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Accueil Revue trimestrielle > Juin 2019 Numéro 191 L’adoption Numéro 191 sous le regard social Entretien avec Jeanne Herry > 8 Correspondants ERF : modestement mais avec conviction > 53 ISSN : 0750-361X 11 E Une ligne d’écoute nationale à votre disposition Nouveau numéro 01 40 05 57 79 Permanences le mercredi de 20 h 30 à 22 h 30 et le jeudi de 14 h 00 à 17 h 00 Qui sommes-nous ? Pourquoi ? Pour qui ? Des professionnels, Vous souhaitez parler Parents adoptifs, adoptés, parents adoptifs, membres de vos difficultés et de votre personnes concernées d’Enfance & Familles quotidien, dans l’anonymat par l’adoption, personnes-relais d’Adoption formés à l’écoute. et la confidentialité. auprès des familles. Pour toute autre question relative à l’adoption, n’hésitez pas à contacter l’association Enfance & Familles d’Adoption de votre département dont vous trouverez les coordonnées sur le site Internet www.adoptionefa.org ou en téléphonant à la fédération au 01 40 05 57 70 Crédits photographiques et illustrations Couvertures, p. 3, 6, 12, 17, 20, 29 et 30 : © Geneviève Miral / p. 3, 8, 10 et 11 : © Trésor Films-Chi-Fou-Mi productions p. 4 : © Jean-François Deroubaix / p. 5 et 6 : © Shutterstock / p. 5, 6, 7, 13, 24, 34, 40 et 42 : pixabay p. 9, 46 et 48 : © Nathalie Parent / p. 19, 27, 28 et 39 : © CLAIRE-IT / p. 33 : © R. Greuillet et C. Brunelle La rédaction remercie tout particulièrement Claire dont les illustrations apportent un peu d’humour et de légèreté à ce dossier. Vous pouvez la retrouver sur Instragram (claire it ), sur Facebook (claire-it) et sur son site : <http://claire-it.fr> Ce numéro a été tiré à 6 300 exemplaires. ACCUEIL – revue trimestrielle – ENFANCE & FAMILLES D’ADOPTION – 221 rue La Fayette – 75010 PARIS. Tél. : 01 40 05 57 70 – Site Internet : <www.adoptionefa.org> Directrice de la publication : Nathalie Parent – Rédactrice en chef : Geneviève Miral. Comité de rédaction : Nadine Fontaine, Frédérique Le Floch, Béatrice de Pommereau. Secrétariat de rédaction : Frédérique Le Floch – Conception maquette : Geneviève Miral, Jacques Chabot – Maquette : Geneviève Miral Routage : Hervé Bullier – Imprimerie : Chevillon imprimeur, 26 boulevard Kennedy – 89100 SENS Dépôt légal : JUIN 2019 – Commission paritaire N° 0622 G 82257. Fédération Enfance & Familles d’Adoption – La Fédération est reconnue d’utilité publique par décret du 5 novembre 1984. La reproduction d’articles ou de témoignages extraits de ce numéro est soumise à l’accord préalable d’Enfance & Familles d’Adoption. > Sommaire n° 191 3 éditorial – Nathalie Parent 5 Actus 8 Entretien avec… Jeanne Herry, Nathalie Parent et Sandrine Dekens DOSSIER L’adoption sous le regard social 12 12 Vous m’avez bien regardé ? – Nadine Fontaine, Geneviève Miral et Béatrice de Pommereau 13 Sous les feux des projecteurs – Blandine Hamon, Geneviève Miral et Françoise Toletti 16 C ’est votre faute aussi ! – Anne Orenstein 17 Dire ou ne pas dire ? – Françoise Toletti 20 Parent adoptif, parent compétent ? – Témoignage 23 Vous êtes sûrs ? – Témoignage 24 Former des apprentis chevaliers de la relation – Pierre Alexandre Morales 29 De la colère à l’indifférence – Témoignage 30 Comprendre le mécanisme de la honte pour mieux l’accueillir – Manibhadri 34 Discriminations et micro-agressions – Laurie Miller 39 Quand on me demande d’où je viens – Témoignage 40 Le top 10 des clichés entendus sur mon adoption – Marjorie 42 Contes, mythes et littérature jeunesse – Claire Tridon 44 Protection ou surprotection ? – Témoignage 45 Pour aller plus loin rubriques 46 À l’international : Mission EFA en Roumanie 46 Odile Baubin, Nathalie Parent et Sylvine Venetz 50 V ie de famille : Le Takattak, un jeu pour affûter son esprit de répartie Geneviève Miral 53 E n France : Correspondants ERF, modestement mais avec conviction ! Sandrine et Jean-Louis Vercasson lire, écouter, voir 56 Accueil n° 191 3 > éditorial Adoptions illégales, dérives, malversations : que faire ? Les adoptions illégales résultent d’abus tels que l’enlèvement, la vente, la traite et autres actes illégaux ou illicites commis envers un enfant. Ces adoptions doivent être interdites et réprimées en tant que telles. On ne connaît ni leur nombre ni leur étendue d’autant qu’elles prennent souvent toutes les apparences de la légalité puisque les enfants ont des docu- ments d’adoption officiels. Les procédés les plus courants restent les enlè- vements de nourrissons, les faux consentements des parents, les profits matériels indus et la falsification de documents : acte de naissance, cer- tificats médicaux, pièce d’identité de la mère de naissance, consentement à l’adoption. Ces trafics se développent la plupart du temps dans des pays où les systèmes de protection de l’enfance sont fragiles et insuffisants, voire inexistants, et impliquent le plus souvent des agents de l’État. Peu de responsables ou de réseaux criminels sont traduits en justice pour des activités illicites associées à l’adoption laissant planer ainsi une sorte d’impunité. Les différentes parties ne dénoncent que très rarement ces illégalités présumées, par peur des répercussions éventuelles. Les parents biologiques seraient les plus à même de le faire mais ils craignent souvent les conséquences d’une telle dénoncia- tion et ne connaissent pas forcément les voies de recours possibles ou n’y ont pas accès. Depuis 2016, un groupe de travail se réunit à La Haye1 pour mettre en place des mesures de préven- tion et de lutte contre ces pratiques, dans le cadre de la Convention de 1993. Mais que faire lorsque ces dérives ou ces pratiques illicites sont découvertes plus de trente ans après les faits, alors même que certains protagonistes ont disparu ? C’est le cas pour un certain nombre d’adoptions réalisées entre 1980 et 1990 au Sri Lanka et dénoncées dans un récent documentaire au titre racoleur : Les enfants vendus du Sri Lanka (diffusé sur France 2 en mai). Les victimes directes de ces adoptions illégales sont bien évidement les parents de naissance et les personnes adoptées mais aussi les adoptants qui, dans leur grande majorité, ignoraient l’existence d’un tel trafic et avaient suivi scrupuleusement les procédures en place tant dans leur pays de résidence que dans le pays d’origine de l’enfant. En ne leur donnant pas la parole, ce documentaire les enferme dans un rôle de coupables – au même titre que les trafiquants – alors qu’ils sont également victimes. Que faire aujourd’hui face à ce scandale ? Comme le préconisent l’Onu, la conférence de La Haye et le Service social international, les États doivent veiller à ce que les victimes obtiennent réparation en mettant en place des voies de recours et en fournissant un appui aux personnes adoptées qui recherchent leurs origines. Les pays d’origine et d’accueil ont la responsabilité conjointe d’assurer aux victimes d’adoptions illégales à grande échelle le droit à la vérité, à la justice et à la réparation. Les États doivent également reconnaître leur responsabilité. C’est ce qu’adoptés et adoptants attendent aujourd’hui de la France. Nathalie PARENT Présidente d’Enfance & Familles d’Adoption Membre du Conseil national pour l’accès aux origines personnelles Membre du Conseil national de la protection de l’enfance 1 onclusions et recommandations du groupe de travail sur la prévention des pratiques illicites en matière C d’adoption internationale et la manière d’y remédier, mai 2019. Accessible sur : <www.hcch.net> 4 Accueil n° 191 > Entretien croisé : Jeanne Herry, Nathalie Parent et Sandrine Dekens En octobre 2018, la réalisatrice du film Pupille, Jeanne Herry, a rencontré Nathalie Parent, présidente d’Enfance & Familles d’Adoption (EFA) et Sandrine Dekens, psychologue et coordinatrice du service Enfants en recherche de famille (ERF). L’occasion d’aborder ensemble les thématiques universelles qui infusent Pupille et qui tissent des liens étroits entre fiction et réalité. Sandrine Dekens : Tout d’abord, nous tenions à vous dire combien nous avons aimé votre film. Les pro- fessionnels vont vraiment apprendre de Pupille. Quand nous l’avons vu avec Nathalie Parent, nous nous sommes tout de suite demandé qui étaient vos informateurs, tant le film est réaliste et juste. Cela nous a énormément surprises, en bien ! Ce qui est fort, justement, c’est que le film montre ce parcours de l’adoption de façon universelle ! Une maman seule, qui adopte seule, c’est simple, puissant, et ça l’est tellement que ça touche à l’universel. Jeanne Herry : Ce que je voulais, c’était avant tout raconter la rencontre de deux personnes. Je ne voulais pas faire une chronique sur l’adoption mais raconter la rencontre de deux personnes. L’équation me parais- sait très pure et les manques sont comblés après cette équation. SD : Le film est stupéfiant du point de vue technique. Il n’y a pas d’erreurs, il y a des choix qui sont faits. Je pense notamment à celui d’avoir changé le prénom du bébé : le milieu de l’adoption est un milieu traversé de controverses, il cristallise beaucoup de débats. Et dans ce contexte, c’est important de produire de la discussion. C’est précisément ce que fait votre film. JH : Si je reviens sur le choix de changer le prénom du bébé, je comprends qu’il y ait des débats autour de cela, mais pour moi, dans le film, c’était une façon de connecter à cet endroit-là, très chargé en sens et en symboles, la mère et son enfant. Quand j’y pense, c’est un film sur la mère, sur la rupture avec la mère même. Dans mon premier film, on peut dire que j’ai tué mon père, et, dans celui-ci, je romps avec ma mère (rires). 8 Accueil n° 191 > Dossier Vous m’avez bien regardé ? Il semble que, dans les familles adoptives, personne n’échappe au regard inquisiteur ou étonné, au regard appuyé – juste un peu trop, mais juste là où cela fait mal. Pourquoi ? Comment ? Est-ce de notre faute ? interroge Anne Orenstein dans un billet d’humeur que chaque parent, qui se reconnaîtra à coup sûr, lira avec régal ! La famille adoptive se prendrait-elle pour le centre du monde, qui aimante les regards ? Pas vraiment ! Même si la joie est parfois si forte que des parents sont fiers de se sentir point de mire. Je me dis qu’on nous regarde parce que nous sommes heureux et que [mes enfants] sont beaux, et ça me va bien, dit une mère avec une pointe d’humour. Bref, parents et enfants adoptifs bousculent, interpellent : la veuve et l’orphelin – et plus encore l’enfant abandonné – passionnent depuis toujours le commun des mortels. Sans doute aussi dérangent-ils ce commun des mortels : l’abandon et la mort sont des peurs archaïques inscrites au cœur de tout homme ; la filiation sans liens du sang semble inconcevable pour beaucoup ; enfin, la dif- férence physique entre parents et enfants peut venir bousculer des personnes qui ont besoin, elles, de se reconnaître dans leur enfant… Alors, entre zooms dans la presse et focus sur leur famille, parents comme enfants adoptifs ont à naviguer dans des eaux parfois bien agitées, parfois troubles, et qui ont de quoi les faire bouillonner de colère ! Le dossier de ce numéro d’Accueil va permettre aux parents et aux adoptés de réaliser que tous vivent sous la « loupe » du regard social, car chacun se retrouvera dans les témoignages présentés. Merci à ceux qui les ont transmis, pour ce « partage de vie » si précieux, car savoir que l’on n’est pas seul à vivre cette pression rend moins vulnérable vis-à-vis d’attitudes parfois incompréhensibles. Les parents prennent conscience qu’ils doivent se protéger, faire face aux injonctions ou micro-agressions, et que cela s’apprend avec le temps mais d’autant mieux qu’ils savent décrypter les regards, les jugements ou les attitudes blessantes. Se protéger mais surtout aider leurs enfants à se protéger, car eux seront en première ligne, sous les regards « limites » qui contribuent hélas à entamer l’estime de soi... Ce sont eux qui ont ou auront à affronter ce qui le plus souvent n’est qu’étonnement face à la différence, mais qui peut se teinter de malveillance, d’intolérance ou de racisme. Cela s’apprend : À présent, c’est plus souvent dans l’indifférence totale que je gère ces regards, nous confie un adopté. Le temps est précieux et il n’y a rien de plus inutile que de le perdre pour ces gens. C’est pourquoi toute une part de ce dossier est consacrée à des approches permettant de renforcer en eux l’estime de soi, de les rendre plus forts. En sorte que, face à un regard social lourd, ils puissent donner, en retour, un regard ouvert et riche de diversité, un regard qui fasse grandir et évoluer notre société et son regard… social. Car finalement, même si l’on reçoit un nombre d’injonctions étonnant en tant que parent adoptif (Il faut faire comme ci comme ça...), on a plus à apprendre aux autres qu’à apprendre d’eux. Car finalement, même si l’on est souvent « remis en question » en tant qu’adopté (C’est qui, ta vraie mère ?), on a de plus belles questions à apporter aux autres. À n’en pas douter, une identité plurielle – qui peut être un vêtement lourd à porter – est source de beauté. À n’en pas douter, la différence est source de richesse. Dossier coordonné par Nadine Fontaine, Geneviève Miral, Béatrice de Pommereau et Françoise Toletti 12 Accueil n° 191 Dire ou ne pas dire ? Telle n’est pas la question ! Lorsqu’ils sont interpellés sur l’adoption, une fois la surprise passée, les parents se demandent s’ils doivent répondre. Faut-il dire l’adoption, surtout lorsqu’elle se voit, et jusqu’où la dire ? Quel équilibre entre ne pas oser dire et ne pas dire, ne pas cacher et ne pas surexposer ? Lors d’une sortie scolaire, alors que ma fille était le socle de ce qui nous construit est attaqué, peu encore à l’école primaire, une autre maman ac- importe l’intention de notre interlocuteur, sa mala- compagnatrice m’adressa cette remarque : C’est dresse ou son besoin d’information, nous avons étrange, votre fille ne vous ressemble pas… Ma pre- simplement besoin d’affirmer les limites de ce que mière tentation fut de lui répondre : Et alors ? Vous nous pouvons entendre et accepter. La colère nous n’avez pas vu son père ! Mais finalement, j’ai préfé- aide à dire : Stop ! Là, c’est inacceptable pour moi ! ré rétorquer, sans vraiment répondre : Ah oui, c’est Un enfant ne s’achète pas et il y a mille façons de vrai. Fut-elle tellement surprise ou vexée qu’elle construire sa famille ! Nos valeurs nous ont guidés n’a pas continué ? Je ne le saurai pas et je n’ai pas tout au long de notre parcours vers l’enfant et pou- envie de le savoir car, à ce moment-là, j’avais seule- voir les redire, surtout en sa présence, est indispen- ment besoin de tranquillité et d’intimité. Ma vie et sable. Pour l’autre et pour lui ! Nous transmettons celle de ma fille sont un trésor précieux que je n’ai nos valeurs dans la relation directe avec l’enfant, pas envie de partager, surtout avec une inconnue. mais il les apprend aussi en nous observant, ce que Faut-il répondre ? Sommes-nous « obligés » de certains appellent l’éducation silencieuse. dire ? Avons-nous une dette envers C’est la même chose lorsque des quelqu’un qui nous « obligerait » Affirmer nos valeurs, réflexions font effraction dans notre à dire ? ou une dette envers nous- surtout en présence bulle de sécurité, en venant question- mêmes ? Les représentations sur de nos enfants ner la vérité de notre filiation : Vous l’adoption sont nombreuses, nous connaissez sa vraie mère ? Ils sont pouvons être tentés d’interpréter ce qui se cache vraiment frère et sœur ? Est-ce, d’après la définition derrière la question de l’autre et avoir alors envie du dictionnaire, avéré, exact, certain, incontestable, de nous justifier pour nous protéger. En effet, nous sûr, authentique ? Disons-nous la vérité, sans dis- ne savons pas comment notre démarche est per- simuler ni tromper, comme le précise la suite de la çue et pouvons craindre le jugement de l’autre. La définition ? En tout cas, moi, quand j’entends votre honte n’est parfois pas loin, la honte qui naît du re- question, je me sens vraiment blessée et agacée, car gard social lorsque nous ne sommes pas dans « la il est « avéré, exact, certain, incontestable, sûr, sans norme », cette fameuse loi qui voudrait que nous dissimulation ni tromperie » que je suis sa maman. procédions tous selon le même schéma préétabli Je suis tout aussi légitime que vous, car adoption et rassurant… pour l’autre finalement ! La honte rime avec filiation ! Après tout le parcours que j’ai qui nous aide à rester dans le groupe, à nous sen- fait, il faut encore que quelqu’un vienne me « cher- tir y appartenir malgré ce qui nous rend différent cher » sur ce sujet, et devant mes enfants en plus ! et nous pousse parfois à taire nos valeurs, comme Eh oui  ! Parfois nous ne sommes pas en capacité cette valeur d’altérité, par exemple, si fondatrice d’accueillir sereinement le besoin de l’autre, qui dans l’adoption. peut juste être de l’ordre de la clarté ou de l’infor- Pourtant, les valeurs sont les rails qui nous guident ; mation. Certains mots viennent nous toucher direc- elles sont importantes à réaffirmer face à certaines tement au cœur et nous pouvons nous mettre en intrusions qui les interrogent parfois violemment. colère à cause de ce que nous supposons de l’autre Je pense aux questions portant sur le coût de et de son intention. C’est vrai ou c’est faux, c’est l’adoption, notre position de bienfaiteur… Quand blanc ou c’est noir, c’est bien ou c’est mal… autant Accueil n° 191 17 De la colère à l’indifférence Je suis un enfant adopté de Corée du Sud, né en 1979 et arrivé en France en 1983. Témoignage Se préparer au regard des autres dépend en grande partie de l’accompagnement des personnes qui nous entourent. Pour ma part, cet accompagnement a été pour ainsi dire inexistant. Dans ce cas, chacun trouve ses propres moyens de se préserver. Exubérance ou retrait, c’est plus souvent dans les extrêmes qu’on trouve la façon d’aborder les regards inquisiteurs des autres. C’est aussi parfois dans l’isolement et la méfiance. Dès notre plus jeune âge, on est confronté aux questions des enfants, des camarades de classe, de la manière la plus froide et directe qui puisse exister. Pourquoi t’es jaune ? Tu parles chinois ? Pourquoi t’es bridé ? Mais les enfants sont involontairement cruels les uns envers les autres. Alors, j’ai préparé mes deux enfants aux questions des autres enfants. Ne pas s’énerver si on les traite de Chinois. Simplement répondre : Un Chinois ? Tu en vois un, toi ? Où ? Moi, je suis français et mon père est français originaire de Corée du Sud. La réponse est souvent la même : Waouh… Trop bien ! T’es déjà allé là-bas ? Cool, c’est où ? Il y a encore quelques dizaines d’années, la Corée n’était pas connue du grand public. Aujourd’hui, entre Samsung, LG, Kia, Hyundai, la culture coréenne est bien plus présente. Ce qui est différent fait peur. C’est un réflexe humain et naturel. Les remarques, on les chasse d’un silence, d’un regard, d’un sourire. Parfois, si les interlocuteurs le méritent, on se risque à parler un peu de son passé d’enfant adopté, ce qui amène toujours la conversation sur les mêmes sujets, avec les mêmes mots, les mêmes phrases que l’on répète encore et encore. Mais, comme on ne demande pas à être jugés sur ce qui nous est arrivé, avec le temps, on évite les questions et on essaie d’avancer dans un environnement qui, de toute façon, ne cessera jamais de nous juger et de nous Avec le temps, on évite jauger. Combien de fois pour un entretien d’embauche, on se retrouve dans une les questions salle d’attente avec d’autres candidats et, lorsqu’on nous appelle et qu’on se lève, à ce moment-là, la personne recule d’un pas parce que notre nom de famille ne « colle » pas avec notre aspect physique… Au début, cela inspire de la colère, on n’a rien demandé, on subit, il faut bien faire avec. À présent, c’est plus souvent dans l’indifférence la plus totale que je gère ces regards. Le temps est précieux, et il n’y
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