des collectionneurs décrits comme « the foremost experts  » sur le sujet, mais qui veulent garder l’anonymat ; des reconsti-tutions exceptionnelles ; aucune localisation réelle (« western Sahara »), ni contexte archéologique, ni datation. Ceci est d’autant plus regrettable que ces œufs sont ornés d’extraordinaires gravures évo-quant deux types de faune : l’une terrestre et tropi-cale, l’autre marine, qu’on ne s’attendrait pas à voir ainsi rapprochées. Le pire est que tous ces tracés ont subi un surlignage général au stylo à bille, au crayon ou au feutre de couleur… que les auteurs tentent de faire passer pour des restes de pigments anciens ! Sans vergogne, sans le moindre regard critique sur ce qui est présenté ! Au nal, cet ouvrage s’apparente à un cata -logue de salle de vente sur lequel on aurait omis d’indiquer les prix. La passion typologique dont il témoigne est typique des collectionneurs igno-rant tout du contexte culturel des objets qu’ils ont amassés, mais qui veulent néanmoins les classer. En réalité, ce livre s’apparente à un genre hélas devenu fréquent en Amérique du Nord : les pseudo-manuels de référence destinés aux collectionneurs qui occupent leurs loisirs à chercher des artefacts sur des sites archéologiques ou à les acheter sur Internet (Hothem 1983, Anderson 2012, Coleman 2016). Certains de ces livres sont auto-édités, à l’exemple ce celui intitulé Flint Artifacts of North Africa, qui présente la collection de têtes de èches sahariennes de l’auteur (Greenwell 2005), avec une typologie tout aussi vaine que celle présentée par l’ouvrage qui vient d’être recensé. On regrette de devoir constater que d’autres ouvrages de ce genre sont de véritables best-sellers, sans cesse réim-primés et dont le tirage dépasse les 50.000 exem-plaires (Yeager 2016).Robert Vernet & Jean-Loïc Le Quellec Bibliographie A NDERSON  Tim 2012.  Arrowheads : A Beginner's Guide. CreateSpace, 334 p. C OLEMAN  Bill 2016. Yes, You Can Find Arrowheads !  CreateSpace, 30 p.Savino DI  L ERNIA  & Marina G ALLINARO  2010. « The date and context of Neolithic rock art in the Sahara : engravings and ceremonial monuments from Messak Settafet (south-west Libya). »  Antiquity 84(326) : 954-975. G AUTHIER  Yves 2003. « Trilithes et spéculations. »  La  Lettre de l'A.A.R.S.  24 : 22-23. — 2009. « Nouvelles réexions sur les aires de distri -bution au Sahara central. »  Les Cahiers de l'AARS 13 : 121-134.— 2009b. « Orientation and Distribution of Various Dry Stone Monuments of the Sahara. »  In  José Alberto Rubiño-Martín, J A Belmonte, F Prada, & A Alberti (éds.), Cosmology across Cultures. Proceedings of a workshop held at Parque de las Ciencias, Granada, Spain, 8-12 September 2008 . San Franciso [CA] : Astronomical Society of the Pacic Conference series 409, 317-330. G AUTHIER  Yves & Christine G AUTHIER  2003. « Orientation of some dry stone monuments : 'V shape' monuments and 'goulets' of the immidir moutains (algeria). »  In Calendars, Symbols and Orientations : Legacies of  Astronomy in Culture. Proceedings of the 9th annual meeting of the European Society for Astronomy in Culture (SEAC), Stockholm, 27-30 August 2001 . Uppsala, 143-151— 2003. « Monuments à alignements de petites tours de l'Immidir (Algérie). »  Almogaren  34 : 47-77.— 1998. « Quelques monuments du Messak (Fezzân, Libye). »  Sahara  10 : 134-136.— 1999. « Orientation et distribution de divers types de monuments lithiques du Messak et des régions voi-sines (Fezzân, Libye). » Sahara  11 : 97-108.— 2000. « Orientation et distribution de divers types de monuments lithiques du Messak et des régions voi-sines (Fezzân, Libye). » Sahara  11 : 87-108.— 2002. « Monuments à antenne en "L" ou apparentés — une srcinalité du Fezzân ?Architecture, orienta-tion et distribution. » Sahara  13 : 136-147.— 2003. « Chronologie relative de trois types de monu-ments de l'Immidir : monuments à antennes en "V", goulets et monuments en "trou de serrure". » Sahara 14 : 135-145. — 2004. « Réexions autour des monuments en "U" du sud-ouest du Fezzân (Libye). » Sahara  15 : 137-150.— 2004. « Un exemple de relations monuments - art rupestre : "corbeilles" et grands cercles de pierres du Messak (Libye).. »  Les Cahiers de l'AARS   9 : 45-63, pl. K-N.— 2005. « Monuments à alignement du Sahara occi-dental et leur place dans le contexte saharien. »  Almogaren  36 : 147-190.— 2006. « Monuments en trou de serrure et art rupestre : sur la distribution du groupe d'Iheren-Tahilahi /  298  Notes de lecture Cahiers de l’AARS — n° 19 (2016-2017), p. 283-298. Wan-n-Amil et ses relations avec les autres groupes culturels. »  In  Yves Gauthier, Jean-Loïc Le Quellec, & Roberta Simonis (éds.),  Hic sunt leones. Mélanges sahariens en l'honneur d'Alfred Muzzolini .  Les Cahiers de l'AARS   10 : 79-110.— 2007. « Monuments funéraires sahariens et aires culturelles. »  Les Cahiers de l'AARS   11 : 65-78.— 2008. « Art rupestre, monuments funéraires et aires culturelles : nouveaux documents concernant le Messak, le sud-est du Fezzân et l’Oued Djerat. »  Les Cahiers de l'AAR S 12 : 89-104.— 2008. « À propos des monuments à alignements du Sahara. »  Almogaren  39 : 27-88.— 2008. « Monuments en trou de serrure, monuments à alignement, monuments en "V" et croissants : contri-bution à l'étude des populations sahariennes. »  Les Cahiers de l'AARS 12 : 105-124. G AUTHIER  Yves & Christine, Werner N ÖTHER  & Pascal L LUCH  1997. « Monuments de l'Immidir (Algérie). » Sahara 9 : 143-148. G REENWELL  Dave 2005. Flint Artifacts of North Africa.  Author, 142 p. H OTHEM  Lar 1983.  Arrowheads And Projectile Points . Collector Books (Identication & Values) : 223 p. H UGOT  Henri-Jean 1991.  Essai sur les armatures de  pointes de lèches du Sahara.  Calvisson : Editions Gandini, 154 p. V ERNET  Robert 1988. « Compte rendu de C.E. Klenkler, 1986. Sahara. Objets préhistoriques. Dodo Publications, Genève et P. Dumas, BP 126, F-46003 Cahors. 172 pages, 98 photographies.. » Sahara  1 : 108.— 2014. « Les marges préhistoriques du nord-est de la Mauritanie : le Tiris et le Zemmour. »  Les Cahiers de l'AARS 17   : 209-247. Y EAGER , C.G. 2016.  Arrowheads and Stone Artifacts, Third Edition : A Practical Guide for the Amateur  Archaeologist.  Portland : WestWinds Press (The Pruett Serie), 236 p.
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